Chroniques
Le dernier disque s'appelait « À tombeau ouvert (chansons posthumes vol 1) » ; il fut suivi d'une « tournée posthume » ! et voilà : « Un enterrement de 1ère classe ; intégralement vôtre et plus si affinité », un coffret inespéré ! Du pur Sarclo, quoi !
Ça fait 35 ans et plus (en 1976, il chantait déjà devant Beaubourg, où sévissait aussi un certain Aguigui Mouna) que le chanteur helvète suit son bonhomme de chemin, à l'écart des lumières artificielles du showbiz ; du coup les mass médiocres ne parlent pas de lui ; le folksinger suisse romand n'en a rien à cirer car il a un autre boulot (architecte en free-lance) qui lui permet de mettre du beurre dans les épinards quand la chanson ne nourrit pas son homme et donc de garder son nez propre !
Sarcloret a conçu cet objet en suivant une logique d'artisan ; comme on ne trouvait plus la plupart de ses disques, il a voulu tout sauver. Et pour nous faire profiter de la place qu'il y a sur un CD, il a écouté toutes ses archives et sélectionné ce qu'il a trouvé de vivant pour le mettre en bonus ; voilà donc un coffret de 12 CD bourrés jusqu'à la gueule : « Les 134 chansons plus des brouillons, des raccommodages, du live et des baratins » ; en tout, 258 titres plus un livret de 60 pages avec textes et albums commentés par l'artiste.
C'est un peu « ma vie, mon oeuvre », soit plus de 12 heures de route pour seulement 60 euros ! Ça fait du 5 euros de l'heure ; c'est pas cher, mon cousin ! Manque juste le LP de 1983 chez Polydor, sans doute à cause de questions de droits à la con, tous les autres disques étant des autoproductions (label Côte du Rhône, tout un programme !).
De toute façon, les titres du 33 tours Polydor sont repris ailleurs car c'est la spécialité de Sarclo : reprendre de disque en disque un certain nombre de ses chansons; comme il le dit si bien, il leur cherche sans cesse de beaux habits, « adorant donner à ses chansons la possibilité d'exister de plusieurs façons ». Par exemple, les disques 3 et 4 sont enregistrés avec groupe et orchestrations. Sarclo dit du disque 4 que c'est son « disque funk de sous-préfecture », et s'il reconnaît lui-même que l'accompagnement à 2 guitares permet aux chansons de respirer. Il ajoute aussi : « Acoustique ou électrique, on s'en fout, l'important, c'est qu'il y ait quelque chose qui passe ! » Du coup, sa discographie c'est un peu la jungle. Prenons au hasard : Déconner, déconner, déconner. Ce titre est sur le CD 1 et 2 fois sur le CD 3 ; Encore une fille qui passe est 2 fois sur le CD 3 et une fois sur le CD 11 ; Furieuse et belle, 2 fois sur le CD 7 puis sur le CD 10 et sur le CD 11...
Dès son premier disque en 1981 (« Les plus grands succès de Sarcloret »), il annonce la couleur de manière quelque peu visionnaire puisque la galette comporte quelques-uns de ses « tubes » : Mon amour a perdu son chapeau, Comparaison (n'est pas raison), Le stratagème, ...régulièrement repris tant sur scène que sur disques. Sarclo regarde l'humaine condition sans complaisance ; il est mordant, direct et sans détour, mais toujours drôle, cocasse et totalement sincère ; « Des tendresses et des cochoncetés », titre de son 11ème disque, définit parfaitement le griot helvète, maître es insanités et adepte du pipi caca-nichons-cabinets. Les titres de ses chansons sont très symptomatiques de sa façon très personnelle d'écrire : Les dames de gauche tricotent, L'amour est un commerce, mais la décharge est municipale, J'ai bien connu les filles comme vous, On n'est pas assez beau pour les filles qui sont belles, Le pédophile de Kreuzlingen, Pauv' naze de riche...
Voilà, il y aurait encore tellement à dire de ce coffret. Une chose est certaine, Sarcloret est un vrai songwriter et on se dit qu'il est juste dommage que les p'tites chansons de ce Dylan suisse ne puissent pas atteindre un public beaucoup plus large ! Si après ça vous n'allez pas immédiatement sur son site...
Francis Couvreux
lundi 25 janvier 2010
L’intégrale de Sarcloret en 12 CD : tout Sarclo, de Jésus-Christ à nos jours !
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