Mai 68 - Dave

 
 

Dave évoque ici sa période beatnik à Paris, qui traverse aussi Mai 68...


   

Étudiant à la faculté de droit d’Amsterdam, ce qui m’angoissait par dessus tout, c’est que j’avais l’impression de pouvoir feuilleter par avance l’album photo de ma vie... En quittant la Hollande à l’automne 1965, en pleine période beatnik, je ne savais pas du tout ce que j’allais faire. Mais je préférais encore cette incertitude de l’inconnu à la certitude de savoir comment allait être ma vie... Et je considère encore aujourd’hui que le prix de la liberté est justement cette incertitude-là...

    En 68, je chantais dans la rue Saint-André-des-Arts et je me souviens qu’il était extrêmement difficile de chanter sans pleurer... à cause des gaz lacrymogènes ! En fait, j’ai vécu Mai 68 trois ans plus tôt, en 1965, aux Pays-Bas, où le mouvement contestataire Provo commençait à faire parler de lui. J’habitais une baraque avec des étudiants plus ou moins engagés dans ce mouvement, mais je manifestais vis-à-vis d’eux un certain recul et je suis parti... C‘était une espèce de fuite en avant : « Qu’ils se démerdent ! Moi, je veux vivre en marge de la société ! »

    J’ai donc vécu dix ans en marge de la société, c’est-à-dire avec peu de moyens financiers, jusqu’en 1974, année de mon premier gros succès. Après 1974, je suis devenu un marginal qui avait les moyens, mais je suis resté globalement le même car pendant ma « traversée du désert », dans les années 80-90, je ne me suis pas senti du tout aigri.

    Chez Barclay, entre 68 et 74, j’écrivais des chansons qui n’ont pas marché. C’était des chansons de midinettes ! Copain, ami, amour et La cigarette qui brûle mes doigts sont les seules que je revendique et dont je suis un peu fier ! D’ailleurs, je les chante encore sur scène.

    Au début de 1969, on m’a proposé de passer une audition pour Hair et j’avais été très fier de répondre : « Ça tombe mal car je ne suis pas libre ! » L’été 69, j’avais effectivement fait ma première tournée — 42 concerts ! — en « vedette anglaise » de Nana Mouskouri. On avait pensé à moi pour le rôle finalement tenu par Gérard Palaprat. Je suis donc passé à côté de Hair et c’était peut-être bien ainsi...


Godspell

   
Après Hair, la productrice Annie Fargue a signé deux autres comédies musicales pour la France : Jésus Christ Superstar et Godspell. À cette même époque, j’avais rencontré Robert Stigwood, le producteur de Jésus Christ Superstar et des Bee Gees, qui m’avait recommandé à Annie Fargue pour Godspell.

Godspell — qui a connu 700 représentations alors que Jésus Christ Superstar n’en a fait que 30... —, était fondé sur l’Évangile selon Saint-Mathieu. La pièce a très vite été récupérée par l’église. Je me souviens que les curés de village nous envoyaient leurs ouailles ! C’était la grande époque des rencontres de Taizé...

    Dans Godspell, nous étions cinq filles et cinq garçons, les tenues étaient très colorées, et les musiques plus rock que pop. C’est un spectacle dont Michel Fugain s’est inspiré pour monter le Big Bazar... Daniel Auteuil, Armande Altaï, Grégory Ken, notamment, faiasaient partie de la troupe. On a joué Godspell deux ans à Paris et deux ans en tournée. Un succès énorme mais marginal pour la simple raison qu’il n’y avait pas de tubes.


Beatnik à Paris

    À l’époque où j’étais beatnik, nous nous retrouvions dans des bars comme le Polly Maggoo, un café comme il y en a à Amsterdam, avec de la sciure par terre et qui sent bon la bière... Il y avait aussi le Who’s Bar et le Cloître et, un peu plus loin, Les Trois Mailletz, là où a débuté Dany Brillant.

    Mais mon « quartier général » était un café situé à l’angle de la rue Saint-André-des-Arts, une rue très passante. Les jeunes revenaient de Katmandou ou arrivaient de Londres, de Rome ou de Naples, et les conversations tournaient invariablement autour de la même question : « D’où viens-tu ? Ça fait longtemps qu’on ne t’a pas vu... » Certains m’en voulaient un peu de ne pas bouger de cette rue, mais ils étaient bien contents que je puisse leur prêter un peu d’argent ! J’ai toujours été celui qui avait un peu plus d’argent que les autres...

    À la différence des autres beatniks, je ne cherchais pas où dormir, parce que j’habitais sur mon vieux bateau. Il y avait quatre couchettes mais on y était parfois quatorze à y dormir ! Je faisais la bouffe pour tout le monde... Le Justus, amarré sous le Pont-Neuf, était une « bonne adresse »...

Je commençais à chanter vers sept heures du soir pour terminer à quatre heures du matin. C’était une vie de beatnik, avec les joints qui circulaient... Nous étions un petit groupe qui se retrouvait parfois au... commissariat parce qu’il y avait souvent des rafles !

    On croisait aussi des chanteurs qu’on avait déjà rencontrés l’été sur la Côte d’Azur... À la différence des hippies qui aimaient être en groupe, les beatniks voyageaient seuls. C’était plutôt des épicuriens qui voulaient simplement vivre comme ils l’entendaient. Ils n’étaient pas politiquement engagés alors que les hippies étaient « peace and love ».


Propos recueillis par R. B. 

le 12 juin 2007

 

samedi 19 décembre 2009

Dave : Beatniks, Hair et Godspell...

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Chez Popoff

LES JOURS VERTS (EXTRAIT VIDÉO DU FILM LES JEUNES LOUPS

 
 
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