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      <title>L’album « Voler... » de Michèle Bernard (1999)</title>
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      <pubDate>Wed, 20 Jan 2010 02:26:58 +0100</pubDate>
      <description>J'aime beaucoup votre dernier disque, il est, musicalement, très varié, ça va dans plusieurs directions.&lt;br/&gt;Ça a été ma démarche, de m'imprégner de toutes sortes qui me plaisaient. Et de parler de la France à travers toutes les influences qui la fondent et la fabriquent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pourquoi ce titre : « Voler... » ?&lt;br/&gt;Au départ, j'avais envie de parler de la France à travers les étrangers qui la traversent et qui s'y installent. Traditionnellement, l'étranger c'est un voleur... Je suis partie de cette idée-là et en bossant, en consultant des bouquins sur la langue française, je me suis aperçue — mais je m'en doutais un peu — à quel point la langue française s'était inspirée de mots venue de plein d'endroits du monde... Cette idée que nous sommes tous des voleurs a été le déclencheur. À un niveau plus large, je crois que tout individu se construit à travers des choses qu'il va grapiller un peu partout. C'est le principe du « vol », c'est en « volant » qu'on se construit. Et c'est en se construisant qu'on va apporter des choses que d'autres vont nous voler. C'est le mouvement de la vie qui fait ça.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais sur ce disque, vous le faites avec votre style, avec votre univers musical, et non pas en essayant de « métisser » la musique ou les mots, comme font certains...&lt;br/&gt;J'ai essayé d'avoir cette démarche par rapport à ce thème qui peut être considéré comme un thème un petit peu bateau... J'ai essayé de l'aborder à travers des choses de ma vie personnelle, pour avoir un ton propre mais qui, en même temps, touche les gens. C'est un genre de thème qui amène forcément un discours plus social ou politique, et qui n'était pas du tout mon propos. Du coup, on m'a taxée de « bons sentiments », mais tant pis. Mais j'avais envie d'aborder ce thème d'une manière un peu positive. Il y a avait cette volonté-là au départ.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Il y a une chanson très malicieuse, Alors, c'est fini ?. Une chanson de provocation de façon non provocatrice...&lt;br/&gt;Cette chanson, c'est par rapport à un espèce de désenchantement ambiant, à une génération vieillissante, qui a vécu des heures « révolutionnaires » ou « révoltées », et qui, maintenant a mis son mouchoir par dessus... J'avais envie de parler de ça à travers les enfants qui souffrent de par le monde. C'est cette interrogation : est-ce qu'on a droit au désenchantement par rapport à cette détresse-là ? Le titre est direct, à la manière d'un slogan... De toute manière, sur ce disque-là, j'ai eu la démarche d'écrire au plus simple, j'avais envie d'un langage poétique, certes,, mais assez direct.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;J'ai l'impression que le langage est plus simple que précédemment...&lt;br/&gt;    Oui, j'ai une écriture moins « rive gauche », plus branchée sur le quotidien dans le langage.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;Article paru dans Notes, la revue de la SACEM (1999)</description>
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      <title>Entretien avec Michèle Bernard (1999)</title>
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      <pubDate>Wed, 20 Jan 2010 01:35:52 +0100</pubDate>
      <description>Comédienne pendant quelques années, Michèle Bernard travaille à Lyon au Théâtre des Jeunes Années, une troupe pour enfants, puis à la Compagnie de la Satire, « un théâtre porté par les valeurs brechtiennes ». C'est dans le cadre de cette troupe que, en octobre 1974, elle participe à Histoire de chanter, un spectacle qui raconte l'histoire de France à travers la chanson populaire, et qui donnera lieu, trois ans plus tard, à son premier disque, un 30 cm collectif, intitulé « Le temps des crises », qu’elle partage avec Michel Grange.&lt;br/&gt;« Il se trouve, explique Michèle, que, parallèlement à mes activités de théâtre, j'avais un goût certain pour la chanson, j'aimais ça, je chantais pour moi. J'avais appris le piano, je me suis mise à l'accordéon. Il y a eu un espèce de déclic qui a fait que, à un moment donné, je me suis sentie plus à l'aise dans le fait de chanter que dans le fait de jouer. » &lt;br/&gt;À ce moment-là, Michèle éprouve une passion toute particulière pour Anne Sylvestre, mais aussi pour le blues et la protest-song américains : « Joan Baez, Bob Dylan et cie ont aussi été des gens importants pour moi », reconnaît-elle. La filiation avec « les chanteuses populaires », pour reprendre le titre d'une de ses chansons (enregistrée en 1982), à qui on l'a souvent assimilée, est donc un peu abusive. « C'est un type de chansons que j'aime beaucoup, mais auquel je suis venue plus tard. Le fait qu'on fasse souvent référence à cette chanson est une facilité de journaliste. Ça ne me dérange pas jusqu'au moment où j'ai le sentiment que ça m'enferme dans une image dans laquelle je ne me reconnais pas trop... »&lt;br/&gt;Lorsqu'elle publie son premier disque chez RCA, en 1978, Michèle Bernard détonne, ne serait-ce que par l'accompagnement de ses chansons. Si la musique folk, en vogue dans ces années-là, intègre, à sa manière, le piano du pauvre, l'accordéon « urbain », celui du P’tit bal du sam’di soir, est un instrument connoté ringard et carrément passé de mode (exception faite du jeune Renaud, précurseur, lui aussi). « C'est vrai, mais les phénomènes de mode, on finit par les regarder avec un peu plus de distance. J'ai pu constater, au fil des années, que l'accordéon suivait des cycles d'amour et de non-amour, de rejet et d'acceptation. Ne me situant pas particulièrement dans une mode, disons que ça ne m'a jamais atteinte, ni en négatif, ni en positif. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« C’est vrai qu’c’est pas le truc idéal&lt;br/&gt;Pour faire du rock et du disco&lt;br/&gt;Mais la mode je m’en fous pas mal&lt;br/&gt;J’vais mon p’tit bonhomme de tempo... »&lt;br/&gt;(L’accordéon)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Contrairement à d'autres ACI, qui se sont, tant bien que mal, « adaptés » aux normes rythmiques et sonores, Michèle Bernard, dans ses musiques et ses chansons, fait carrément abstraction du rock, du binaire, du son... « Au départ, il y a ce qui m'a forgée, ce qui m'a fabriquée, mes sources. Ensuite, je m'imprègne des musiques que j'entends tous les jours et ce qu'il en ressort, en bout de course, disons que je ne le contrôle pas vraiment... Mais je pense que je suis influencée par toutes sortes de musiques. En tout cas, j'essaie d'avoir une démarche d'ouverture en ce sens. »&lt;br/&gt;Avant d'écrire ses propres chansons, Michèle Bernard reprenait celles de Francis Blanche, Anne Sylvestre, Jean Arnulf... Devenue auteur-compositeur-interprète, elle se transforme parfois en pure interprète des chansons des autres : Le fils père, de Georgius, par exemple, les chansons sur l'histoire de son premier disque, ou, récemment, plusieurs titres pour l'anthologie de la chanson traditionnelle éditée par EPM.&lt;br/&gt;Juste retour des choses, les compositions de Michèle Bernard sont, en ce moment, souvent reprises par les autres : Maintenant ou jamais (par Yvette Théraulaz, Louis Capart), Le rideau de fer (Christiane Stéfanski), Quand vous me rendrez visite, Nomade (Pierre Soyer)...&lt;br/&gt;Réaction de l’intéressée : « Je dois dire que c'est un des plus grands plaisirs pour quelqu'un qui écrit... C'est le sentiment que, tout d'un coup, quelque chose qu'on a écrit va se transmettre et se répandre au-delà de soi... Faire partie d'un espèce de cercle, se situer dans une histoire, dans une tradition de chanson. Comme moi-même j'ai pu reprendre des chansons elles-mêmes issues de la tradition... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous êtes quelqu'un de connu dans le milieu « parallèle » de la chanson ? Est-ce que vous vous y sentez bien ?&lt;br/&gt;Eh bien, pas mal du tout ! (rires) J'ai le sentiment d'une confrérie plutôt sympathique et chaleureuse, et le peu que je puisse connaître du show-business ne me donne pas particulièrement envie d'y participer... Cela dit, on a toujours envie d'avoir une plus grande notoriété que celle que l'on a, je ne vais pas dire le contraire. Sinon, je me sens relativement bien à ma place. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'est une place dans laquelle vous vous voyiez au départ, à vos débuts ?&lt;br/&gt;À vrai dire, je n'y avais pas du tout réfléchi... J'ai eu un petit impact médiatique assez soudain au moment du Printemps de Bourges 1978, bien que le fait de chanter et de faire du spectacle étaient antérieurs à cette reconnaissance médiatique. Je n'étais pas du tout partie dans une optique de carrière, ce qui m'importait, c'était d'être artiste et de vivre de ce métier. C'est la route que j'ai poursuivie et, de ce point de vue, je peux dire que je suis contente de la manière dont ça s'est passé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Les catégories que l'on fait généralement — showbiz, marginal, parallèle —, est-ce qu'elles sont réelles ou artificielles ?&lt;br/&gt;Je pense que ce sont avant tout des réalités économiques. Maintenant, au niveau artistique, à strictement parler, je pense que dans le show-business, il y a des gens qui travaillent dans un esprit très proche d'artistes qui sont dans des circuits plus marginaux. Après, ce sont des questions de choix ou d'aventures personnelles dans le métier qui font que l'on se retrouve dans tel circuit plutôt que dans tel autre. Mais ça n'intervient pas systématiquement et forcément sur le contenu artistique du travail.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Est-ce que vous pensez que l'on écrit la même chose dans l'une ou l'autre catégorie ?&lt;br/&gt;Je pense que la nature de ce que l'on écrit peut, quelquefois, vous faire rentrer dans tel ou tel circuit — ou ne pas vous y faire entrer. Il y a des gens, dont je fais partie, dont la démarche première est d'écrire, d'exprimer des choses à travers un mode d'expression. Et puis, il y a des gens qui ont peut-être davantage une optique de carrière et qui se disent : « J'ai envie de faire carrière, qu'est-ce que je vais utiliser comme méthode, y compris au niveau artistique, pour y arriver ? » &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Est-ce que vous pensez que l'image de la femme a changé en vingt ou trente ans, à travers la chanson ?&lt;br/&gt;Heureusement, oui... Je crois que l'écriture de chansons suit forcément le cours de l'évolution des mœurs et de la société. Mais la chanson est aussi un grand supermarché où l'on trouve toutes sortes de choses, qui font un état des lieux. Michèle Torr, par exemple, va donner une image de la femme qui ne va pas être celle véhiculée par Brigitte Fontaine... Il y a là toute une palette qui correspond aussi à la palette sociale.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Peut-on parler d'une écriture féminine ou est-ce une vue de l'esprit ? Y a-t-il, selon vous, une façon d'écrire propre aux femmes ?&lt;br/&gt;Au niveau du style d'écriture, franchement, je ne crois pas... Maintenant, au niveau des thèmes abordés, ou peut-être d'une certaine forme de sensibilité, sans doute. Mais je n'ai pas tendance à fonctionner comme ça... Je crois qu'il y a des auteurs. Ce que je cherche, chez un chanteur ou une chanteuse, c'est qu'ils m'apportent un univers qui leur est propre et dans lequel, en même temps, je peux me reconnaître. Et ça, ça peut être un univers écrit par un homme comme un univers que m'apporte l'écriture d'une femme. Homme-femme, c'est un clivage auquel je ne suis pas trop sensible...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Parlons des médias. La télévision n'offre pratiquement pas de place à des gens comme vous...&lt;br/&gt;Ce n'est pas compliqué de constater cela... Je dois dire que les seules incursions que je sois à même de faire à la télévision française sont celles que je fais à La chance aux chansons, une émission que l'on tourne pourtant beaucoup en dérision.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous choisissez vos chansons ?&lt;br/&gt;Non, pas vraiment. On en discute avec les assistants de Pascal Sevran, on peut influer quand même sur le choix, mais, en général, ils choisissent les chansons qui leur paraissent les plus adaptées au thème de l'émission.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et ça vous convient en général ?&lt;br/&gt;Ça ne me dérange pas. Mes chansons, si je les chante, c'est que je les aime ! Ensuite, le contexte dans lequel les chansons arrivent, on n'en est pas maître, mais ça ne me tracasse pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quand les gens vous découvrent en spectacle et qu'ils vous disent : « On ne vous connaissait pas, c'est dommage que l'on ne vous voit pas à la télé ! », qu'est-ce que vous leur répondez ?&lt;br/&gt;À la longue, ce sont des réflexions qui sont usantes, fatigantes... Quand on n'a pas accédé à un certain type de médiatisation, on se retrouve en situation de débutant permament... Et ça, ça dépend de la forme que l'on peut avoir, parfois on l'encaisse bien, parfois on le prend mal... Quand, par exemple, on entend Pierre Bouteiller, à France-Inter, dire de mon avant-dernier CD : « C'est son premier disque »... Mais j'ai atteint un cap où ça ne m'atteint pas, où ça ne me blesse pas outre mesure, j'essaie de prendre ça comme un bain de jouvence, je pense que c'est le seul moyen de le vivre bien. J'évite d'avoir des états d'âme dans la mesure où je continue de faire du spectacle, où je continue à tourner, et j'estime, à mes yeux, que c'est l'essentiel. C'est vrai que je souhaiterai que ça se passe mieux au niveau des médias, mais vu que c'est un problème qui me dépasse totalement, j'essaie de relativiser les choses.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;On devrait aussi penser au public qui reste privé d'artistes comme vous...&lt;br/&gt;Ce qui paraît le plus « injuste », c'est le fait que le public ne puisse pas accéder à un certain nombre d'artistes... Ce n'est absolument pas normal.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Qu'est-ce qu'il faudrait faire d'après vous ?&lt;br/&gt;La révolution ! (rires) Ceci dit, le principe des quotas, qui peut paraître contraignant et rigide, a été très utile, mais il semblerait que le principe en a été détourné, soit en passant les mêmes artistes, soit en diffusant des chansons françaises la nuit... Mais que faut-il faire ? Je vous avoue que je n'ai pas la réponse.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La même question s'est posée il y a dix ans, il y a vingt ans...&lt;br/&gt;C'est une question qui revient régulièrement sur le tapis, mais je pense que c'était pire au milieu des années 80, après la vague de la chanson dite militante. Il y a eu une dizaine d'années un peu désespérantes de ce point de vue. Et je trouve qu'actuellement, ça va plutôt vers quelque chose de plus ouvert. Il y a davantage de petits lieux, on a le sentiment d'un bouillonnement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;On vous demande conseil, votre avis ?&lt;br/&gt;Je reçois pas mal de courrier, j'essaie de répondre, mais c'est assez difficile de faire des retours sur l'écriture de quelqu'un : c'est un domaine fragile où les gens s'impliquent beaucoup, surtout les premières chansons que l'on écrit, on met un peu ses tripes sur la table... Je trouve que c'est dur d'être critique par rapport à des gens qui débarquent... Je préfère la démarche qui consiste à faire des ateliers d'écriture où on repart à zéro, en quelque sorte...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ça consiste en quoi, exactement, les ateliers d'écriture ? Ce ne sont pas des écoles de chanson...&lt;br/&gt;Ça consiste à aborder l'écriture à travers des jeux, à travers des propositions de démarrage qui ne sont pas celles que l'on utiliserait forcément si l'on était seul...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais le but est bien d'arriver à construire une chanson ?&lt;br/&gt;Oui, bien sûr ! Il s'agit d'approcher les techniques d'écriture de manière très simple et sous forme de jeux. Justement pour dédramatiser la chose.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Que pensez-vous du rap ? On dit que c'est LA chanson engagée d'aujourd'hui. Ne pensez-vous pas que c'est un peu abusif... Les textes, quand on les lit, semblent parfois intéressants, mais l'absence de mélodie, au bout d'un moment, est extrêmement lassante...&lt;br/&gt;Je pense qu'il y a une grande démagogie par rapport à ça. Le fait que cette envie d'expression — qui est extrêmement sincère et dont il est très important qu'elle existe —, devienne une chose très médiatique et, au bout du compte, très commerciale, détourne le message initial de sa sincérité et de son authenticité... Je trouve cependant que certains groupes comme Zebda ou Akhenaton ont une écriture intéressante. Mais ce que je déplore souvent, quand je suis confrontée à cet univers, c'est souvent le côté ghetto, car c'est une forme dans laquelle on a tendance à s'enfermer. Si cette expression ne s'ouvre pas à d'autres formes, c'est un danger de ghetto. Il y a un refus des modes mélodiques, mais je crois que c'est aussi quelque chose qui est en train d'évoluer.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'est Anne Sylvestre qui produit vos disques depuis un moment ?&lt;br/&gt;Elle les coproduit. Elle a participé à la production de mes deux derniers disques avec EPM. Auparavant, après ma période RCA, j'ai été ma propre productrice sur un ou deux disques, ou avec une association qui s'appelait Croisez les scènes, qui s'occupait de mon travail.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'était un peu « galère » de se produire dans les années 80 ?&lt;br/&gt;Forcément, mais en même temps, c'est quelque chose que je ne crains pas, parce que c'est une forme de liberté. Le fait de participer à quelque chose de bout en bout, le sentiment d'avoir une prise sur ce qu'on fait, c'est aussi une liberté qui n'est pas désagréable. Mais au niveau de l'ampleur des ventes, il est clair que l'autoproduction n'est pas un cadeau, même si on rentre dans ses frais, et que, ensuite, le temps joue pour vous.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Une artiste comme vous vit de son métier ?&lt;br/&gt;Oui. Pas toujours sans problèmes sur vingt ans, ça dépend des moments, mais je peux dire que, ces dernières années, je vis correctement de ce métier. Je me considère donc comme assez privilégiée de ce point de vue-là.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;À quelques semaines de l'an 2000, qu'est-ce qui vous a marquée dans le siècle finissant ?&lt;br/&gt;Je trouve que le bilan de ce siècle est assez effrayant au point de vue de l'histoire politique. Des grands basculements, des grands désastres. Le sentiment que la barbarie est assez présente. On n'a pas le sentiment d'une évolution dans les mentalités ou dans les tréfonds de l'âme humaine. Un constat qui n'est pas particulièrement joyeux. C'est le premier qui me vient comme ça. Ensuite, on peut en voir les aspects plus réjouissants : il y a eu de belles inventions aussi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le fait de vivre en province ne vous éloigne-t-il pas du métier ? D'autres le font, comme Louis Capart, Gilbert Laffaille, Juliette, Véronique Pestel...&lt;br/&gt;C'est de moins en moins gênant. Moi, c'est un choix que j'ai fait tout de suite : je ne me suis jamais installée à Paris. Avec le développement des communications tous azimuts — le fax, Internet —, je crois que c'est quelque chose qui n'a franchement plus beaucoup d'importance. &lt;br/&gt;Mais ce qui est important, quand même, dans le petit milieu parisien de la chanson  (parce que c'est aussi une confrérie et qu'on y a des liens amicaux), c'est que beaucoup de choses de ce métier sont encore à Paris et il reste encore très important d'y faire son petit tour. C'est indéniable. Mais en province, on a du recul et je crois que c'est important de l'avoir, même par rapport à soi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;Article paru dans Notes, la revue de la SACEM (1999)&lt;br/&gt;</description>
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