Chanson Plus Bifluorée

Ils sont aux Bouffes Parisiens à partir du 30 janvier 2010.

 

Chanson Plus Bifluorée : de la préhistoire au slam !



   
Sauf erreur, il s’agit du onzième disque du célèbre trio depuis leur premier album en public enregistré à l’Européen en 1991 (à l’époque, ils étaient quatre, avec Robert Fourcade, dit Boubou, disparu en 2004). Disons-le franchement : si les deux ou trois derniers CD de Chanson Plus nous avaient laissé un peu sur notre faim, celui-ci, en revanche, nous enthousiasme de bout en bout !

    Comment est né cet album ? « Nous avions pris l’habitude, dans nos précédentes créations, de glisser telle ou telle chanson de telle ou telle époque. Et c’est tout naturellement qu’a mûri l’idée de construire un spectacle désopilant (mais pas seulement !) autour de l’histoire de la Chanson française... Les chansons évidemment ne manquaient pas. Les prétextes à gags et détournements non plus !

    Plus de quinze mois de recherche, d’écoute et de travail nous ont donc été nécessaires afin d’appréhender un peu mieux la richesse infinie et la diversité inouïe de la Chanson française, de ses créateurs et interprètes. La plus grande difficulté a sans doute été de choisir la trentaine de titres au final car évidemment le temps imparti au spectacle nous imposait une sélection impitoyable. D’autre part, il fallait bien faire ressortir les aspects ludiques et culturels du projet tout en restant fidèle à l’esprit parodique de Chanson Plus Bifluorée (...).

    Nous espérons que nos ancêtres artistes ou contemporains ne nous en voudront pas trop de les avoir (parfois) un peu malmenés. En tout cas, nous les remercions du fond du cœur (et en chœur) car nous nous sentons aujourd’hui, sans doute plus qu’hier, comme faisant partie intégrante de cette grande et belle famille. »

    Les auteurs et compositeurs des chansons et des parodies sont toujours Sylvain Richardot, Xavier Cherrier et Michel Puyau, les trois membres de Chanson Plus, auxquels Marinette Maignan (ex-TSF) vient parfois donner un coup de main.

    Cette « folle histoire de la chanson » débute en... 12035 avant J.-C., et avec le titre suivant, le ton est véritablement donné. Quidam me disque est présentée comme « sans doute la première chanson d’amour galant (...), écrite à l’origine par la duchesse et poétesse Carlita Pruno, troisième épouse du Roy de France... ». On aura reconnu Quelqu’un m’a dit, de Carla Bruni, mais l’effet est garanti !

    Parmi les autres parodies, il y a Ce soir j’attends Ségolène (sur l’air de Madeleine, de Brel), sans doute promise au succès dans les meetings du PS... « Demain j’attendrai Ségolène / Quand surgira Nicolas / Qui lui dira des je t’aime / Mais Ségolène elle aimera pas... » Ou L’OGM, sur l’air de... La Bohème d’Aznavour : « Je vous parle d’un champ / Que certains paysans / Ne veulent pas connaître / Quelques bobos babas / Qui ne pensent ici bas / Qu’à leur petit bien-être... » Mention spéciale pour cette version humaniste de l’hymne national, justement intitulée La Marseillaise de la paix dont l’adoption n’est pas prévue pour aujourd’hui, mais pour... 2040 ! « Plus d’armes, citoyens ! / Rompez vos bataillons ! / Chantez, chantons / Et que la paix / Féconde nos sillons... »

    Mais il y a aussi de vrais reprises, comme le traditionnel La mort de La Palice, Fille d’ouvriers de Jules Jouy, Ouvre la fenêtre (chef d’œuvre de la chanson équivoque !), Il travaille du pinceau de Georgius, écrite en 1939, allusion à peine voilée à un peintre amateur devenu le dictateur sanguinaire que l’on sait... Les années 60 sont illustrées par un slow yéyé de l’oublié Michel Paje (Nous, on est dans le vent) et par la belle chanson de Dominique Grange sur les événements de Mai 68 (Chacun de vous est concerné).

    Un des titres les plus jouissifs est sans doute Le slam de la nouvelle scène où, avec une voix à la Grand Corps Malade, le trio « analyse avec lucidité le phénomène », distribuant au passage piques et louanges... « La différence qu’il y a entre la nouvelle scène et la vieille scène, c’est le parquet. C’est tout... » Et relativise : « À leur place, vous feriez quoi comme chanson ? / À leur place... / Mais eux sont-ils à leur place ? / Sont-ils de ceux qui savent / Que tout ça n’a qu’un temps ? »

Un morceau de bravoure où ils sont tous cités, d’Agnès Bihl à Adrienne Pauly, de Diam’s à IAM, des « fils de » (Dutronc, Delerm, Chedid) à « Cherhal la petite puce / Et son nouveau voisin Renan Luce »...

    Mais il y a une morale quand même : « Nouvelle scène, nouvelle scène / Moi je dis qu’ça vaut la peine / Mais qu’est-ce qu’il restera / Dans trente ans de tout ça / Brel, Brassens ou Ferré / Les nouveaux sont-ils nés / Ou restent-ils à naître ? » Bonne question !

R. B.


• CD EPM / Universal.