Vendredi 21 décembre 2007, 20 heures passées, Henri Salvador fait son entrée sur l’immense scène du Palais des Congrès, précédé d’une présentation de Laurent Baffie. L’ex-complice de Therry Ardisson demande aux spectateurs : « Surtout, n’éteignez pas vos portables. Gardez-les en veille au cas où le nonagénaire aurait besoin du SAMU ! »
Magnifiquement éclairée, la grande scène révèle les musiciens qui accompagnent Monsieur Henri. Contrairement à son précédent passage au Palais des Congrès, c’est ici une formation réduite : quatre cuivres, un guitariste (Dominic Cravic), un pianiste-chef d’orchestre, un claviériste, un batteur et un bassiste. Ému, Henri Salvador présentera la section de cuivres mais oubliera de citer ses autres musiciens.
L’orchestre attaque l’intro de La vie, c’est la vie, qui figure sur l’album « Révérence » (2006), un texte de Gisèle Molard, musique de Salvador, une chanson créée en 1974 par Jean Piat. Une chanson d’entrée, qui swingue légèrement, bien choisie en la circonstance :
« La vie, c'est la vie
Il faut se la vivre
Content, pas content
Faut s'en arranger,
Faut se l'emmener
Tant qu'on peut la suivre
La vie, ça se vit
Jusqu'à en crever... »
Puis il enchaîne avec des ballades extraites de son dernier disque studio (Mourir à Honfleur, Tu sais je vais t’aimer, Dans mon île...). Et, bizarrement, la magie n’opère pas. La voix n’est pas ce qu’elle était jusqu’à il y a peu... Henri reconnaît avoir ce jour-là « des chats dans la gorge ». Rapidement, il change de registre et offre une version du Blues du dentiste comme on en a rarement entendue. Le « nonagénaire » retrouve alors tout son punch, servi par un big band aux petits soins...
À partir de là, le tour de chant change de tonalité. Salvador fait ce qu’il ne faisait plus ces dernières années : sous la forme d’un court medley, il reprend ses chansons « comiques », celles qu’il qualifie de « money songs », ces chansons « alimentaires » qui ont fait la joie de plusieurs générations (Le travail c’est la santé, Zorro est arrivé, Le lion est mort ce soir...) et qu’il a eu tendance à renier depuis le succès de Jardin d’hiver... qu’il ne chantera pas.
En revanche, Henri reprend plusieurs titres de Maurice Pon, présent dans la salle (Dans mon île, Une chanson douce). Il chante aussi Syracuse de Dimey, Avec le temps de Ferré... Au fur et à mesure, on remarque qu’il a fait sciemment l’impasse sur les chansons de ce qu’il est convenu d’appeler sa « résurrection » : exit Keren Ann et Benjamin Biolay, exit Michel Modo... Comme s’il voulait (se) prouver qu’il avait existé avant eux...
Ce soir-là, Henri ne fera pas de rappels. On le sent fatigué. La mémoire flanche parfois légèrement, il se sert d’un prompteur (deux ordinateurs portables placés sur la scène) et se joue de ses défaillances : « Le prompteur ne marche pas ! Il est cuit, Salvador ! »...
En guise de conclusion, il chante Bonsoir, amis, une autre chanson de scène signée Gisèle Molard (enregistrée sur l’album « Performance »). Puis il revient pour terminer en apothéose avec le célébrissime sketche du Gin, où un présentateur de télévision américain vient présenter le journal toutes les heures, à chaque fois plus imbibé de gin...
« C’est une déchirure que de vous quitter », lance Monsieur Henri, visiblement ému — et nous aussi —, avant que le rideau ne se referme.
Comme aurait pu le chanter Michel Delpech : « J’ai feté les adieux... d’Henri Salvador », ce vendredi 21 décembre 2007.
R. B.