Les Jeunes Loups

Revue de presse

 

Louis Chauvet, Le Figaro, 4 avril 1968

« Ce qui ressort le plus clairement d’un scénario peut-être hâtif traduit en dialogues un peu schématiques, c’est une certaine confusion mentale dont semblent souffrir les garçons et les filles que nous présente le célèbre cinéaste (…). On reste sur un doute. On ressent un défaut d’ensemble sans pouvoir décider s’il tient plus à la forme qu’aux intentions. Et l’on pourrait épiloguer longuement sur les difficultés du partage. Mais on ne saurait dire sans mauvaise foi que l’œuvre est indifférente. »

 

Claude Garson, L’Aurore, 5 avril 1968

« Marcel Carné profite de son film pour nous offrir un tour de Paris-by-night dans des endroits où le bruit est étourdissant et où les jeunes y dansent le jerk ou d’autres danses encore plus à la mode. Pendant toute la projection des Jeunes loups, on entend une critique amère des vieux. Il est possible que certains adolescents usent de cet épithète pour qualifier leurs parents, cela n’en ai pas moins affreusement choquant, et nous ne pouvons pas croire qu’on puisse généraliser. »


Robert Chazal, France Soir, 6 avril 1968

« Cette chronique est de la même veine que Les Tricheurs auxquels elle fait suite à dix ans de distance. Les qualités de mise en scène sont les mêmes. Mais Carné a parfois été trahi par son dialoguiste Claude Accursi, dont l’excellente Haydée Politoff, Christian Hay et Yves Beneyton, le meilleur de tous, ont parfois bien du mal à dire le texte. Mais dans les scènes où les dialogues comptent peu ou pas du tout (…) Marcel Carné nous donne de précieuses images qui font le prix du film. »


Jean de Baroncelli, Le Monde, 6 avril 1968

« Malgré quelques scènes bien venues (…), il faut bien avouer que cette étude reste très schématique et qu’elle n’est rarement convaincante. La distanciation est moins ici un effet de l’art que le résultat d’une myopie naturelle. Par la force des choses Marcel Carné est prisonnier de son télescope, et les images que celui-ci nous renvoie sont surtout des stéréotypes (…). De toute manière, pour que les personnages existent réellement, il eût fallu que des comédiens inspirés les incarnent (…). Le meilleur des trois amis est Yves Beneyton, le hippy. Il est le seul à donner au film un certain accent d’authenticité. »

 

Samuel Lachize, L’Humanité, 9 avril 1968

« Ce que Les Jeunes loups décrit sagement c’est un état d’esprit. De l’autre jeunesse, on ne parle jamais dans les films, sinon pour la calomnier ou la ridiculiser. Ce qu’on peut retenir des Jeunes Loups, c’est que la violence en est absente, qu’on y voit ni joueurs de revolvers, ni trafiquants, ni gangsters (…). C’est bien entendu un film à contre-courant ! »

 

Michel Durand, Le Canard enchaîné, 10 avril 1968

« Ce jeune loup est un saligaud prêt à tout pour réussir (…), mais ni Carné, ni son scénariste ne sont des Balzac, ce Rastignac 68 est loupé, comme le film. Ce n’est ni un portrait, ni une ébauche, à peine un brouillon. Comme le film qui veut être provocant et qui s’achève en bluette. Tout est chiqué, fabriqué, conventionnel. »


Henry Rabine, La Croix, 11 avril 1968

« C’est un ragoût vieux comme le monde, dont la recette se trouve au fond de n’importe quel tiroir-caisse. Quand au style, la chose est modestement vieillotte, du travail léché, ni pire ni meilleur qu’un autre, encore que le dialogue soit souvent d’une confondante platitude, que Carné fait dire à ses jeunes acteurs, avec cette voix blanche qu’il a dû entendre chez Bresson et qu’il utilise au petit bonheur la malchance, pour faire intellectuel sans doute. »

 

Tristan Renaud, Les Lettres françaises, 11 avril 1968

« Un lamentable bout à bout de plans plus faux les uns que les autres, sous prétexte de peindre les aventures d’un pauvre minet. »

 

François Maurin, L’Humanité dimanche, 13 avril 1968

« Cela n’est pas nouveau, et cela sonne faux. Il reste alors du film le savoir-faire d’un grand metteur en scène, qui ne parvient pas à sauver un propos truqué en diable à tous les niveaux : celui des personnages, celui des ficelles dramatiques du récit, et quelques images plastiquement belles. C’est peu. »


Jacques Meillant, Télérama, 21 avril 1968

« Ce sexagénaire est incapable d’y trouver autre chose que ses propres souvenirs, et les réactions de ces jeunes lui paraissent vieilles comme le monde. Cette optique explique que des situations vraies aboutissent à un film faux, où il n’y a plus ni réalisme, ni poésie ; mais un milieu stéréotypé, vu à travers le mythe de la jeunesse couvert par le brillant certain d’une réalisation habile. L’ambiance recréée est très proche de celle des Tricheurs. On y retrouve la même caricature de la bourgeoisie, héritage de Prévert, le même manque de sincérité des personnages. »

 

La France catholique, 3 mai 1968

« La peinture (…) se rattache plus à l’esprit du roman-photo pour midinettes un peu arriérées qu’à une enquête sérieuse et documentée (…). La liberté sexuelle étalée complaisamment oblige à formuler d’expresses réserves. »