Chroniques
Réalisé par Françoise Canetti et Fabienne Nourbat, le coffret « Reggiani : ses chansons, côté scène, côté cœur » est une somme audiovisuelle en hommage à Serge Reggiani. Pas moins de quatre « rondelles » pour faire le tour de l’immense chanteur-acteur.

La première est un CD, une compilation de 28 chansons enregistrées en public entre 1969 et 1976, issues des archives de Radio-Canada (dates et noms d’émissions sont précisés sur le livret). On y retrouve toutes ses grandes chansons du moment dues à ses auteurs de prédilection (Vian, Moustaki, Dabadie, Jean-Max Rivière, Serge Gainsbourg....). Et, en bonus, trois documents : une « lettre » de Serge Reggiani à Romy Schneider (2003) et deux extraits des Radioscopie de Jacques Chancel : une interview d’Henri-Georges Clouzot à propos de son film inachevé, L’Enfer (1968) et de Romy Schneider (1970).
Le premier DVD nous donne à voir ou à revoir Serge Reggiani en scène, à la télévision (entre 1964 et 1985) ou à Bobino, en 1969. Son tour de chant à Bobino (18 chansons), diffusé dans l’émission Samedi et Compagnie le 8 février 1969, est précédé d’une longue interview dans sa loge, où il évoque son arrivée en France à l’âge de huit ans et demi, « un premier novembre, sous la pluie », ses débuts au cabaret d’Agnès Capri sous l’Occupation, avec des poèmes de Baudelaire, les auteurs de ses chansons (« des gens qui parlent des choses comme elles sont »)... « Je vis surtout dans la vie et j’essaie de retraduire et de raconter aux gens les choses de la vie, bien ou mal... En tout cas, j’essaie. » Quelques gros plans sur les « représentants du Tout-Paris » (on ne disait pas « people » à l’époque) : Michel Piccoli, Isabelle Aubret, Pierre Barouh, René Clair, Jean Marais... Puis les trois coups sont donnés et le spectacle commence sur le thème musical de Ma liberté... À la sortie de scène, dans les coulisses, Reggiani est interviewé par un journaliste — quelque peu envahissant — de France Inter, et l’on aperçoit Christine Sèvres — également à l’affiche, avec les Francs Garçons —, venue lui offrir du muguet, et aussi Félix Vitry, le patron de Bobino...

Les autres vidéos de ce DVD proviennent de diverses émissions du service public d’alors : Caméra 3, Télé Dimanche (en avril 1970, il y chante pour la première fois des titres de son nouvel album comme Gabrielle, Ballade pour un traître, Un siècle après ; l’année suivante, il y crée Édith, Ma fille...), Dim Dam Dom (Maxim’s, de Gainsbourg, en play-back, en janvier 1968), Musicolor, La Joie de Vivre, Ce que Paris chante (Le Déserteur), Numéro 1, La Nuit des Césars, Champs-Élysées... Et quelques extraits du Bobino 1968. De grands moments en noir et blanc ou en couleur où Reggiani, au meilleur de sa voix, est accompagné par une petite formation ou un grand orchestre.
Plus axé sur le théâtre, le deuxième DVD nous propose treize reportages réalisés entre 1957 à 1969. Reggiani y parle de son métier de comédien et aussi de sa nouvelle aventure dans la chanson. Grand Prix du Disque en 1967, il rappelle les circonstances de son « entrée en chanson » (il remplace au pied levé un chanteur dans une pièce, Jacques Canetti entend sa prestation et lui propose illico d’enregistrer des chansons de Boris Vian). « J’ai pensé qu’à mon âge, il serait bon de commencer quelque chose de nouveau qui est tout aussi passionnant que le théâtre et le cinéma... » Dans une autre émission, il déclare : « Maintenant que j’ai ce Prix, il va falloir que je le mérite ! » En janvier 1968, il se livre à Denise Glaser pour évoquer sa « légende » et son goût du music-hall... (« Je suis au début de ma vie »). À Strasbourg, la même année, on le retrouve sur un plateau télé aux côtés d’Anne Sylvestre (dont il chantera La Maumariée), et dans sa loge de Bobino, en février 1969.
La deuxième partie de ce DVD est consacrée à Romy Schneider, avec un « clip » réalisé à partir des rushes du film inachevé de Clouzot, L’Enfer, où elle avait comme partenaire Serge Reggiani. Hommage à Romy Schneider, donc (un film de Madeleine Olive, 38 minutes), avec de nombreux reportages réalisés entre 1955 à 1981, et des témoignages de proches (Jean-Loup Dabadie, Claude Sautet, Yves Montand, Costa-Gavras). La carrière au cinéma de Romy est aussi évoquée avec des reportages (Delon parle du tournage de La Piscine), des extraits de films et d’émissions de télévision (Drucker).

Pour clore ce coffret exceptionnel — 7 heures d’images inédites —, « Sergio » s’adresse à son épouse, Noëlle Adam-Reggiani, avec une tendre et émouvante « lettre » extraite du livre Dernier courrier avant la nuit (éditions de l’Archipel, 2003).
R. B.
• Disques Canetti.
• Site : www.jacques-canetti.com
dimanche 24 janvier 2010
Serge Reggiani en vidéo : 7 heures d’images inédites !