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    <title>Articles disponibles</title>
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      <title>La philosophie Barouh : &#13;« Je ne me reconnais pas du tout comme un marginal ! »</title>
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      <pubDate>Sat, 12 Dec 2009 02:29:54 +0100</pubDate>
      <description>A l'époque d'Un homme et une femme, le succès m'est apparu davantage comme une privation de disponibilité et surtout une privation de liberté. Tout d’un coup, je devenais une star. Cannes, Hollywood, les Oscars, dîner avec Paul Newman... Mais j’ai regardé tout ça comme en bel arbre en me disant : pourquoi ça me ferait changer une vie que j’aime bien ? Pourquoi est-ce que je ne pourrais plus m’arrêter dans un bistrot faire un flipper tranquille ? Je ne voulais pas que ma vie change. Alors évidemment, toutes ces attitudes ont été interprétées comme une sorte de psychose d’échec : on a vu en moi quelqu’un qui tourne le dos au succès, alors que j’adore le succès ! Mais je n’ai pas envie du ghetto qu’est le succès. Et à peine sorti d’Un homme et une femme, je produis des gens qui à l’époque symbolisaient la subversion. Là-dessus arrive mai 68. Le schéma de l’après 68, c’était de culpabiliser politiquement le copain le plus vite possible pour se justifier soi-même. Vis-à-vis des gens pour qui le succès et le fric sont un but, je passais pour un mec qui tournait le dos au succès. Et pour les autres, les orphelins de 68, je passais pour un démago qui s’achetait la caution d’Un homme et une femme en produisant ce qu'il aimait. Comme une espèce de mécène qui s'offrirait des danseuses... Alors je me suis retrouvé complètement funambule. D'où les dessins de Sempé qui illustrent les éditions Saravah... &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un fantastique mépris des autres&lt;br/&gt;     Et là, je tombe sur un schéma que je rencontrerais finalement toute ma vie, maintenant. En ce qui me concerne, je n’ai aucun problème avec le public, les gens qui viennent me voir au théâtre, les gens avec qui je chante une chanson, mais j’ai toujours eu un problème avec ceux qui font écran entre le créateur et le public, toute cette espèce de fausse aristocratie des programmateurs et autres intermédiaires. Je tombe toujours sur des gens à qui je propose des choses - les miennes ou celles que je produis - et qui me disent  : « Oui, c’est formidable, moi je comprends, mais les autre ne comprendront pas. » Quel fantastique mépris des autres ! J’étais confronté à ça, et je me disais qu’avec ce que j’allais toucher de droits pour Un homme et une femme, je pourrais avoir une autonomie de création de dix ans. Mais je n’avais pas envisagé l’impondérable... C'est donc une partie d’échec-poker que j’allais jouer. J’ai été trouver tous les programmateurs et je leur ai dit : voilà, j’ai très envie que vous programmiez ces disques, mais je ne veux pas me rendre complice de ce que vous me proposez, c’est-à-dire de distribuer 500 ou 600 disques à l’œil à des programmateurs pour les retrouver aux Puces en fin de mois. Je ne refusais pas de leur envoyer des disques mais je leur disais : si vous voulez des disques je vous les vends au prix de gros. De toute façon, les mecs ne voulaient pas les passer, mais au moins, ça n’était pas aussi gratuit et je me disais qu’ainsi, les complicités allaient se préciser. Et ça a été le cas. Des gens m’ont gardé leur amitié et leur confiance : José Arthur, Jean-Louis Foulquier… Au moins, le tri allait se faire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Une bombe sous la table !&lt;br/&gt;    Saravah a fonctionné  comme ça, mais c’est vrai que les gens m’ont un peu pris pour un fou. Parallèlement, je faisais de temps en temps un film comme metteur en scène. Il y a des gens qui m’aiment bien et qui me prennent pour un dilettante de génie - ce que je ne suis pas, parce que je suis plutôt quelqu'un de besogneux et appliqué quand je fais des choses - et d’autres qui me prennent pour un amateur éclairé et éclectique alors qu’il n’y a aucun éclectisme dans ma démarche : depuis que j’ai 15 ans, je n’ai qu’une obsession qui est de témoigner du monde qui m’entoure et de faire circuler quelques émotions avec de l’image et du son. C’est tout ! Je n’esquisse pas un pas de danse, je suis incapable de faire un dessin... Pour moi, c’est un parcours complètement rectiligne, et je suis pris de vertige entre la simplicité du propos et les ambiguïtés que ça provoque ! &lt;br/&gt;    Des gens comme Chancel, que je connais depuis trente ans, se comportent  avec moi, chaque fois que je les rencontre, avec une énorme tendresse mais avec une certaine condescendance, comme si j’avais le cancer ! Et j’ai l’impression qu’une fois que je suis sorti de leur bureau, ils vont regarder sous la table pour voir si je n’ai pas laissé une bombe... ! Alors que les rapports sont simples, que je suis toujours disponible, que je ne dénonce personne, que je ne condamne rien ! Alors, tout ça est assez amusant. Enfin, ça s’étale sur une vie, maintenant. Je ne correspondais peut-être pas au schéma du producteur. Ni du chanteur ou de l’auteur. Produire Higelin et vivre l’aventure théâtrale avec Oscar Castro, faire un film et écrire une chanson, c’est toujours faire circuler des émotions, du son et de l’image. Mais qu’un auteur à succès passe 25 ans de sa vie à la reconnaissance du talent des autres, c’est suspect. Je ne vais pas m’amuser à expliquer que c’est par passion, c’est tellement infantile ! Mais les gens se demandent : qu’est-ce que ça cache ? D’un autre côté, je n’ai jamais perdu l’aspect ludique de toutes ces choses-là. Et puis Saravah existe encore, miraculeusement et finalement plus que jamais. J’ai été au bout de ce pari que j’évoquais tout à l’heure, c’est-à-dire garder Saravah en vie et retrouver mon autonomie de création. J’ai pris cette décision en 1976, j'ai fait des films, des disques et je continue à proposer des choses.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« Dénoncer, c'est sécuriser »&lt;br/&gt;    Il y a une notion dont j’ai horreur, c’est la marginalité. Je ne me reconnais pas du tout comme un marginal. A chaque fois que je fais un disque, que je sors un film ou une chanson, je voudrais que ça parvienne au plus grand nombre. Un créateur ne se définit jamais comme un marginal. Un mec qui raconte une histoire dans un bistrot, il a envie qu’on l’écoute. Cette notion de marginalité, elle vient des grands médias qui ont leurs marginaux comme on a son bon Juif ou son bon Arabe, et c’est de la démagogie totale, c’est une façon de se cautionner. &lt;br/&gt;    Un exemple. J'aime bien Jean Ferrat mais je ne trouve pas que ses dernières chansons soient de bonnes chansons. Ce sont des chansons de chansonniers, des pamphlets au premier degré. Alors, quand je vois Michel Drucker qui se gargarise en disant : « Regardez à quel point on est gonflés ! Regardez, il va chanter une chanson contre la télévision et nous, on est assez courageux pour la passer ! », alors que c’est une chanson d’une innocence totale, parce que dénoncer, c’est sécuriser. Brigitte Fontaine appelle ça : « Mettre de la terre dans la bouche des gens pour les empêcher de parler... » Autrement dit, crier : CRS-SS, c'est infantile, il n'y a aucune subversion là-dedans. Il y a toute une démagogie et on se cautionne en disant : « Voyez, moi j’ose passer Jean Ferrat ! » Mon cul ! C’est de la foutaise, ça ! C’est des gens qui se sentent tous beaux, intelligents, gonflés, participant à une œuvre, et puis ils rentrent chez eux et ils regardent la Roue de la fortune !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le pire pour un créateur c’est sa propre censure&lt;br/&gt;    C’est vrai que je n’ai produit que des gens à qui je reconnaissais une obsession profonde. Vous m’amenez un truc en me prouvant que je vais en vendre un million d’exemplaires, si je ne le revendique pas, je ne le sors pas. C’est ce qui distingue Saravah de toutes les autres entreprises au monde. A partir du moment où j’ai rencontré des gens comme Higelin ou Fontaine qui portaient en eux ce souffle de liberté, je leur ai dit : « Voilà, vous vous installez en studio. Je ne veux pas jouer les dirigistes. Tout ce que je vous demande c’est d’aller au bout de tout le côté ludique.  Vous restez un mois, deux mois ou trois mois en studio, amusez-vous. Si un titre fait 10 minutes, eh bien, il fait 10 minutes. Tout ce que je vous demande, c'est que ce qui sera sur le disque, c’est ce que vous aurez décidé. Ce que j’attends de vous, c’est que ce disque sorte, et que six mois après, vous puissiez le revendiquer. » Car il n’y a rien de plus triste pour cette race de vrais créateurs que de faire un truc et six mois plus tard de ne même plus oser le faire écouter à ses copains.&lt;br/&gt;    Je pense que le pire, pour un créateur, ce n’est pas la censure extérieure, c’est sa propre censure. Des gens qui sont un peu tricards, comme ça, quand ils ont l’occasion de faire quelque chose, ils se réduisent d’eux-mêmes inconsciemment parce qu’ils se disent : il faut que ça marche. En général, les gens qui sont porteurs de ces obsessions profondes ont tellement attendu qu’ils ont tendance à s’autocensurer - le dernier en date, c’est Philippe Léotard. Jamais personne n’aurait produit un disque de Léotard. Ou bien Caussimon, qui avait 52 ans quand je suis allé le trouver pour le provoquer. J’ai reçu tellement de bandes enregistrées au Revox où il y avait un oxygène fantastique, mais quand ceux qui me les avaient envoyées se retrouvaient en studio, ça se réduisait... Même avec des gens merveilleux comme Maurice Vander et Francis Lai, quand on se retrouvait en studio, tout se figeait et  l’oxygène ne passait plus.  Et ce qui a donné ce son Saravah,  parce qu’il y a réellement un son Saravah, c’était cette liberté que j'attendais d’eux. Cette liberté, je l'ai vécue  récemment avec Richard Galliano et Allain Leprest : le travail en studio a privilégié la priorité de l'émotion sur la performance technique.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche &lt;br/&gt;le 14 janvier 1992 à Paris&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;• Interview parue dans Je chante ! n° 8 (épuisé).</description>
    </item>
    <item>
      <title>Les 25 ans de Saravah</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Pierre_Barouh/Blog/Entrees/2009/12/12_Les_25_ans_de_Saravah.html</link>
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      <pubDate>Sat, 12 Dec 2009 02:28:50 +0100</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quel est le tout premier disque sorti sous le label  Saravah ?&lt;br/&gt;La musique du film de Lelouch, 13 jours en France . Tout de suite après, en même temps que celui de Brigitte, il y a eu un disque brésilien, le Trio Camara, et un disque fantastique que l’on ressort en compact  - il fallait être fou pour faire ça -, un disque de jazz avec les quatre pianistes extraordinaires que sont René Urtreger,  Maurice Vander, Michel Graillier et Georges Arvanitas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Combien avez-vous produit de disques ?&lt;br/&gt;Je n’ai pas fait le compte mais il doit y en avoir 250. Mais en 25 ans, ce n’est pas énorme ! Ce qui est intéressant, c’est qu’en fait, les disques du catalogue Saravah se vendent comme du classique. Je prends l’exemple de David Mc Neil, qui cartonne actuellement chez Virgin. David a fait trois disques Saravah et ensuite trois autres chez RCA. Quand on est distribué par RCA ou par n’importe quelle grosse boîte de distribution, on vous dit : « Vous n'en vendez que 500 ou 600 par an, il faut les envoyer au pilon parce que ça vous coûte plus cher de les garder au catalogue. » Et moi, je me suis toujours refusé à ça. Alors, c’était des bagarres, des lettres recommandées, etc... Parce que j'estime que s’il y a 300 personnes dans l’année qui achètent son disque, c’est important pour ces 300 personnes et pour l’artiste. Et finalement, ce qui était a priori un geste noble et désintéressé devient un geste commercial parce que notre fond de catalogue existe et se vend comme du classique. Mais c’est vrai qu’on s’est comportés au panache. On a vécu la création comme des seigneurs... Maurane, je l’ai rencontrée quand elle avait 17 ou 18 ans et pendant dix ans, on m’a dit : « Elle est grosse, vulgaire, ça ne marchera jamais. » Et puis les multinationales en ont fait une star. En fait, moi, j’ai fait le trottoir pour le multinationales pendant 25 ans !... Après, c’est normal, les gens se barrent. Mais maintenant j’espère que ça va changer, parce qu’avec ADDA, on a une vraie distribution, donc les gens qui sont avec nous sont contents. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Est-ce qu’il y a des artistes que vous auriez aimé avoir chez Saravah, et qui étaient ailleurs ?&lt;br/&gt;Oui. Très peu, mais il y en a quelques uns.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Moustaki, par exemple ?&lt;br/&gt;Non. J’aime bien Moustaki mais pour moi, il ne véhicule pas une obsession d’auteur comme Léotard ou Mc Neil ou Higelin. C’est un mec qui fait de belles chansons et j’ai beaucoup de respect et d’amitié pour lui, mais je n'aurais pas insisté pour l'avoir. Qui aurais-je aimé ? Cabrel ! Je trouve qu’il y a une vraie grande pureté dans tout son travail. Mais le dernier qui m’ait fusillé, c’est Richard Desjardins. Autrement, il n’y en a pas énormément. J’aime bien Souchon, je trouve que c’est une belle écriture aussi. Il y a des mecs qui me plaisent bien dans leur démarche, aussi, c’est la Mano Negra. Je les aime bien parce que trouve que dans l’esprit, ils sont proches de Saravah, c’est la même famille. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Est-ce que l’expérience de Saravah pourrait être tentée aujourd’hui ? Dans le contexte économique actuel ?&lt;br/&gt;Elle ne pouvait pas l’être il y a 26 ans non plus ! Il y a toujours des gens qui font des choses intéressantes. Patrick Tandin, par exemple, qui a fait ce disque sur le musette, Paris Musette, un beau disque. Il y a des exemples de producteurs indépendants, il y a eu l’Escargot, il y a eu d’autres labels, mais il n’y a rien qui ressemble à Saravah, pas plus il y a 25 ans qu’aujourd’hui. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous avez des bandes inédites ?&lt;br/&gt;Il y en a. Et justement, là, je vais sortir un coffret pour les 24 ans de Saravah. J’ai ramené plein de bandes. Déjà pour les 10 ans, j’avais mis des inédits et là, je vais en retrouver certains, je vais fouiner dans les archives pour qu’il y ait ne serait-ce qu’un ou deux ou trois inédits.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et l’inédit de Caussimon ?&lt;br/&gt;Non, là, c’est Paulette Caussimon qui m’a appris qu’il y avait un très bel enregistrement qui avait été fait à l’Olympia en 1974. On  a donc demandé l’autorisation à Europe 1 parce que c’était un Musicorama et on l'a sorti en compact.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et dans les nouveautés ?&lt;br/&gt;Le présent, c’est le petit disque, « Noël », qui vient de sortir et que j’aime vraiment bien. Il va y avoir un cadeau, un clip magnifique qui fait vivre au moins une centaine de photos de Robert Doisneau. On va sortir les 24 ans de Saravah. Un disque très important aussi : « Kabaret de la dernière chance «, avec les vingt et une chansons des quatre pièces écrites avec Oscar Castro et Anita Vallejo. Egalement prévu : un disque magnifique de chants polyphoniques corses enregistrés dans une chapelle à Calvi. C’est à pleurer tellement c’est beau et magnifique. Et le nouveau Leprest avec Richard Galliano.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quels sont les disques Saravah dont vous êtes le plus fier ?&lt;br/&gt;En fait, s’il y a un individu qui justifie les 25 ans de Saravah, c’est bien Jean-Roger Caussimon. Tous les autres, Mc Neil, Higelin ou Fontaine, ils auraient fait leur parcours sans moi. Peut-être un peut différemment, au nom de cette liberté que j’imposais, finalement ! Saravah, ce n’est pas une maison de disques, ce n’est vraiment qu’une aventure ! C’est une petite flamme qui est dans ma tête à moi et si un jour je souffle dessus et qu’elle s’éteint naturellement, Saravah n’existera plus. C’est quelque chose qui est impalpable. Vous ne pouvez pas imaginer les témoignages que j’ai eus ! Au Japon, c’est hallucinant. Il y a des gens qui viennent me voir et qui me parlent de Saravah les larmes aux yeux. Des mecs qui viennent me dire : « J’étais étudiant, j’ai économisé, je me suis payé le voyage à Paris pour acheter Ça va, ça vient et un disque de Brigitte Fontaine. » Imaginez qu’un disque un peu maudit en France s’est vendu au Japon à plus de 400 000 exemplaires ! C’est la plus grosse vente d’un disque français.  Si on additionne toute la chanson française : Brassens, Trenet, Mireille Mathieu et tout ça, à eux tous, ils n’ont pas vendu ce qu’a vendu Brigitte Fontaine qui est en train de tourner en rond dans sa parano ici et qui a été méprisée par tout le monde.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Comment vous expliquez-vous ça ?&lt;br/&gt;C’est parce que les mecs l’ont vraiment écoutée ! C’est un disque énorme ! Un Japonais est venu ici - il vend des tableaux - et nous a chanté J’ai 26 ans de Brigitte Fontaine, qui est une chanson monumentale et que je défie qui que ce soit de connaître ici. Quand on vient me parler de francophonie, quand j’entends les discours, la dialectique gouvernementale, j'ai envie de rigoler. Là, j’affirme que j’ai fait plus, tout seul pour la francophonie que tous ces gens avec leurs discours. Quand je suis invité dans des réunions de la francophonie où sont dépensés des milliards, je vois des mecs qui parlent et j’ai l’impression d’être devant un aquarium. Ils font des bulles... Mais moi, je n’ai pas théorisé l’histoire, je l’ai vécue et je l’ai faite. Et Léotard ...! Le disque de Léotard, c’est énorme ! Imaginez Artaud ou Baudelaire qui chanteraient avec la charge émotionnelle de Billie Holiday. Il faut écouter ce disque ! C’est énorme, énorme, énorme ! Il y a une chanson là-dedans qui a donné son titre au disque : A l’amour comme à la guerre, qui est un truc monumental ! Ça ne passera pas en radio, mais ça risque d’avoir le même destin, dans quinze ou vingt ans, je ne sais pas, que Comme à la radio de Brigitte Fontaine.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je me souviens qu’à une certaine époque Saravah avait une image un peu sulfureuse. C’était quelque chose de nouveau qui se créait au jour le jour, d’un peu expérimental.&lt;br/&gt;Mais ça n’a pas changé. Et c’est une chose plutôt gratifiante. Le disque d'Armadillo, on commence à le distribuer dans le Languedoc-Roussillon et je me suis rendu compte avec ravissement que Saravah servait vraiment de sésame. Ils ont aimé le disque en soi, mais aussi parce que c'est un disque Saravah.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Est ce que vous pensez que cet esprit de subversion de Saravah a laissé des traces ? Vous pensez avoir fait des enfants ?&lt;br/&gt;Oui. Je le sais, j’en suis sûr et j’en ai la confirmation très souvent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Saravah, ça veut dire salut, en brésilien ?&lt;br/&gt;Oui, ça veut dire bénédiction, c’est un mot très large, très généreux. Mais on a l’impression que c’est des centaines, des milliers de rivières souterraines qui émergent comme ça. Une nuit, à trois heures du matin, je reçois un appel de Bombay, c’est Nana Vasconcelos qui m’appelle ou Chic Streetman... Et ça c’est une rivière souterraine qui tout d’un coup, un jour ou l’autre, émerge. C’est une aventure vraiment marrante, quoi !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Higelin...&lt;br/&gt;Avec Higelin, on ne s’est jamais coupés d’une complicité, d’une amitié. Ce n’est pas dans la philosophie de Saravah de mettre un contrat sous le nez d'un artiste en lui disant : je m’excuse, tu as un contrat et tu restes encore trois ans. Il y avait des contrats, mais c’était plus pour protéger l’auteur, pour dire : je dois te faire un disque tous les ans. Mais si un mec veut se tirer, il se tire. Donc, Higelin se retrouve chez Pathé Marconi, ça marche, les années s’écoulent. Un jour, j’écoute des bandes qui traînaient dans le studio et je me dis : merde, il y a vraiment de belles chansons. J’étais embêté parce que je ne voulais pas que Jacques ait l’impression que c’était un geste opportuniste de ma part, que je profitais de son succès pour ressortir quelque chose. Je suis allé le trouver, on en a parlé, je lui ai dit que j’étais emmerdé  et que je ne savais pas quoi faire. Sur ce, je pars deux ou trois mois au Québec. C'était en 1980. Quand je suis rentré, Higelin s’était installé au studio, tout seul, avec Daniel Vallancien, il avait repris les bandes, et il m’a dit : « Tiens, voilà ! » Ça a été remixé, évidemment, parce que les bandes n’avaient pas été mixées du tout. A l’époque, tous les premiers Higelin, Fontaine, c'étaient des disques d’anthologie enregistrés sur des deux ou quatre pistes... Les inédits d’Higelin, c’est un cadeau qu’il m’a fait. Ce sont des petites histoires comme ça qui sont réconfortantes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Caussimon... &lt;br/&gt;Jean-Roger fait partie des gens dont je me suis nourri, quand j’avais 15 ou 16 ans, à travers des chansons comme Comme à Ostende  ou  Le temps du tango. Comme je me suis nourri de Mac Orlan, de Trenet, de Prévert, de Jean Vigo...  Les années passaient et j’étais complètement révolté du fait qu’on attribuait toujours ses chansons à Léo Ferré. Et un jour, en discutant avec José Artur, je lui ai parlé de Caussimon qui faisait du théâtre à cette époque - c’était un très bon acteur. Et José m’apprend que Jean-Roger Caussimon, étudiant bordelais, quand il a débarqué à Paris, chantait au Lapin Agile. J’ai donc été le trouver, rue Damrémont dans le 18ème, alors que Saravah existait déjà depuis quelques temps. Je lui dis : « Monsieur Caussimon, j’aimerais vous produire un disque. » Il avait 52 ans. Et il me répond : « Mais cher monsieur Barouh, vous n’y pensez pas ! Vous allez perdre tout votre argent. » Et j’ai senti, dans le ton, qu’il le souhaitait depuis 30 ans et qu’il avait été trop pudique pour le provoquer lui-même. Et là, je suis heureux, parce qu’à l’époque où je l’ai rencontré, Jean-Roger avait un petit parfum d’amertume. Il ne serait jamais devenu amer parce que ce n’est pas dans sa nature, mais ça a quand même changé les quinze dernières années de sa vie. On est restés fidèles, il n’a jamais quitté Saravah. Il a fait le Théâtre de la Ville, et il est parti avec sa femme Paulette, son chien Boubou et sa roulotte, sur les routes pour chanter. Je pense que si je n’avais pas été le trouver, il n’aurait jamais fait de disque. Donc ça, j’en suis vraiment heureux et fier. Le plus fou, c’est que la dernière fois que j’ai vu Jean-Roger, c’était quelques heures avant sa mort dans un hôpital à côté de la gare d’Austerlitz. Ce type qui allait mourir me dit : « J’ai un problème : j’écoute la radio, j’écoute les chansons, et je ne sais plus comment écrire... » On a eu une conversation sur l’écriture d’une grande fraîcheur... C’est la dernière que j’ai eue avec lui.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche &lt;br/&gt;le 14 janvier 1992 à Paris&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;• Interview parue dans Je chante ! n° 8 (épuisé).</description>
    </item>
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      <title>La Bicyclette</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Pierre_Barouh/Blog/Entrees/2009/12/12_La_Bicyclette.html</link>
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      <pubDate>Sat, 12 Dec 2009 02:26:20 +0100</pubDate>
      <description>J'ai écrit Vivre pour vivre, Des ronds dans l’eau et aussi des chansons comme Memphis Tennessee et D’accord, d’accord qui ont été d’énormes succès. La bicyclette et Des ronds dans l’eau, c’est directement des choses qui me viennent de mon enfance en Vendée. Ce sont des parfums de chemins creux, c’est la Vendée... Ces chansons ne sont pas des tubes, mais elles sont rentrées dans la mémoire populaire. Il y a très peu de gens qui savent que c’est moi qui ai écrit La bicyclette. C’est très bien comme ça, ça ne me dérange pas.&lt;br/&gt;    L’histoire va vous amuser ! La chanson est sortie en mai 68 mais je l’ai écrite bien avant. Je traînais à Saint-Germain-des-Près où j’avais plein de potes. A l'époque, un ami qui travaillait dans la publicité me dit un jour : « On fait une grande campagne sur le vélo, est-ce que tu veux nous écrire un texte ? » Pas une chanson, mais un texte, comme ça, juste pour me faire toucher 100 sacs ! Et moi je me suis drapé dans ma dignité en disant : écrire pour la pub, jamais ! Et pourtant... Un matin de printemps, en partant à pied chez Francis Lai, je traversais le Louvre. Inconsciemment, ce copain m’avait mis un poison dans la tête !  J’ai commencé à penser au vélo, à écrire la chanson dans ma tête, et elle est née comme ça, finalement. &lt;br/&gt;    Des années se sont écoulées, il y a eu Un homme et une femme.  J’étais marié avec Anouk Aimée, et un été, on s’est retrouvé à Saint-Paul-de-Vence à la Colombe d’Or avec Yves Montand et on passait notre temps à jouer au poker ou à la pétanque. Un jour, entre deux parties de poker, on a vaguement parlé chansons, et je lui ai parlé de cette chanson. Et là, je me suis rendu compte que ce mec était un interprète, au sens le plus noble possible, parce qu’au départ, la chanson n’était pas la même. &lt;br/&gt;    Le dernier couplet qui dit : « Quand le soleil sur l’horizon profilait sur tous les buissons... », ne figurait pas à l'origine. J’ai perdu ce que j’avais écrit, mais à l’époque, la chute c’était un mec qui revenait sur les lieux de son enfance en bagnole. Yves écoute la chanson et me dit : « C’est vraiment une chanson magnifique, mais la chute, ça ne devrait pas être ça. Ne laisse pas s’écouler le temps, raconte l’histoire d’une journée, va au bout de ton petit film... » Je l’ai écouté, parce que j’aime bien écouter les gens, et grâce à lui, j’ai écrit cette fin qui est très belle. Mais j’ai pu vérifier à quel point ce mec qui se revendiquait comme interprète savait écouter et savait influer sur le travail de l’auteur. Cette fin que j’adore, je la lui dois. &lt;br/&gt;    Et en même temps, du point de vue de l’écriture, on peut vérifier la valeur d’un mot. Ce dernier couplet dit : « Quand le soleil à l’horizon profilait sur tous les buissons nos silhouettes, on revenait fourbus, contents, le cœur un peu vague pourtant de ne pas être seul un instant avec Paulette, prendre furtivement sa main... », Vous voyez l’image du môme qui se laisse distancer pour effleurer la main de la fille... Dans le premier enregistrement qu’il a fait, Montand s’est gouré. Il n’a même pas changé des mots, il a inversé deux mots. Au lieu de dire : « de ne pas être seul un instant », il a dit « de ne pas être un seul instant », et sur une inversion de mots,  l’image devient dix fois moins forte. Elle se réduit tout d’un coup, et je trouve ça fascinant. Seul un instant  ou un seul instant, c’est pas pareil ! L’image est moins forte, et je le lui ai dit après. Dans la version studio, c’est un seul instant. Et à l’Olympia, il a rectifié. Il a remis seul un instant.  C’est effectivement très différent.Il m’a dit : « Tu as raison, c’est plus fort », mais il s’était gouré !&lt;br/&gt;    Montand m'a aussi chanté une autre chanson, Pluie.  A la télévision, il avait interprété Le Kabaret de la dernière chance, qu'il voulait enregistrer. Et il y a cette dernière, Pour que la mémoire du vent retienne nos chansons... S’il l’avait entendue, il aurait craqué. C’est pour ça que je la lui ai dédiée... J'avais rendez-vous avec lui le 13 novembre 1991 à 11 h du matin... La vie en a voulu autrement, mais je suis allé dans le bistrot à côté de chez lui, à l’heure où j’avais rendez-vous, place Dauphine. J’ai fait un petit mot, j’ai manuscrit cette chanson que je lui ai offerte avec une petite rose rouge, parce que ça me gonflait d’aller au Père Lachaise avec tous les voyeurs qui étaient là, avec la télé... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche &lt;br/&gt;le 14 janvier 1992 à Paris&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;• Interview parue dans Je chante ! n° 8 (épuisé).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;• Discographie : Yves Montand (30 cm Philips 6332.227), Pierre Barouh (30 cm Saravah &amp;quot;Viking Bank&amp;quot;, SHL 1068), le quintet Indigo (CD &amp;quot;Quintet à voix&amp;quot;, OMD CD 1530). Il y aussi la version américaine (On Bicycle), adaptation de David Mc Neil, chantée par Montand sur l'album &amp;quot;In English&amp;quot; (Philips, 6313.489, 1983). Il existe une version « détournée » de La Bicyclette, revue et corrigée par Jacques Le Glou dans une optique révolutionnaire post-soixante-huitarde. Ecrite en 1969, La mitraillette est  interprétée par Jacques Marchais sur l'album &amp;quot;Pour en finir avec le travail&amp;quot; (Chansons du prolétariat révolutionnaire. Vol. 1). Editions Musicales du Grand Soir, distribution RCA en 1974. (Réf. FPL1 0054).</description>
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      <title>La Samba Saravah : une chanson qui a fait le tour du monde</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Pierre_Barouh/Blog/Entrees/2009/12/12_La_Samba_Saravah___une_chanson_qui_a_fait_le_tour_du_monde.html</link>
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      <pubDate>Sat, 12 Dec 2009 02:22:20 +0100</pubDate>
      <description>Cette chanson de Vinicius de Moraes existait déjà sous le nom de Samba Da Bensao. Elle m'avait vraiment émue. Qu'un compositeur dédie une chanson à ses contemporains, c'est toujours très rare. On rend toujours hommage à des personnes disparues. Vinicius de Moraes, qui était mon ami, me demandait depuis des années de lui faire un texte en français. Il me disait : « Il n’y a que toi qui peux faire ça, fais-le. » Je lui répondais que la chanson était trop brésilienne pour que je l'adapte et que je serais obligé de la trahir. Mais il m’avait mis un poison dans la tête ! Ça a duré des années. J’avais des bribes de phrases qui arrivaient comme ça. Et cette nuit qui a précédé mon retour, comme disent les Brésiliens, Chégé, c’est-à-dire : c’est arrivé. La version qui se trouve dans le film (dans les scènes de Camargue), c’est celle enregistrée à 9 heures du matin, sur un Revox chez Baden Powell, après une nuit sans sommeil ! &lt;br/&gt;    Samba Saravah n’est pas le tube des chansons du film, mais je vous assure qu'elle a profondément marqué les esprits. Aujourd'hui encore, je rencontre des gens qui me disent : « J’ai changé ma vie sur cette chanson. J’ai arrêté de bosser, je suis parti en voyage. » Mon neveu, qui est décorateur de cinéma, revient de Pologne où il a rencontré une jeune femme journaliste et interprète, qui ne me connaît pas et qui lui a dit : « C'est une chanson qui a changé ma vie. Je suis devenue journaliste. Je ne sais même pas qui l’a écrite. » Elle connaissait les paroles par cœur... A la Rochelle, une jeune journaliste m'a dit la même chose.&lt;br/&gt;    C’est ça le miracle d’une chanson : un truc de trois minutes que vous lâchez dans l’air. C'est l’histoire du pollen : le vent souffle dessus et vous ne savez pas où ça se dépose, vous ne savez pas où ça germe, où ça s’épanouit… &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche &lt;br/&gt;le 14 janvier 1992 à Paris&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	•	Interview parue dans Je chante ! n° 8 (épuisé).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Un homme et une femme : &#13;une nouvelle façon d’utiliser la chanson au cinéma</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Pierre_Barouh/Blog/Entrees/2009/12/12_Un_homme_et_une_femme___une_nouvelle_facon_dutiliser_la_chanson_au_cinema.html</link>
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      <pubDate>Sat, 12 Dec 2009 02:20:20 +0100</pubDate>
      <description>À l’époque, je vivais avec Francis Lai des moments privilégiés à Montmartre. On faisait un travail d’artisan, on se voyait tous les jours,  on prenait des mois pour écrire une chanson. Francis débarquait de Nice avec son accordéon, et je lui reconnaissais un fantastique talent de mélodiste. Quand Lelouch m’a raconté l'histoire d'Un homme et une femme, je me suis souvenu qu'avec Francis, quelques mois auparavant, j’avais écrit une chanson qui me semblait porter les mêmes parfums que l’histoire qu’il me racontait : Plus fort que nous. On la lui a chantée. Lelouch a beaucoup de défauts, mais il a une qualité fantastique : il dégaine à toute vitesse, il saute sur les idées ! Et là, il m’a dit : « Tu me la gardes pour mon film. » J’étais content, j’avais placé mon copain. Et là-dessus je suis parti au Brésil après lui avoir présenté Jean-Louis Trintignant, en lui disant : « Tu sauras toujours où me joindre. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Brésil&lt;br/&gt;    J’étais au Brésil depuis  huit mois et j’y avais tourné un film. J’avais gagné un peu d’argent et tant que j'avais de quoi vivre, je restais. Un jour, je reçois un télégramme, disant : « Rentre, on fait le film. » Et dans la nuit précédant mon départ, on a écrit la &lt;a href=&quot;../Barouh_La_Samba_Saravah.html&quot;&gt;Samba Saravah&lt;/a&gt; avec des amis musiciens — Baden Powell, notamment — et on l’a enregistrée sur un Revox à 9  heures du matin, alors que mon avion partait à midi ! Je suis arrivé quelques jours avant le début du tournage et j’ai fait écouter la chanson à Lelouch qui me dit, toujours avec son côté Lucky Luke : « Je change mon scénario et je la mets dans le film. » Et c’est comme ça que, petit à petit, se sont retrouvées une, deux, trois, quatre, cinq chansons dans le film. &lt;br/&gt;    À la moitié du tournage, Lelouch n’avait plus d’argent. C’est toujours frustrant de démarrer une aventure et de ne pas pouvoir la mener à terme... Comme j’avais déjà fait deux ou trois disques avec Lucien Morisse (Tes dix huit ans, Le roman), j’étais un peu connu dans le milieu de la chanson. Je suis donc allé trouver tous les éditeurs de la place de Paris pour essayer de gratter cinq ou dix briques d’avance sur les droits d’édition dans le but de ramener cet argent à Lelouch pour pouvoir racheter de la pellicule et continuer le film. Mais tout le monde m’a ri au nez… Et cela s’explique parce qu'en fait, ce qui était intéressant dans Un homme et une femme, c’est que c’était la première fois dans toute l’histoire du cinéma qu’on utilisait la chanson comme ça. Jusque là, il y avait soit des comédies musicales soit des films où les comédiens chantaient en situation, comme Jean Gabin dans La belle équipe ou Fréhel dans Pépé le Moko. Mais que ces deux moyens d’expression populaire que sont la chanson et le cinéma se rencontrent, se croisent sans qu’aucun des deux ne perde son identité, c’était la première fois. Un an plus tard Mike Nichols faisait Le Lauréat avec Simon et Garfunkel. Et depuis, la chanson a joué un rôle différent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Saravah&lt;br/&gt;    Je n’ai pas eu de talent de visionnaire, je voulais seulement placer mon pote, c’est tout. Et finalement, heureusement que c’est un film qu’on a fait sans un rond parce que ça nous a donné la liberté que donne ce genre de situation. Lelouch n’était pas connu, Trintignant était un peu dans le creux de la vague, il n’avait pas fait de film depuis Et Dieu créa la femme. C’est donc à ce moment-là que j’ai créé Saravah, sur un coup d’espièglerie, en me disant : personne ne veut éditer ça, on va le faire nous-mêmes ! Saravah est donc né au moment où l’on n’avait aucune idée du destin du film ni de la musique puisqu’on n’arrivait pas à finir le film. On a souvent écrit que c’était avec les royalties d'Un homme et une femme que j'avais créé les éditions Saravah. C'est entièrement faux, c’est bien avant ! Et je tiens beaucoup à cette précision. &lt;br/&gt;    Finalement, Lelouch prend contact avec un producteur québécois, Claude Giroud, qui voit les rushes de ce qui était tourné et décide de financer la fin du film. Et six mois plus tard, je me retrouve à Cannes, éditeur sur un coup unique dans l’histoire de l’édition, avec tous les mecs que j’avais vus avant : Gilbert Marouani, Eddie Barclay et d’autres, carnet de chèques en main, me demandant : « Combien tu veux ? » Pour moi le canular prenait tout son sens, et j’ai dit : « Trop tard ! »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche &lt;br/&gt;le 14 janvier 1992 à Paris&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;• Interview parue dans Je chante ! n° 8 (épuisé).</description>
    </item>
    <item>
      <title>Depuis l’âge de quinze ans, je n’ai qu’une obession : témoigner du monde qui m’entoure et faire circuler des émotions avec de l’image et du son...</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Pierre_Barouh/Blog/Entrees/2009/12/12_Depuis_lage_de_quinze_ans,_je_nai_quune_obession___temoigner_du_monde_qui_mentoure_et_faire_circuler_des_emotions_avec_de_limage_et_du_son....html</link>
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      <pubDate>Sat, 12 Dec 2009 02:11:59 +0100</pubDate>
      <description>Un enfant de la banlieue&lt;br/&gt;    « Je suis un enfant de la banlieue », revendique Pierre Barouh. Juifs originaires de Turquie, ses parents faisaient les marchés. « J’avais cinq ou six ans au début de la guerre. Alors, pour m’éviter quelques impondérables, ils m’ont envoyé dans le bocage vendéen où j’ai eu la chance de vivre chez un paysan merveilleux. Je suis resté très attaché à cette terre : j’ai une maison là-bas au bord de la rivière où j’allais à la pêche quand j’étais enfant. Et quand je suis revenu à Paris, je ne parlais plus que patois.  J'étais complètement décalé et dans une situation d’incompatibilité totale avec toute l’éducation dirigée, avec l’école. Je n’ai jamais fait un devoir de ma vie ! ». « Et puis, ajoute Barouh, mon univers à l’époque, c’était Tino Rossi, Marcel Cerdan, René Vietto qui était un grand champion cycliste, les patins à roulettes et les billes. Il y avait un cinéma en bas de chez moi qui s’appelait l’Eden. Un jour je suis allé voir Les visiteurs du soir, et là, ça a été un choc énorme parce que Prévert m’a éclaté dans la tête comme mille soleils ». Il écrit sa première chanson, « pour ainsi dire le lendemain ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Prévert et Billie Holiday &lt;br/&gt;    A la même époque, soigné pour une primo infection, il se retrouve  dans une maison de repos universitaire pour adolescents. « J'étais un môme et ils m’ont fait découvrir le jazz. Ils m’ont fait écouter Billie Holiday, j’ai lu La rage de vivre et ça a été gauche-droite : j’ai pris deux énormes coups dans la gueule, et ma vie a basculé à partir de ce moment-là. » Il commence à écrire des chansons et cesse d'aller à l'école. « J’ai pris alors cette décision et la seule chose qui me trouble, c’est que je n’en saurais plus jamais la source. Elle m’a été inspirée par un film que j’avais vu, ou une bande dessinée. J’ai décidé que je n’irai plus à l’école, que j’écrirai des chansons et que je ne ferai rien que me promener jusqu’à l’âge de trente ans. » Aujourd'hui, Barouh estime qu'il a rempli ce « contrat » : « Je me suis promené, j'ai visité sept ou huit pays, j'ai vaguement appris deux langues... Mais je n’avais pas un pouce d’humilité. Je n’étais pas humble pour un rond. Je me disais : je me promène et à trente ans, je fais une halte et ça marche. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Entre Saint-Germain-des-Près et Montmartre &lt;br/&gt;    Pierre Barouh vit alors une quinzaine d'années comme un seigneur. Partout où il va, il se fait des amis. « Je travaillais pour vivre là où je me trouvais et je revenais à Paris de temps en temps. Je n’avais pas de problèmes, j’avais des potes. Je passais mon temps entre Saint-Germain-des-Près et Montmartre. Quand je revenais, je me retrouvais journaliste sportif, assistant metteur en scène, et à chaque fois, je repartais. » Mais un jour, il décide de s’arrêter. « Tout s’est passé dans le désordre.  J’avais toujours imaginé que c’était la chanson qui m’amènerait vers les voies royales du succès, et en fait, je me suis retrouvé assistant-metteur en scène et acteur dans le film de Georges Lautner, Arrêtez les tambours. » Il y chante Les filles du dimanche. Puis c'est le théâtre, une pièce de Tennessee Williams, La Ménagerie de Verre, jouée au théâtre Mouffetard. Il y est remarqué par un producteur et sera le gitan du film D'où viens-tu Johnny ? &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Lucien Morisse, AZ et Bobino&lt;br/&gt;    Pierre Barouh fait ses débuts dans la chanson en 1962. Pour le label belge Palette, il enregistre, accompagné par l'orchestre de Willy Albimoor, deux 45 tours simples qui paraîtront au mois de septembre. On y trouve des chansons qu'il reprendra par la suite : Chanson pour Teddy, Le Tour du monde, Le p'tit ciné... « Mais ils n'ont jamais été diffusés, finalement. Moi, je n’ai plus rien de tout ça. » Ensuite, c'est la rencontre avec  Lucien Morisse qui montait alors sa première maison de disques, AZ. Avec Danyel Gérard, il est le premier à enregistrer sur ce nouveau label. « Je suis toujours copain avec Danyel pour qui j’ai écrit Memphis Tennessee et D’accord, d’accord. Nous avons fait les premiers rocks français et tout récemment, j’ai écrit une chanson avec lui dans son dernier disque. »&lt;br/&gt;    Néanmoins, il n'est pas satisfait. « J'avais pris tellement de recul pendant ma période privilégiée de balades que je n’avais pas prévu que le succès m’apparaîtrait plus comme une convention et comme un ghetto. On se projette tous des images. Pour moi, le succès, c’était les bagnoles, les autographes, son nom sur l’affiche, des trucs comme ça. Et puis, une fois confronté à ça,  c’est devenu surtout une privation de disponibilité, de liberté. Tout d’un coup, j’étais condamné à me parodier à vie, à répéter sans arrêt les mêmes choses. »  &lt;br/&gt;    Bientôt, Lucien Morisse lui propose de passer à Bobino. En vedette américaine d'une dame dont il a oublié le nom. Félix Vitry, le directeur de Bobino,  lui impose sa tenue de scène et sa chanson d'entrée... « Je me disais : mais pourquoi faut-il faire des plans comme ça ? Je vivais des moments privilégiés avec Maurice Vander et Francis Lai  avec qui j'étais passé à l’Ancienne Belgique. On arrivait au dernier moment sur scène, on se marrait, on allait bouffer, on allait au cinoche et puis on chantait ce qu’on avait en tête. Alors bon, moi, ça me gonflait un peu le discours de Vitry mais comme il insistait je me suis dit : il raconte ce qu’il veut, et une fois que je suis sur scène, c’est moi qui tient la mitraillette. » &lt;br/&gt;    Arrive le soir de la première. Georges Brassens l'encourage, « par un mot merveilleux » sur ses chansons. Pierre Barouh entre en scène sans avoir changé de tenue et démarre par une chanson de son choix. Au milieu de la deuxième, il s'arrête pour raconter une histoire... « On était tellement complices, Francis, Maurice et moi ! Je vois Vitry qui, en coulisses, me montre le poing et là, je ne sais pas ce qui m’a pris : je suis descendu de la scène par la salle et je suis sorti dans la rue. Et on ne m’a plus revu sur une scène pendant vingt ans ! Ça a fait scandale. Tous mes copains m’ont dit : c’est foutu, c’est fini pour toi. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un prosélytisme épouvantable&lt;br/&gt;    Et Saravah ? Comment est né ce label, cette entreprise ? « J’ai plongé dans l’histoire Saravah à l’impulsion parce que je n’ai jamais eu de vocation de producteur. Mais j’ai toujours été d’un prosélytisme épouvantable depuis que je suis adolescent, c’est-à-dire qu’à chaque fois que j’écoute quelque chose ou que j’aime quelqu’un, ou un chien ou un livre, j’emmerde tous les gens autour de moi ! »  Par le jeu des hasards et des rencontres, il se retrouve éditeur, « un coup unique dans l’histoire de l’édition ». Barouh édite Un homme et une femme parce que personne n’en voulait.  « Quand j’ai rencontré Lelouch, j’ai d’abord fait Une fille et des fusils et c’est à la suite de ce film qu’il a eu l’idée d’Un homme et une femme. A l’époque, Lelouch n’avait jamais mis de chansons dans un film. Pour lui, la chanson et le cinéma étaient deux choses complètement différentes. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La naissance du café-théâtre : la Vieille Grille &lt;br/&gt;    Désormais célèbre, Barouh pourrait se reposer sur ses lauriers. Mais il n'a pas oublié ses années de bohème, quand il chantait dans les petits bistrots montmartrois, Chez Pomme ou à La Souricière... A l'époque, un adolescent de 14 ans joue du banjo sur la Butte : Jacques Higelin. « On s’était rencontrés une nuit et il m’avait vraiment intrigué. Il était comme une espèce de grand chat. Et j’avais suivi de loin son parcours. Je le rencontre à nouveau, et à cette époque, avec Brigitte Fontaine et Rufus, à la Vieille Grille, il faisait naître tout le mouvement du café-théâtre. » Le café-théâtre est né là, affirme Pierre Barouh : Romain Bouteille, Coluche, Depardieu..., tout est né de l’expérience Higelin-Fontaine-Rufus, sous l’impulsion de Maurice Alezra. &lt;br/&gt;    « Dans cette pièce, Maman, j'ai peur, précise Barouh, il y avait une chanson d’anthologie : Cet enfant que t’avais fait. Et comme ils étaient tricards de partout, je leur ai produit un album. C’est vrai que j’avais été fusillé par le talent d’auteur de Brigitte Fontaine... Voilà comment est né Saravah. Je n’avais pas prévu du tout de devenir producteur. On s’est donc installé aux Abbesses et on a créé un studio. C’était magnifique aux Abbesses ! Les gens qui ont connu ça sont tous devenus des anciens combattants de cette époque ! Les bureaux et le studio donnaient sur la rue, la succursale, c’était le Saint-Jean, le bistrot d'à-côté. Les musiciens passaient, tout le monde circulait et se rencontrait... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un trou de 150 briques : le temps des dettes&lt;br/&gt;    « Quand Saravah est né, se souvient Barouh, ça a été pour moi une aventure autour de laquelle je cristallisais tout un fatras d’émotions très puériles issues de l’adolescence. Puis le temps a passé et il se trouve que je ne suis pas gestionnaire et que je ne me reconnais pas comme tel, je suis conscient de mes manques.  J’ai confié la gestion à un ami d’adolescence que j’avais connu à 15 ans en jouant au volley-ball. Saravah est né en 1965-66, et j’ai découvert en 1972 qu’il m’avait piqué 150 briques par des moyens qui m’empêchaient tout recours puisque je lui avais tout donné : les signatures, etc... Moins 150 millions, en 1972, imaginez ce que ça représente aujourd’hui... » &lt;br/&gt;    L’alternative était claire : soit abandonner Saravah soit continuer. S'il mettait la clé sous la porte, Barouh n’avait pas de problème : à la sortie d’Un homme et une femme, on lui proposait cinq films par semaine. « Je pouvais écrire et faire des choses. J’ai choisi de continuer. Je ne sais pas quelle est la part de la passion et celle de l’orgueil parce que la frontière est fragile entre ces deux sentiments. » Il relève le défi et va trouver les gens du métier qui peuvent l'aider à continuer Saravah : les presseurs de disques, les imprimeurs de pochettes. « On dit toujours que quand on est dans la merde, les gens vous mettent le pied sur la tête, mais en l’occurrence, ça n’a pas été vrai. Je leur ai dit : voilà où j’en suis. Je ne ferai pas de faillite frauduleuse, je ne vous planterai pas, mais aidez-moi le plus loin possible. Et ils m’ont aidé le plus loin possible. » &lt;br/&gt;    De ces années difficiles, Pierre Barouh se souvient avec émotion : « A partir de ce moment, ça a été les barricades. On était acculés par les huissiers, c’était le western, on avait des flèches dans les chapeaux... Mais j’ai tenu et ça a été la période la plus fantastique de Saravah. On a fait presque un an de spectacles gratuits dans toute la France. C’est de ça que s’est inspiré Jean-Louis Foulquier pour les Francofolies. On faisait au théâtre Mouffetard des spectacles qui duraient dix heures, avec tout le monde qui venait. Je me disais : quitte à mourir, je veux mourir comme dans les bandes dessinées : haut panache et sabre au clair. Et puis finalement ça a survécu. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« Retrouver mon autonomie de créateur »&lt;br/&gt;    En 1976, Pierre Barouh se rend compte que la survie de l'entreprise Saravah a occulté sa vie personnelle. « Tout d’un coup, j’ai réalisé que toute ma substance passait dans la survie de cette aventure, et qu’en plus, j’étais entouré par des monstres, des gens dont l’égocentrisme est inhérent au talent - je ne le dis pas péjorativement, mais c’est un constat -, et que j’étais resté six ans sans faire une chanson ni un film, alors que je suis un créateur avant tout, et que j’allais mourir. J’ai donc décidé à ce moment-là de tenter le pari qui semblait impossible : garder Saravah dans la même orientation, la même philosophie, et retrouver mon autonomie de créateur. C’est-à-dire fermer la clinique Saravah et flanquer ma blouse d’infirmier au vestiaire, parce que j’étais tout : j’étais le papa, l’infirmier, l’ami, l’ennemi, le financier... j’étais tout ! »&lt;br/&gt;    La même année, il enregistre un album, « Viking Bank », puis tourne deux films, L’album de famille et Le divorcement. Il a retrouvé son autonomie de création. « J’ai fait deux ou trois disques dont deux au Japon. Et ce pari qui paraissait impossible, je l’ai donc tenu, mais ça nécessitait pour autant de faire face à certaines réalités. C’est-à-dire que j’ai dû vendre le studio parce que c’était les barricades depuis des années, et là maintenant, on en sort. On a épongé virtuellement toutes les dettes et miraculeusement, Saravah existe toujours dans la même orientation, la même philosophie de création. Je n’ai pas dévié d’un pouce. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Raoul Bellaïche (1992)&lt;br/&gt;• Article paru dans Je chante ! n° 8 (épuisé).</description>
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