Avant de se lancer dans la chanson, Ana s’est consacrée à la danse pendant une quinzaine d’années. Elle a monté une compagnie, créé des chorégraphies, donné aussi des cours. « Progressivement, j’ai commencé à monter des pièces où la voix entrait beaucoup en jeu dans la construction de mes pièces. Et c’est comme ça que j’ai commencé à avoir envie d’explorer de plus en plus le chemin de la voix. »



    Avec un père compositeur — Dominique Pankratoff —, on imagine que la transition avec la chanson n’a pas dû être difficile... « J’ai baigné dans la musique depuis toute petite, raconte Ana. La danse m’a permis de m’éloigner de ce que faisait mon père et d’apprendre par moi-même, tout en gardant un lien avec la musique. Après, il y a eu des collaborations père-fille : je chorégraphiais les pièces et lui, composait les musiques des ballets. Et progressivement, je suis venue dans son domaine à lui : la chanson.

    On a commencé à faire des chansons il y a trois ans. Je me suis mise à la composition musicale et nous avons travaillé ensemble. On a passé beaucoup d’heures sur les arrangements premiers des maquettes qui étaient déjà très poussées. Un peu plus tard, j’ai pris les chansons et je les ai mises sur MySpace ! »

Il se dégage de l’écoute du disque ou du tour de chant une grande unité. Unité dans l’écriture et aussi dans les musiques, très mélodiques. « La plupart des textes de cet album sont de Jean-Marie Moreau. Entre­temps, d’autres auteurs sont venus s’y greffer avec des chansons que je considère comme des cadeaux et que j’ai voulu intégrer à cet album. »


Jean-Marie Moreau

« Les chansons de l’album d’Ana ont été écrites pour elle, tient à préciser Jean-Marie Moreau, ce ne sont pas des fonds de tiroir ! Ana est danseuse, chorégraphe, chanteuse, mélodiste, vidéaste... Elle a vraiment un univers très particulier qu’il fallait respecter. Il s’agissait donc de rentrer dans cet univers, de trouver son langage de mots, parce que son langage artistique, elle l’a déjà.

Ça a été assez magique et miraculeux, comme toujours quand ça se passe bien... parce que ça peut aussi se passer très mal. Il y a des gens pour lesquels il est impossible d’écrire, parce que la rencontre artistique ne se fait pas. Ana a tout de suite aimé ce que je lui ai fait dire. C’est un grand bonheur car elle a vraiment une sensibilité à fleur de peau. »

Évidentes, les musiques des chansons d’Ana coulent de source, et elles épousent parfaitement les textes, quel que soit le rythme ou l’ambiance... On rentre tout de suite dans les chansons, peut-être grâce à la musique... « Il y a une forme de simplicité que l’on n’a pas recherchée. Mon père —  comme moi, mais surtout lui — est vraiment très mélodiste. Une chanson, c’est un texte et une mélodie. »


Isadora Duncan

« S’il y a une unité dans l’album, ça tient a tous les gens qui y ont travaillé avec elle, avance Jean-Marie Moreau. Ça tient aux textes, aux mélodies qu’elle a faites, seule ou avec son père. C’est une osmose. Beaucoup de textes sont venus sur les mélodies, mais il y a aussi quelques mélodies qui ont été faites sur les textes, par exemple : La plume et le plomb, Waterloo... Pour Isadora, ça coulait de source. Je me suis dit : Ana est danseuse, elle aura forcément envie de parler d’Isadora Duncan. »

« Pour la chanson sur Isadora Duncan, précise Ana, j’avais envie de parler de la danse, de chanter la danse, et Jean-Marie Moreau a eu la très bonne idée d’évoquer cette figure. Peut-être trouvait-il qu’elle me ressemble par certains aspects ? En tout cas, cette femme me touche. Quand j’ai reçu le texte, je me suis dit que si je devais parler de la danse, ce serait comme ça. »

« Elle ne m’a pas proposé de thèmes de manière explicite, dit Jean-Marie Moreau, mais Ana n’a pas besoin de parler, elle suggère tellement de choses que ce n’est pas nécessaire. Je ne la connais que depuis le moment où le projet a commencé à se monter. Son père me l’a présentée, on a commencé à parler, à plaisanter, à voir que l’on se comprenait. »

Sur les treize chansons de l’album, une seule reprise : Back Street (Il appellera demain), chanson créée par Jacqueline Dulac il y a une quinzaine d’années. « J’aimais beaucoup ce que Jacqueline avait fait de cette chanson, dit Ana, je trouvais qu’elle l’habitait avec beaucoup d’élégance. J’ai eu envie de la reprendre parce que le texte est d’Andrée Simons, une chanteuse aujourd’hui disparue, qui a bercé mon enfance. Elle a beaucoup travaillé avec mon père et j’étais souvent dans les parages quand elle était là. C’est sa présence que j’avais aussi envie de signifier dans cet album. »

D’autres auteurs ont participé à ce disque : Sylvain Lebel et Julie Daroy. « Sylvain Lebel m’a écrit une très belle chanson qui s’intitule Je me protège. Il me connaît depuis que je suis née... Un jour, chez des amis, il m’a vue perdue dans mes pensées, sur une balançoire, et il a pensé à ce texte-là pour moi. »


Charisme

Julie Daroy est l’auteur de la chanson Hannah. « À l’époque, Ana s’appelait Johanna, et j’ai intitulé la chanson Hannah. L’idée de cette chanson m’est venue un jour, et j’ai pensé qu’elle collait parfaitement avec son univers... Il y a plusieurs années, Ana était danseuse et avait également très envie de chanter. Elle disait souvent à son père : “Ce serait bien de travailler ensemble...” Les choses se sont faites comme ça, tout naturellement.

Ana a beaucoup de charisme et elle dégage une grande sensibilité. Je l’ai senti très vite. Quand elle chante, elle installe un climat intimiste immédiat. Il y a vraiment très peu de personnes qui sont capables de cela, et c’est peut-être pour cette raison qu’elle commence à émerger. »

R. B.


  1. CD Bonsaï Music / EMI.


• Dans le même numéro de JE CHANTE MAGAZINE : une interview d’Ana Pankratoff.

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