Claude Vence,
le compositeur de À tous les enfants
Claude Vence,
le compositeur de À tous les enfants
Interview de Claude Vence
Comment cette chanson — un texte de Boris Vian écrit en 1954, mis en musique un quart de siècle plus tard par Claude Vence — est-elle arrivée aux oreilles de Joan Baez ? Le compositeur raconte...

Produit par Joan Baez et Nancy Carlen, l’album « European Tour » est constitué d’enregistrements choisis à partir des concerts de sa tournée européenne en France (Colmar), en Espagne (Barcelone et Alicante) et en Allemagne (Wurzburg et Loreley). Il sortira en quatre versions différentes : en Angleterre (European Tour), en France (Tournée européenne), en Allemagne (Europa Tournée) et en Espagne (Tour Europa). Particularité : les titres retenus ne sont pas toujours les mêmes selon les pays (*)
L’album suivant, « Live Europe ‘83 » (Children of the Eighties) paraît en 1983 sur le label Ariola/Arabella en France. Il est produit par Gérard Tempesti pour LTD. Sur ce 30 cm, Joan Baez chante notamment Prendre un enfant d’Yves Duteil, À tous les enfants de Boris Vian et Claude Vence. Impliquée dans l’association Humanitas, la chanteuse milite pour les droits de l’homme (et des enfants). À Paris, Joan Baez chantera À tous les enfants sur la place de la Concorde, le 15 juillet 1983, le lendemain de la fête nationale [voir vidéo, plus bas]
« Honnêtement, reconnaît Claude Vence, je suis vraiment fier d’être chanté par une des plus grandes chanteuses mondiales ! Quand j’ai entendu À tous les enfants dans la bouche de Joan Baez, ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie. C’est comme si on m’avait remis la Légion d’honneur ! J’ai rencontré Joan Baez par la suite, pendant les répétitions d’une émission de Michel Drucker. Par rapport à la musique originale, elle a fait une ou deux variantes à la fin, mais sa version est magnifique ! »
Le texte de Vian est très fort, et la musique de Claude Vence, sublime, épouse parfaitement la « démonstration » de ce réquisitoire contre la guerre avec un art consommé du crescendo...
Si la seconde partie du texte de Vian s’en prend avec une violence rare aux fauteurs de guerre et à ceux qui en profitent (« Mais à tous ceux qui sont restés / Les pieds au chaud, sous leur bureau / En calculant le rendement / De la guerre qu'ils ont voulue... »), on peut se demander qui sont ces enfants « partis le sac au dos par un brumeux matin d’avril » dont il est question dans la première partie. On peut penser aux enfants juifs déportés pendant la Seconde guerre ? Ou bien à des soldats très jeunes, à peine sortis de l’enfance et envoyés au casse-pipe ?
« Un jour, dans un spectacle, je me suis trouvé à côté de Jacques Canetti et de Mme Ursula Vian. Nous parlions de Boris et Canetti m’a montré ce texte qui n’avait pas encore eu de musique et m’a demandé d’en faire une pour Catherine Sauvage. Rentré chez moi, je l’ai mis en musique très rapidement. Catherine Sauvage a beaucoup aimé la musique, mais c’est Joan Baez qui, la première, a enregistré la chanson au cours de sa tournée européenne. »
Après Joan Baez et Catherine Sauvage, À tous les enfants sera enregistré par Magali Noël, dans son spectacle « Regard sur Vian », donné à Lausanne en 1989 puis à Paris, à L’Européen. « Elle était venue répéter chez moi, pendant un an. Dans ce spectacle, Magali m’a chanté une dizaine de textes de Boris Vian que j’avais mis en musique, notamment Elle serait là, si lourde, S’il pleuvait des larmes, Un jour il y aura... »
La plupart des 23 poèmes qui composent le recueil Je voudrais pas crever n’avaient pas été mis en musique. « J’avais commencé par deux ou trois textes — dont Ils cassent le monde et Pourquoi je vis — que j’avais chantés à Ursula Vian, en même temps que À tous les enfants. Elle m’a alors suggéré de mettre en musique la totalité des poèmes du recueil. Ce que j’ai fait en douze jours ! Ma fille me disait : “Mais tu es un acharné !” Il y a à la fois des textes très longs et d’autres très courts. Mis en musique, cela va de 19 secondes à 4 minutes 55 ! »

À tous les enfants fait aussi partie du répertoire d’Annick Cisaruk et de Francesca Solleville.
Propos recueillis
le 10 juillet 2009 par R.B.
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(*) En plus de neuf titres en commun, la version française du 33 tours comprend des chansons françaises comme Pauvre Rutebeuf (Ferré), Le Déserteur (Vian) et Plaisir d’amour. Sur la version anglaise, Joan Baez reprend Donna, Donna et une chanson... tunisienne d’Ahmed Hamza : Jari ya Hammouda ! Sur la version allemande, Joan Baez chante For Sasha (Baez) et Kinder Wegner et sur la version espagnole Maria Dolores, No nos moveran (traditionnel) et El Rossinyol (traditionnel).
Plus bas : une vidéo de Joan Baez
Concert Place de la Concorde à Paris, le 15 juillet 1983.