Rappels
Ils sont sortis il y a quelque temps, entre le dernier numéro de l’ancienne série et le premier de la nouvelle et n’ont donc pas pu être chroniqués. Comme ce ne sont pas des denrées périssables, nous vous les présentons rapidement ici.
Jacques Douai : File la laine (EPM)
Jacques Douai nous a quittés en août 2004, à l’âge de 84 ans. Si ses derniers disques remontent au milieu des années 80, ses premiers enregistrements viennent de tomber dans le « domaine public » mais Universal, propriétaire du catalogue BAM (Boîte à Musique) n’a pas jugé utile (ou « rentable ») de les rééditer. EPM a choisi de le faire en rééditant sur un même CD ses deux premiers 25 cm parus en 1954 et 1955. 28 titres, beaucoup de « traditionnels » que Jacques Douai avait à cœur de sauver de l’oubli (Cruelle départie, Le beau Robert, Voici venir le joli mai...), des reprises de contemporains (Ferré, Trenet), des poèmes mis en musique (Max Jacob, Paul Gilson, Lanza del Vasto, Rimbaud, Cocteau...). En 1954, Jacques Douai enregistre son « tube » File la laine, un futur standard de la chanson rive gauche, vraie-fausse chanson médiévale écrite par Robert Marcy.
Livret signé Jean Weber (« Jacques Douai, troubadour militant »).
• CD EPM
Stéphane Golmann : Ma guitare et moi... (EPM)
Même époque (le début des années 50), même tonalité (une voix, une guitare)... Comme Jacques Douai, Stéphane Golmann (1921-1987) chante en s’accompagnant à la guitare. Mais il est, la plupart du temps, l’auteur et le compositeur de ses chansons. Quelques unes, reprises par les Frères Jacques (La Marie Joseph), Yves Montand (Actualités) ou Juliette Gréco (C’est à s’aimer que le temps passe) sont demeurées dans les mémoires... Jamais rééditées en France depuis des décennies, 27 d’entre elles enregistrées entre 1952 et 1954 sont à nouveau disponibles sur ce CD conçu par Jean Buzelin et Marc Monneraye qui ont également reconstitué sur le livret le parcours de cet auteur-compositeur-interprète méconnu dont le poète Jean l’Anselme a dit : « Je ne connais pas de chanteur intelligent qui ne tienne Stéphane Golmann pour un monument de la chanson française. »
• CD EPM
Cora Vaucaire : La Dame blanche de Saint-Germain-des-Prés (EPM)
Les mêmes, Buzelin et Monneraye, récidivent ici dans leur entreprise de réhabilitation du patrimoine, avec cette compilation de 25 titres de Cora Vaucaire qui réédite, pour la première fois, ses tout premiers enregistrements. Avant d’être, pour de longues années, une artiste Pathé Marconi, Cora Vaucaire est passée par les « petites boîtes » de l’époque : Boîte à Musique (BAM), Pacific, Le Chant du Monde... Dès 1949, « La Dame blanche de Saint-Germain-des-Prés » donne à entendre ses contemporains : Jacques Prévert (Les feuilles mortes, Quand tu dors), Michel Vaucaire (Ne joue pas avec mon cœur, Noms de rues, Jardins de Paris), Léo Ferré (La vie d’artiste), Francis Carco (Chanson tendre, Au pied des tours de Notre-Dame), Francis Blanche (Le prisonnier de la tour)... Mode médiévale oblige, Cora Vaucaire enregistra en 1950 deux « vieilles chansons du XVème siècle », accompagnée à la harpe (La complainte du roi Renaud et La fille du roi Loÿs). Elle reprend aussi Bruant (Rue Saint-Vincent), Yvette Guilbert (Quand on vous aime comme ça) et des classiques de la « Belle Époque » (Le voyage à Robinson)...
« Ce qui étonne surtout chez Cora Vaucaire, écrivent Jean Buzelin et Marc Monneraye, c’est son prodigieux talent de diseuse qui lui permet d’embrasser cinq siècles de chansons françaises, effaçant d’un coup toutes les époques. Chaque chanson interprétée par Cora devient immédiatement présente, donc intemporelle. »
• CD EPM
Jacqueline Danno : Au théâtre du Trianon (EPM)
Enregistré le 25 juin 1996 au Trianon, à Paris, c’est le premier « live » de Jacqueline Danno... près de 50 ans après ses débuts de chanteuse. On la retrouve ici, accompagnée par un trio formé de Hervé Sellin (piano), Jacques Quezin (violon) et Jean-Pierre Ménager (accordéon), dans un répertoire de haute tenue qui donne la part belle à de superbes reprises de Piaf, pas forcément ses plus connues (Les neiges de Finlande, Le chemin des forains et Les blouses blanches) et de Maurice Fanon (Jean-Marie de Pantin, La Léluia, S’il te plaît, Ma terre)... Danno chante aussi Caussimon (Monsieur William), Jacques Verrières (Monsieur Ruthenfeld), Francis Mainville (California, précédemment enregistrée par Caroline Cler), Françoise Giroud (Charme slave), Alice Dona (De la tendresse).
Au cours de ce tour de chant défilent quelques créations (Une photo signée de Doisneau, de Corinne Cousin et Roland Vincent, La nostalgie, de Sonia Perbal et Roger Brial), une chanson inspirée par la liaison de George Sand et Chopin (À Nohant, déjà enregistrée en 1986). Et pour final, le morceau de bravoure de Jacqueline Danno, le fameux texte de Jehan Rictus : La Charlotte prie Notre-Dame.
• CD EPM
Germaine Montero : Chansons à mon plaisir (EPM)
Comédienne réputée dès la fin des années 30 (Anouilh, Brecht, Lorca), actrice dans les années 50, Germaine Montero est entrée en chanson un peu malgré elle : son ami Marcel Herrand, qui l’a souvent entendu chanter « pour son plaisir », la recommande à Agnès Capri qui vient d’ouvrir son minuscule cabaret au 5 de la rue Molière... Elle y débute donc en 1938 puis, après une courte carrière à la radio, rejoint en zone libre le compositeur Joseph Kosma, avec qui elle présente un tour de chant composé de textes de Prévert... À la Libération, elle chante au théâtre de l’Athénée, Prévert, bien sûr, mais aussi un florilège de chansons populaires espagnoles, puis elle renoue avec le théatre (Mère Courage) et le cabaret... Cette compilation de 27 titres enregistrés entre 1952 et 1954 — dont un inédit, semble-t-il : J’ai promis à mon amour — donne un bon aperçu de son talent d’interprète et de la qualité de son répertoire. Accompagnement de choix : Philippe-Gérard au piano, Henri Crolla à la guitare pour les Prévert et les Mac Orlan, l’ensemble de Philippe-Gérard, l’orchestre de Georges Van Parys...
• CD EPM
Charles Trenet : Intégrale vol. 7
Finie, la chronologie. En tout cas pour l’instant. Daniel Nevers le précise d’emblée, en ouverture au livret, copieux comme d’habitude. La découverte récente de quelques pièces de choix le contraint à bousculer cette fameuse chronologie à laquelle restent attachés les amateurs d’intégrales... Il y a d’abord cette version symphonique de La mer, par Wal-Berg, enregistrée au Théâtre des Champs-Élysées en janvier 1951. Autre rareté : une version de Y’a d’la joie ! par les Comedian Harmonists reformés à Bâle en 1949. Plus fort encore : l’intégralité du récital donné — en deux parties — au Théâtre de l’Étoile le 27 novembre 1947, que l’on croyait perdu, miraculeusement reconstitué à partir des laques enregistrées par la radio nationale et préservées par des collectionneurs... Trenet, qui présente lui-même chacune de ses chansons, est accompagné par l’orchestre d’Albert Lasry et les chœurs de René Saint-Paul. Parmi ces 26 chansons, une rareté (Une vache sur un mur) et un titre en anglais (I don’t know why).
En bonus, Daniel Nevers nous offre deux extraits d’un récital à l’Olympia de juin 1951 (Saint-Catherine et Les bœufs).
• Double CD Frémeaux
Maurice Chevalier : Dernier concert
Concert culte, là aussi ! Après le premier grand récital de Trenet en solitaire, voici le dernier tour de chant d’un autre géant de la chanson : Maurice Chevalier. 20 octobre 1968, Momo, qui vient de fêter ses « 80 berges », a choisi le Théâtre des Champs-Élysées pour faire ses adieux à la scène. Ce concert historique, on le doit au jeune journaliste François Jouffa qui eut le réflexe de l’enregistrer sur son Nagra... À l’époque, Maurice Chevalier est sous contrat chez CBS, qui publie un 30 cm studio intitulé justement « À 80 berges », suivi d’un live contenant des extraits de ce fameux récital des Champs-Élysées enregistré le 1er octobre 1968.
Mais sur ce double CD, on a droit à l’intégralité du récital, capté trois semaines plus tard, et le son est magnifique ! À 80 berges, Momo n’a pas perdu sa gouaille, même si la voix est plus posée et si l’émotion se superpose à la fantaisie. Au milieu de nombreux pots-pourris, il présente aussi de nouvelles chansons de circonstance, écrites par Vline Buggy (On est jeune), Jean Dréjac (Au revoir) ou Pierre Delanoë (Quand j’aurai cent ans). Il monologue aussi sur l’âge (Stations de la vie) et l’époque qui change (Happening) et exécute un numéro de claquettes. Il reprend aussi C’était la Miss, le très bel hommage de Bernard Michel à Mistinguett créé par « le clown chanteur » Henri Salvador huit ans plus tôt sur la scène de l’Alhambra-... Maurice Chevalier.
En bonus, Frémeaux nous propose quelques témoignages recueillis après le spectacle auprès du public ou de personnalités (Sacha Distel, André Luguet et... Momo).
Un magnifique livret de 64 pages, signé Michel Vial, accompagne ce disque exceptionnel.
• Double CD Frémeaux
Anthologie : Fête foraine et cirque 1928-1954
Après la banlieue et les guinguettes, André Bernard nous propose une anthologie de chansons évoquant la foire et le cirque. « J’aime la foire où pour trois sous on peut se faire tourner la tête... », chante Jacques Brel dans un de ses tout premier enregistrement. Maurice Chevalier nous invite à La Fête à Neuneu, André Pasdoc à la Foire du Trône (à l’époque située à la Nation), Yves Montand au Luna Park et Dorville À la foire d’Asnières... Le second CD nous fait entrer dans l’univers du cirque et de ses artistes : clowns, trapézistes, magiciens, femme à barbe... Chansonnettes et chansons d’auteur (Nohain, Apollinaire, Amade, Rouzaud, Lemarque, Contet...) se mêlent pour faire revivre un monde révolu... Parmi les raretés présentes sur ce coffret, un sketch du célèbre clown Grock enregistré en 1932.
• Double CD Frémeaux
Anthologie : Festival de la Rose d’Or
On en rêvait : Sélection l’a fait ! Relancé depuis 2002 à l’Olympia par Jean-Paul Jorge, le Festival de la Rose d’or d’Antibes — créé en 1962 par Claude Tabet et véritablement installé en 1964 — a été, dans les années 60 et 70, l’une des manifestations les plus prestigieuses de la chanson française. En 75 chansons réparties sur 3 CD , Patrick Campistron a tenté d’en reconstituer la programmation qui court de 1964 à 1977, dernière année officielle de la Rose d’Or. Tout comme l’Eurovision, les premières années demeurent les plus riches, tous les styles de chanson cohabitant (variétés, rive gauche, pop...) : Jean-Jacques Debout cohabite avec Georges Chelon, Jean-Claude Pascal avec Jean-Claude Massoulier, Jacqueline Danno avec Valérie Lagrange, Michel Delpech avec Jacqueline Dulac, Frida Boccara avec Henri Tachan, Nicole Croisille avec Nicoletta, Anne Vanderlove avec Alain Souchon...
Plusieurs des chansons de la Rose d’Or furent des tubes (Nos doigts se sont croisés, Ceux de Varsovie, Pourquoi pas nous, Le vent et la jeunesse, Une île, Quand nous n’aurons que la tendresse, Monia, Oh Lady Mary, Il, Soleil, Le jour se lève, Fais-moi un signe, Le premier pas...) que l’on retrouve ici. L’autre intérêt de ce coffret réside dans la présence de très nombreuses raretés, chansons « défendues » par des interprètes un peu oubliés et jamais réédités : Marcel Rothel, Franck Fernandel (C’est comme ça Marseille), Aldo, Jean-Yves Gran, Erik Montry, Maria Vincent, Jean-Claude Massoulier, Michel Mallory, Marjorie Noël, Romuald, Yves Roze, Line et Willy (Pourquoi pas nous), Les Troubadours (Le vent et la jeunesse), Minouche Barelli, Jocelyne Jocya, Michel Bergam, Ricardo, Guy Bonnet, Mary Roos, Maria de Rossi, Jean-Pierre Savelli... et Cliff Richard dans La Ballade de Baltimore, une chanson écrite par Jean-Max Rivière.
• Coffret 3 CD Sélection du Reader’s Digest
• Site de la Rose d’Or (Rose d’Or)
• Site de la boutique Sélection du Reader’s Digest (SRD)