JE CHANTE MAGAZINE.— Il y a deux reprises sur ton nouveau disque. D’abord Faut vivre de Mouloudji...
KARIM KACEL. — Faut vivre est une des grandes chansons de Mouloudji dont j’avais déjà repris Comme un petit coquelicot sur mon album live en 2004. Lorsque j’ai entendu le texte de Faut vivre, j’ai trouvé que c’était un peu le résumé de plusieurs de mes chansons et, surtout, de ce que j’avais envie de dire sur mon nouveau disque.
Et pourquoi Édith de Jean Dréjac ?
Dans mes tours de chant, j’ai toujours voulu donner la chance à un jeune auteur-compositeur que personne ne connaît et aussi à une ancienne chanson qui me parle et qui me plaît. Tu connais mon amour pour Reggiani, je connais toutes ses chansons, et pour moi, Édith est la plus belle chanson écrite sur Piaf. À l’Olympia, en 1987, je l’ai chantée en rappel, a cappella. Au quatrième jour de l’Olympia, je vois arriver un monsieur dans ma loge. « Je m’appelle Jean Dréjac, je suis l’auteur de la chanson Édith... » Je ne le connaissais pas et nous sommes devenus amis.
Sur scène, j’avais supprimé un couplet de sa chanson, et je le lui dis, comme pour m’excuser... Il me répond : « Je sais, et vous avez très bien fait ! » J’avais effectivement décidé de ne pas chanter le couplet « revanchard » (« Chacun s’arrange à sa façon / Souviens-toi de Reims de Soissons / Et du cirque à tes funérailles... »). Il m’a donné raison : « J’étais en colère quand je l’ai écrit et je comprends que vous l’ayez enlevé... »
À la mort de Jean Dréjac, pendant la canicule de l’été 2003, j’ai appelé son fils, Frédéric Brun, pour lui faire part de mon intention de reprendre Édith a cappella. Didier Lockwood, qui a eu vent du projet, m’appelle : « Est-ce que tu accepterais que je fasse quelque chose au violon avec toi sur cette chanson ? » Je lui ai donné « carte blanche », il a improvisé et c’est cette version que l’on a mise sur l’album, en conclusion. Une voix, un violon...
Le dixième titre, Moitié moitié, est un bonus. C’est une chanson pour enfants, un petit poème kabyle que j’ai plus ou moins traduit, une petite comptine. Alors que l’album a une coloration jazz, ce dixième titre sonne volontairement très oriental. Au studio Coppelia, on s’est tous mis à taper des mains, l’ingénieur du son, qui est tunisien, a demandé à sa mère de se joindre à nous...
Parlons des autres chansons... Elles sont toutes de toi ?
Sauf une, Paris souvenir, qui est d’un jeune auteur-compositeur, Bertrand Louis. Bertrand s’est amusé à écrire une chanson sur Paris — une de plus ! — en utilisant les titres des plus grandes chansons écrites sur Paris... On l’a faite façon manouche.