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      <title>Jean Ferrat : discours à Antraigues, le 16 août 1997</title>
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      <pubDate>Fri, 23 Apr 2010 19:50:30 +0200</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Photos : © Colette Fillon / Je Chante ! &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Cet été à Antraigues, samedi 16 août 1997, au cours du premier « banquet républicain » organisé sur la place, après d'autres orateurs, Jean Ferrat prenait la parole dans un discours très applaudi. En voici le texte intégral.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Bonsoir,&lt;br/&gt;    Les organisateurs de cette soirée et mon ami Jean Saussac m'ont demandé très gentiment de dire quelques mots. Je leur ai d'abord répondu « Oh non ! » Et puis, ça avait l'air de leur faire vraiment plaisir et je me suis dit que j'avais presque le devoir de le faire car voilà 33 ans que j'ai été accueilli dans ce pays et que j'ai trouvé dans la vallée du Mas, là-bas, des racines et des ailes.&lt;br/&gt;    Me voilà donc devant vous avec d'abord l'envie de me réjouir du grand succès de ce banquet républicain parce que je pense que c'est un signe. C'est le signe que nous avons besoin de nous retrouver, de nous rassembler en cette fin de siècle incertaine autour de quelques idées essentielles sans lesquelles il ne fait jamais bon vivre.&lt;br/&gt;    Permettez-moi, à propos de ces idées essentielles, de revenir quelques années en arrière, à une époque où je parcourais le Mexique, avec mon ami Gérard Meys, ici présent. C'était l'été et nous allions un peu au hasard des routes, dans la chaleur et la poussière. Un jour, nous arrivons dans un village, en fin d'après-midi. Il y avait des tréteaux dressés, des tonneaux en terse, tout le peuple semblait dans la rue. Il y avait des orchestres en plein air, les gens dansaient partout. Bref, c'était la fête et nous nous sommes dit, bien évidemment : c'est la fête du village.&lt;br/&gt;    Et puis, il nous a semblé voir sur une maison un drapeau bleu-blanc-rouge... Et devant notre étonnement, un homme parlant un peu français nous dit : « Mais, senors, savez-vous quel jour on est ? » Evidemment, on n'en savait rien du tout... « Eh bien, mais c'est le 14 juillet et nous fêtons la Révolution Française... »&lt;br/&gt;    Ainsi, près de 200 ans près 1789, malgré Maximilien, malgré les retours en arrière qui ont jalonné notre histoire, malgré les bonapartismes, les royalismes, les pétainismes, ce dont se souvenaient ces paysans pauvres mexicains, c'était l'esprit même qui animait les fondateurs de notre république : l'esprit de liberté, d'égalité, de fraternité.&lt;br/&gt;    En un mot, nos pères avaient fondé avant tout le monde la plus belle des multinationales, celle qui aide, encore aujourd'hui, de la Chine au Mexique, les peuples humiliés, la multinationale de l'espérance, la multinationale du bonheur.&lt;br/&gt;    Est-ce à dire qu'à présent, dans ce pays où nous vivons, ces valeurs originelles soient suffisamment et définitivement établies ? Evidemment, non. Mais je suis profondément convaincu que ce n'est qu'à partir d'elles, en les élargissant encore, que nous serons fidèles à leur esprit.&lt;br/&gt;    Car si je vous disais tout à l'heure combien je me réjouissais du succès de cette soirée, je dois vous avouer que j'éprouve une grande inquiétude sur ce qui se passe dans ce pays. Il me semble que nous sommes entrés, depuis quelques années, dans une de ces périodes de régression que j'évoquai à l'instant, à un moment de l'Histoire où nous pourrions replonger dans l'ombre, où la nuit semble s'étendre sur la pensée et le brouillard sur nos fragiles certitudes.&lt;br/&gt;    Il m'est intolérable, en effet, de savoir qu'ici même, à Antraigues, qui eut, dès 1789, deux députés du Tiers Etat élus à la Convention, Antraigues, dont le passé rebelle et républicain a toujours été sans faille, Antraigues, centre de la résistance au nazisme, il m'est intolérable de savoir que dix pour cent de nos concitoyens votent pour le contraire des idées de justice, de solidarité, de fraternité, qui sont l'essence même de notre histoire et de notre civilisation.&lt;br/&gt;    Alors, je me dis que nous n'avons pas fait ce qu'il fallait, qu'il faudra faire autre chose, qu'il faudra faire autrement. Je ne me résous pas au rejet, à l'exclusion, je ne me résous pas à la haine, je ne me résous pas à la bêtise du désespoir.&lt;br/&gt;    Ma présence, ici, ce soir, parmi vous, n'a d'autre signification que de vous en convaincre et de vous assurer que pour les combattre, je serai toujours à vos côtés. »&lt;br/&gt;    Jean Ferrat.</description>
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      <title>Alain Goraguer : 34 ans de fidélité à Ferrat</title>
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      <pubDate>Mon, 29 Mar 2010 02:14:45 +0200</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pianiste, c’est par le jazz qu’Alain Goraguer est venu à l’orchestration. Au milieu des années 50, il met en musique, parallèlement à Jimmy Walter, les premières chansons de Boris Vian : La java des bombes atomiques, La complainte du progrès, Le petit commerce, Je bois, Bourrée de complexes... En 1956, il compose, orchestre et accompagne les « chansons rocks » de Vian enregistrées par Magali Noël : Fais-moi mal, Johnny, Alhambra-rock, Strip-rock, Rock des petits cailloux... Très vite, il devient l’arrangeur et le chef d’orchestre attitré des disques Philips.&lt;br/&gt;En 1958, il orchestre le premier 25 cm de Serge Gainsbourg. « Je me demande si ce n'est pas avec lui que j’ai réalisé mon premier arrangement, mais je ne pourrai pas vous le certifier, je n'ai pas une mémoire extraordinaire ! » Tout en jouant du piano dans les séances d’enregistrement, il écrit des arrangements. « Petit à petit, j'en ai fait de plus en plus et ça m'a amené aussi à la musique de film. Tout ça, ça a été des enchaînements dus au hasard des rencontres et des circonstances. » En 1959, on lui doit un grand succès de la variété dansante, Hula Hoop, ainsi que la musique du film adapté du roman de Boris Vian, J’irai cracher sur vos tombes.&lt;br/&gt;L’année suivante, il rencontre Jean Ferrat et signe les arrangements de son deuxième 45 tours d’un pseudonyme anglais : Milton Lewis. Malgré une grande fidélité à Ferrat, Goraguer est sollicité par de plus en plus d’artistes : Nana Mouskouri, France Gall, Adamo... « Le fait d'avoir accompagné des artistes très différents m’a beaucoup servi pour la musique de films. Car suivant ce qui se passe, et quel que soit le film, on vous demande aussi bien un tango qu'un paso-doble, de la musique classique que du jazz... » &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Comment avez-vous rencontré Jean Ferrat ?&lt;br/&gt;C'est par l'intermédiaire de Gérard Meys. J'ai connu Gérard tout à fait à mes débuts. On s'est rencontrés à un concert de jazz où il venait en tant qu'amateur et on a sympathisé. Et un jour, toujours le hasard des circonstances, il m'a appelé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Sur les disques Decca des premiers enregistrements de Jean Ferrat (1960), les arrangements sont signés « Milton Lewis ». Pourquoi avoir choisi ce pseudo ?&lt;br/&gt;Ce n'est pas moi qui l’ai choisi mais la maison de disques. C'était une époque où il y avait un snobisme extraordinaire par rapport à l'Angleterre. Les noms à consonance anglo-saxonne ou la mention « enregistré à Londres », c’était le grand chic !&lt;br/&gt;Un jour, le directeur artistique de chez Philips a présenté au comité d'écoute le nouveau disque de France Gall en disant qu'il avait été enregistré à Londres. Tout le monde s’est écrié : « Ah ! ça c'est une idée intelligente d'être allé à Londres »... En fait, on l'avait fait à Paris avec des musiciens français ! Quand il a dévoilé la chose, ça n'a pas plu... &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pour France Gall, vous avez composé Jazz à gogo et J'ai le cœur qui jazze.&lt;br/&gt;Oui, j'ai fait Poupée de cire, poupée de son comme arrangeur et je l'ai aussi accompagnée. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Parlons de votre métier. Quel est le rôle d'un arrangeur et quelle est la fonction d'un arrangement ?&lt;br/&gt;Il y a deux termes sur lesquels on fait souvent un amalgame : arrangement et orchestration. Souvent, les mélodistes n’ont pas de notions d’harmonie très poussées, ce ne sont pas, disons, des techniciens de la musique. Arranger la chanson, c’est, d’abord, à partir de la mélodie, fouiller un peu plus les accords, faire des enchaînements harmoniques qui soient plus délicats, mieux venus. Quant à l’orchestration proprement dite, c’est choisir qu’on va mettre ici des flûtes, là, des violons ou de l’accordéon, etc. Arranger, c’est travailler sur la mélodie avant de faire l’orchestration. Orchestrer, c’est donc écrire pour chaque instrument. Le terme idéal, ce serait donc « arrangements et orchestration ». Mais les gens ne comprendraient pas. Même dans notre métier, certains musiciens ne font pas tellement la différence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ne pensez-vous pas que le métier d’arrangeur est relativement nouveau par rapport ?&lt;br/&gt;Non, il existait déjà puisque des artistes comme Maurice Chevalier avaient aussi des arrangeurs. Mais disons que, à partir des années 50, ce qu'on a demandé à l'arrangeur, c'était d'apporter une personnalité. Quand on écoute une orchestration de Michel Legrand, Jean-Michel Defaye ou François Rauber, et de la plupart des arrangeurs de cette époque, on la reconnaît. Les noms ne me viennent pas tous, mais chacun avait vraiment un style. André Popp était reconnaissable entre mille, par exemple. Tous les orchestrateurs de cette époque étaient vraiment bien sur ce plan-là, et même sur le plan de l'écriture. C'était de très bons musiciens.&lt;br/&gt;Or, depuis une quinzaine d’années, il y a des musiciens remarquables, mais ils sont interchangeables. C'est-à-dire qu'une orchestration peut être faite par Jérôme Pluc ou Romain Plouc... Ce n'est pas péjoratif ce que je dis. J'ai quelquefois partagé des albums avec François Rauber pour Anne Sylvestre, par exemple. Il y avait douze titres, on en prenait six chacun en se disant : « Tiens, celui-ci me plaît, celui-là, tu vas le faire, etc. » Donc, c'était aussi par affinité et par personnalité. Et ça, ça a disparu.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C'est long d'écrire des arrangements ?&lt;br/&gt;Oui, c'est long. Je parle des vrais arrangements. Il y a deux phases, et pour la première, qui nécessite de l'inspiration, il n'y a pas de temps défini. En ce qui concerne Jean Ferrat, il m'arrive d'avoir une idée d'arrangement, je me mets au piano et en une heure, c'est fait. Ça c'est l'idée. Après, il faut l'écrire, et c'est très, très long, parce que c'est un métier de tâcheron. Ça peut demander huit, dix, douze, quatorze heures pour écrire un arrangement ! C'est un travail d'écriture au sens où l'on prend son crayon, son papier. Après, il y a le copiste qui recopie chaque partition. Si vous interrogez un jour un copiste, il vous dira le temps qu'il met rien qu'à recopier ce qu'on a fait...&lt;br/&gt;L'idée aussi peut-être longue, on peut sécher. Quelquefois, on a un changement de ton qui manque de finesse... Je me rends compte que, tout d'un coup, je butte sur quelque chose, je n'arrive pas à trouver. Là, ça peut durer des heures. Quand je fais un album entier et que je butte sur un morceau, je le mets de côté et je passe à un autre arrangement. Trois ou quatre jours plus tard, j'y reviens. Ça, c'est le côté inspiration de l'arrangement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Avec Ferrat, en particulier, comment travaillez-vous ? A partir des mélodies ? Il vous donne des indications, collabore avec vous ?&lt;br/&gt;Ferrat fait ses chansons, il les travaille bien et me donne une maquette à la guitare. J'ai la mélodie et le chiffrage, c'est-à-dire les harmonies. Il fait une simple ligne mélodique chiffrée pour que je l'aie sur le nez — parce que dans la musique, il y a aussi un côté visuel, pas seulement auditif. A ce moment-là — et ça s'est toujours passé comme ça sauf une fois où je suis allé en Ardèche pour le voir pendant quarante-huit heures —, on prend rendez-vous au bureau de Gérard Meys et, pratiquement, tout est réglé en deux séances. S'il me vient une idée en écoutant les chansons, je lui suggère : « Ça t'embête que je change cette harmonie ? », etc. On définit en gros l'idée de l'orchestration. Je lui demande s'il a réfléchi à quelque chose, il y a un échange d’idées : ici on mettra des violons, là on n'en mettra pas; ici, ce serait bien qu'on fasse intervenir une petite flûte, etc. Ça, ça se passe assez vite. &lt;br/&gt;Après, je prends mon petit dossier sous le bras et je travaille chez moi. Quand j'ai une idée ou un doute, ou quelque chose, je l'appelle. Il me dit : « Tu fais comme tu veux. » Généralement, c'est comme ça qu’on travaille parce qu'il y a entre nous une telle confiance réciproque... Et finalement, il n’y a jamais eu de ratés. On aurait pu jeter au panier certaines orchestrations et en refaire d'autres, mais ça n'est jamais arrivé. Et si, par hasard, j'ai un doute jusqu'au bout, au moment de la séance, je lui fais une double proposition.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et à propos de ce nouveau disque ?&lt;br/&gt;La chanson Epilogue nous a fait peur à tous par sa longueur — elle fait huit minutes. Jean était inquiet dans la mesure où c'était une chanson à laquelle il tient particulièrement — vous voyez bien le message qu'il fait passer dedans. Moi, j'appréhendais l'orchestration, en me disant : « Comment je vais faire ? Huit minutes, il faut quand même meubler, mais en même temps, il faut renouveler sans que ça choque, etc. » Finalement, j’ai fait cette orchestration avec une espèce de passion et ça s'est bien passé. Tout ne se fait pas  d'un coup : on enregistre la rythmique d’abord. Après, j'ai eu des « re-re » — des re-recordings de cuivres, de vents, de bois. Et tout s'est passé, y compris les cordes, en une seule prise. &lt;br/&gt;C'est une anecdote un peu amusante par rapport à un sujet qui est grave, d'ailleurs, mais à chaque fois, on se demandait combien de temps on allait y passer. Comme toujours, on avait l'inquiétude que ça ne « fonctionne » pas. En général, on sait que ça sonnera bien, mais il y a des petites surprises, bonnes ou moins bonnes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Par quoi reconnaît-on un arrangement d'Alain Goraguer ? Ce n'est peut-être pas à vous qu'il faut poser la question...&lt;br/&gt;Non, d'autant plus que j'ai accompagné tellement de musiques et d’artistes différents... Personnellement, je ne pourrai pas répondre à votre question. Gérard Meys, oui. Quand il écoute un disque, il est capable de dire : « Tiens, c'est Alain qui l'a fait ! »&lt;br/&gt;Des collègues m’ont souvent reproché de travailler avec des artistes très différents les uns des autres. Mais j'ai senti que ça faisait partie de notre métier de savoir le faire. J'ai accompagné des artistes comme Boby Lapointe et je me suis amusé. J'ai accompagné Frida Boccara dans des morceaux quasiment classiques... J'ai travaillé avec Dalida à l'époque où les orchestrations commençaient à être un peu stéréotypées, avec les rentrées de batteries, par exemple. On avait tendance à faire tous un peu pareil. J'ai aimé travailler avec Dalida, parce qu’elle était très sympathique et très gentille, mais aussi parce que j’estimais qu’il ne fallait pas négliger ce style de chansons.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;De quels arrangeurs vous sentez-vous le plus proche ?&lt;br/&gt;Franchement personne, et surtout aujourd’hui ! Les musiciens ont fait d'énormes progrès, on a tout ce qu'il faut pour faire de la très très bonne musique, mais c'est un peu international. Finalement, quand vous écoutez certains chanteurs, chanteuses ou groupes, il faut vraiment s'y connaître pour identifier l’arrangeur, parce qu'il y a des choses qui se ressemblent étrangement... &lt;br/&gt;Je ne dirais pas que c’est pauvre, car les gens travaillent très bien et il y a de grandes qualités techniques et d’écriture, mais pas de personnalité.Ce n’est peut-être pas qu’ils manquent de personnalité, mais s’ils en ont, on leur demande surtout de ne pas la montrer ! je suis sûr que si quelqu’un arrivait demain avec un arrangement trop personnel, on le lui ferait refaire ou alors, comme on dit dans notre jargon, il perdrait l’affaire. Tout bêtement. C’est l’époque qui veut ça, on n’y peut rien.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Votre plus bel arrangement, celui dont vous êtes le plus fier ?&lt;br/&gt;Avec Jean, je sais qu'il y en a eu quelques uns. Raconte-moi la mer est une chanson peu connue, mais c'est un des très beaux arrangements que j'ai fait. Dans un autre style, il y a eu Potemkine. Mais ça m'est difficile de vous répondre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Et celui dont vous êtes le moins fier...&lt;br/&gt;Je ne dirais pas « mauvais arrangement » ou « pas fier », mais plutôt : arrangement sans intérêt. Ça, ça a pu m’arriver. Est-ce que je n’ai pas eu une rencontre heureuse avec l'artiste, avec la chanson ? Est-ce que je n'étais pas en forme ? Je ne sais pas. Je ne crois pas beaucoup au fait de n'être pas en forme. Je crois plutôt que c'est une question de rencontre. Pourquoi trouve-ton quelqu'un sympathique et un autre non ? Pourquoi y a-t-il des gens envers lesquels on est indifférent ? Je pense que c’est pareil en musique.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Ce qui vous caractérise, me semble-t-il, c'est la dynamique de vos arrangements. Il y a à la fois les harmoniques et la dynamique. Exemple : Potemkine.&lt;br/&gt;C'est vrai. Même quand il y a du lyrisme ou du romantisme — et là je me réfère à certains titres de Frida Boccara —, tout ce qui est dynamique et rythmique, même quand il n'y a pas de rythmique, est très important pour moi. Même avec un orchestre à cordes « classique », j'aime bien que « ça tourne ». Et ça, ça serait une caractéristique de mon écriture.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Un mot sur Christine Sèvres...&lt;br/&gt;Une interprète formidable, intelligente et très fine. C'était un être assez particulier, pleine d'acuité par rapport à beaucoup de choses, et je pense que ça se ressent dans ses interprétations. Quelqu'un de très intéressant pour le travail.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous-même, vous avez fait de la scène ?&lt;br/&gt;Pas beaucoup. Pour gagner ma vie, j'ai d’abord été pianiste. Aux Trois Baudets, j'ai fait Les Carnets du Major Thomson et Nouvelles têtes. Après quelques petites tournées, dont une avec Boris Vian. — j'étais son accompagnateur mais j'accompagnais aussi tout le spectacle —, j'ai très rapidement fait beaucoup d'arrangements et suis donc resté à Paris. J’ai accompagné Adamo à l’Olympia, du temps de sa splendeur. Dès le dimanche matin, le public, composé de jeunes, attendait des heures durant, et à minuit, ils étaient encore là ! Adamo a eu une période fantastique. J'ai travaillé avec lui sur Inch’Allah. Puis à nouveau l'Olympia avec Raymond Devos, ou plus exactement avec sa première partie qui était, je crois, Michel Fugain. Naturellement, j'ai fait les deux Palais des Sports avec Jean Ferrat. &lt;br/&gt;J’ai accompagné Nana Mouskouri pendant dix ans. Avec elle, j'ai fait aussi quelques galas ponctuels à l'étranger, avec un grand orchestre. Mais dans l'ensemble, je n'ai pas fait énormément de scène parce que j'avais beaucoup de travail à Paris. Surtout qu'à l'époque, les tournées étaient longues, alors qu'aujourd'hui, on revient et on repart.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Patrick Goraguer, c'est votre fils ?&lt;br/&gt;Oui. C'est un musicien multi-talentueux. Il fait du jazz et vous avez dû voir son nom aux côtés d'un garçon qui s'appelle Stéphane Furik, un groupe typiquement jazz. Patrick joue du piano acoustique, il y a un sax, une batterie et une basse acoustique. Avec Stéphane Furik, ils ont fait aussi des choses aux Etats-Unis. Vous avez également dû voir le nom de Patrick avec Bruno Maman et avec Graeme Allwright sur son dernier disque en public. Comme beaucoup de jeunes aujourd’hui, il peut jouer d'un tas d'instruments : claviers, synthés, batterie... Il écrit aussi des arrangements.  &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Sur le métier d'arrangeur, voyez-vous une évolution ?&lt;br/&gt;Avant qu'il ne fasse ses chansons à texte très typiques, avec un petit côté classique, Yves Duteil avait enregistré une chanson qui avait très bien marché : Virages. Vous parliez de rythmique, alors là, ça déménage ! C'était les dernières années où l'on pouvait encore faire des arrangements qui avaient une vraie personnalité. Dans la rythmique, il y avait Engel, Kauffmann, des gens formidables... Mais depuis pas mal de temps, on souffre beaucoup du fait qu'on copie. Des collègues plus jeunes que moi m’ont dit : « C'est épouvantable, on me demande de faire la même chose que untel. » Du note pour note. A une époque, on demandait du relevé de disques. Même pas pour refaire un petit peu différent, non ! C'était carrément reprendre le play-back américain, le réécrire et le faire jouer par les musiciens. Car si on l'utilisait tel quel, il faudrait payer des droits et ça coûterait trop cher. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous avez fait de la publicité, des jingles ?&lt;br/&gt;Il y a longtemps. A une époque, ce n'étaient pas les grandes agences qui dirigeaient l'artistique mais les petits producteurs. Quand sont arrivées les grandes agences, la publicité est devenue une spécialité et il ne fallait faire que ça. Et alors, on devient vite l'esclave de ces gens-là. C'est épouvantable ! Je caricature à peine : on peut les appeler à deux heures du matin pour vous passer commande... Je ne sais pas si vous connaissez ce milieu. Il y a des réunions à quinze ou vingt personnes pour parler du jingle : le client, les « créatifs », qui sont des gens redoutables, et on entend de ces trucs... C’est fou ! Il faut tenir le coup moralement. Ce n’est pas un milieu intéressant sur ce plan-là. En ce qui me concerne, je n'ai jamais voulu mettre tous mes œufs dans le même panier. La musique de films m'a attirée, la chanson aussi. Je voulais absolument diversifier mes activités.&lt;br/&gt;Dans la publicité, Gotainer a eu une très belle réussite. À peine arrivé dans ce milieu, il a « cartonné » avec des trucs très réussis. Il a renversé le problème, ce qui était très intelligent. À la limite, c’est lui qui guidait les événements...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Qui appréciez-vous aujourd’hui dans la chanson ?&lt;br/&gt;J’aime bien Cabrel. Patricia Kaas, aussi. C’est une fille qui chante bien, avec elle il se passe quelque chose. J’aime bien aussi Liane Foly, mais je trouve qu’en ce moment, sur le plan des mélodies, elle se répète un peu, et en moins bien. Pour Maurane, c’est un peu la même chose, alors qu’elle a une très belle voix et beaucoup de présence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Avec Ferrat, 34 ans de fidélité, c'est rare, quand même !&lt;br/&gt;Je dirais que ça doit être quasiment unique ! Je ne crois pas qu'il y ait d'autres exemples. A part Jacques Brel avec François Rauber — et là, on ne peut pas parler de nombre d'années étant donné la mort prématurée de Jacques —, je ne connais pas d'exemple de fidélité réciproque comme celle-ci, et sans nuages. Parfois, il peut y avoir de petites difficultés pour remettre les choses en question, mais on a toujours travaillé dans une entente parfaite. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche, le 8 novembre 1994&lt;br/&gt;Paru dans JE CHANTE N° 16, 1995, numéro épuisé.</description>
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      <title>Michelle Senlis et Claude Delécluse : le duo le plus méconnu de la chanson française !</title>
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      <pubDate>Sat, 27 Mar 2010 00:19:08 +0100</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Auteurs à succès pendant plus de vingt ans, Michelle Senlis et Claude Delécluse apparaissent dans le milieu de la chanson à partir de la deuxième moitié des années 50 avec, coup sur coup, deux « tubes » pour Édith Piaf : C’est à Hambourg et Les amants d’un jour. Sollicitées par la plupart des interprètes du moment, elles alignent les succès : Jenny la chance pour Patachou (1955), Sans l’amour de toi pour Michèle Arnaud (1957), Y’avait Fanny qui chantait pour Hugues Aufray (1959)...&lt;br/&gt;La rencontre de Jean Ferrat, qui enregistre Deux enfants au soleil (de Claude Delécluse) va être décisive. Suivront Les nomades, Mes amours, L’homme à l’oreille coupée, C’est beau la vie, Raconte-moi la mer... Troisième rencontre importante : Jacqueline Dulac, en 1966, pour qui Claude écrit Lorsqu’on est heureux, Venise sous la neige, Les chevaux... Au total, près d’une conquantaine de chansons à elles deux.&lt;br/&gt;Rencontre avec Michelle Senlis pour évoquer le duo le plus méconnu de la chanson française !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    JE CHANTE ! — Avant d’être auteur de chansons dans les années 50, ce que vous faisiez était proche de la chanson ?&lt;br/&gt;    MICHELLE SENLIS. — Oui et non; j’aurais, sans doute, voulu être écrivain; je pensais beaucoup à l’écriture. D’ailleurs, je tiens un journal — mais comme tout le monde — en fait, plutôt trois : un quotidien, un journal de peinture et un journal de médecine ! Au début, afin de gagner ma vie, j’ai fait des études qui n’ont rien à voir avec la chanson. Des études de mathématiques, de droit, et de dessin pour le plaisir. Pendant toutes ces années, je n’ai pas voulu subir l’aléa de la vie d’auteur de chansons. J’avais un père qui commençait à avoir des difficultés de santé et je ne voulais pas être à la merci d’une quelconque difficulté matérielle. Nous avions pourtant déjà fait des succès, Claude Delécluse et moi, mais nous avons toujours pensé que ça n’allait pas durer. Nous étions à la fois passionnées, fascinées par la chanson, pas pessimistes, mais sans doute lucides. En fait, je ne sais pas puisque nous aurons quand même écrit des chansons durant plus de vingt ans !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment avez-vous rencontré Claude Delécluse ?&lt;br/&gt;    D’une façon tout à fait banale, par des clubs littéraires. Chacune attachée à l’écriture, à tous les grands poètes, les vrais auteurs de chansons. On s’est rendu compte qu’on aimait les mêmes choses, qu’on avait souvent envie de dire les mêmes choses;  alors, on a pensé : essayons de faire des chansons ensemble. Je ne sais plus qui a eu l’idée au départ. Moi, j’avais déjà rencontré des interprètes de la chanson comme Patachou, qui m’avait encouragée puis qui m’a fait l’honneur d’un bel article. J’ouvre un journal, qu’est-ce que je vois ? Mon nom ! Ça fait quand même un choc quand on n’est pas blasé ! Patachou nous a fait une seule chanson; nous ne savons si c’est la meilleure mais, en tout cas, elle s’est baladée jusqu’au bout du monde; témoin ce que rapporte le bel écrivain-voyageur suisse, Nicolas Bouvier, dans sa Chronique japonaise, remarquable livre. Après, nos routes ont un peu dérivé avec Patachou parce que nous avons travaillé avec un compositeur qu’elle n’aimait pas du tout à cause de ses idées !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Votre première chanson enregistrée, c’est laquelle ?&lt;br/&gt;    C’est à Hambourg. La première enregistrée, la première chantée sur scène, la première à succès, et quel succès ! National et international... Nous avions fait le texte, Claude et moi, et nous avons pensé la proposer à Germaine Montero. Montero a demandé à Marguerite Monnot de faire la musique. La suite, on la connaît. Marguerite Monnot faisant toutes les musiques de Piaf, ce qui devait arriver arriva et nous avons reçu un télégramme nous demandant de venir Boulevard Lannes. Je me souviendrai toujours de ce fameux dimanche... Il y avait un monde fou dans le salon. Piaf sortait d’un cinéma où elle avait vu, pour la énième fois, Tant qu’il y aura des hommes. Elle nous a entraînées dans sa chambre, plus au calme, et là, elle nous a dit : « Voilà, la chanson est superbe, elle me plaît, mais ça m’ennuie que vous commenciez à chaque fois par “C’est à Hambourg au ciel de pluie...” et que tous les refrains ne soient qu’une énumération de villes... » Alors là, dans l’innocence de la vraie jeunesse, Claude Delécluse et moi avons dit : « Justement, ça, on ne le changera pas. C’est tout le climat de la chanson. » Elle a semblé réfléchir et elle a conclu : « On se reverra. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Elle vous impressionnait, Piaf ?&lt;br/&gt;    Oui, et en même temps, elle nous a beaucoup impressionnée après. Cela dit, des débutants sachant ce qu’était Piaf et ce qu’elle représentait en droits d’auteur auraient-ils eu notre réaction ? Enfin, tout s’est arrangé et si nous avons fait une version Piaf, le nouveau texte ne comporte aucune modification quant à ce à quoi nous tenions. Simplement, nous sommes tombées d’accord avec Piaf pour rendre le thème amoureux un peu plus charnel. Ce fut le dernier 78 tours de Piaf, introuvable. Nous en avions deux exemplaires, on nous les a volés ! Mais « la chute », dans toute l’histoire, c’est le commentaire de Piaf, qui nous a dit après : « Vous aviez raison, il ne fallait pas changer ça... »&lt;br/&gt;    C’était quelqu’un de tellement passionné... On pourrait assez difficilement trouver ça aujourd’hui. Il est vrai qu’il n’y a plus d’interprètes à part entière. En plus, pour tout arranger, Piaf n’avait pas une tendresse particulière pour les femmes ! On cite Marguerite Monnot, bien sûr, mais parce qu’elles avaient entre elles des copineries, des partages de liaisons masculines. mais elle n’était pas, a priori, favorable à l’écriture des femmes. En revanche, à un certain moment, la chanson balayait toutes les réticences.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Marguerite Monnot faisait de belles musiques, très subtiles...&lt;br/&gt;    Oui, et en même temps très fortes, très viriles. C’était un grand compositeur. Certains essaient ou croient la copier mais ils n’en saisissent que l’apparence. Voilà donc comment ça a démarré pour nous avec l’énorme à l’Olympia.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Piaf a cité votre nom, comme c’était la tradition !&lt;br/&gt;    Oui, même elle qui avait écrit tant de chansons : La vie en rose, Hymne à l’amour, pour ne citer que des standards, n’oubliait pas les auteurs ! C’était l’époque où les interprètes ne se considéraient pas forcément concernés dans l’écriture d’une chanson. D’une part, ils ne couraient pas le droit d’auteur, d’autre part, ils avaient une telle force en eux que la chanson devenait leur chanson. Juliette Gréco, Catherine Sauvage, on peut citer pratiquement tous les interprètes et pas des moindres ! Ils savaient bien que la personne qui allait dominer le public — et c’est logique — était celle qui se trouvait sur scène. Et, comme au théâtre, si l’on est un peu curieux, sachant le nom de l’auteur, on va chercher plus loin, pour le lire, le connaître... C’est donc doublement maladroit, parce que tout à fait inutile, de nier les auteurs...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C’est à Hambourg est devenu un succès, international aussi.&lt;br/&gt;    Oui, un très gros succès, et un succès international aussi. Ça a été traduit aux Etats-Unis. Ils ne pouvaient pas garder le titre C’est à Hambourg, alors, ça s’est appelé Rive gauche, Left banke, c’est très curieux...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Interprété par qui ?&lt;br/&gt;    Oh, il y a eu des tas de gens qui l’ont interprété. Moi, je suis incapable de citer tous les interprètes français que nous avons eus, il y en a beaucoup. Aux Etats-Unis, il y en a eu beaucoup, l’Allemagne, la Scandinavie, tous les pays... Ça a été un très, très gros succès.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    A partir de ce moment-là, vous avez été connues comme auteurs à succès et on a commencé à vous solliciter...&lt;br/&gt;    Effectivement, on nous a sollicitées. C’était une belle et bonne période où lorsqu’on avait fait un succès, celui-ci revenait en boomerang, non seulement comme je le disais, pour l’interprète, mais aussi pour les auteurs.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Qui d’autre vous a pris des textes, alors ?&lt;br/&gt;    Tous les interprètes entre les années 1955 et 1960, tous sauf un : Yves Montand. Pourquoi ? Vers les années 60, Montand s’est intéressé à six ou sept chansons dont nous avions fait les textes, ensemble ou séparément. Nous n’avons pas su tout de suite pourquoi ça ne s’était pas fait. Ce sont des années après que j’ai appris que Montand voulait des modifications dans les musiques et, peut-être, une co-signature avec un autre compositeur. Le compositeur d’origine a refusé (j’aurais pu faire pareil en 1974 !). Je ne conteste pas l’attitude du compositeur « refusant », mais nous aurions pu être informées, d’autant que nous avions rencontré, seules, Canetti et Montand place Dauphine... C’est marrant, quoi !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Ce sont des chansons qui ont été interprétées par la suite ?&lt;br/&gt;    Oui.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Parlons de Jean Ferrat. Comment l’avez-vous découvert ?&lt;br/&gt;    Attendez, revenons un peu sur Piaf. Après C’est à Hambourg, nous avons tout de suite enchaîné sur un autre grand succès : Les amants d’un jour. Piaf redoutait un peu le propos « suicide » mais, toujours fidèle à sa passion, aimant la chanson, elle l’a enregistrée après l’avoir d’abord chantée aux Etats-Unis, au Carnegie Hall.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    La version italienne s’appelle Albergo a ore. Je la connais par Milva.&lt;br/&gt;    Oui, Milva l’a chantée, mais c’est Herbert Pagani qui en avait fait l’adaptation italienne. Albergo a ore , c’est-à-dire l’hôtel d’une heure, quoi. Et ça a été aussi un gros succès aux Etats-Unis. Edith Piaf, d’ailleurs, l’a créée, en premier, aux Etats-Unis. En français. Lors d’une tournée au Carnegie Hall. Et elle avait eu beaucoup d’échos, une répercussion très forte. Et c’est bien après qu’elle l’a créée en France.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Est-ce qu’elle a une histoire, cette chanson ? Et le verre cassé ?&lt;br/&gt;    Édith Piaf a eu souvent des idées de « mise en scène ». Pour C’est à Hambourg, elle avait l’idée de jouer avec sa robe plissée comme d’un accordéon... C’était quelque chose de très visuel. Ses idées n’étaient pas toujours très heureuses, mais elle en avait parfois qui étaient très bonnes. Pour ce qui nous concerne, à chaque fois, ça a été une belle idée. Pour Les amants d’un jour, elle commençait à essuyer le verre et c’est à la fin de la chanson qu’elle le cassait. Et cette idée a fait choc, et on l’entend d’ailleurs dans le disque. La troisième chanson qu’elle nous a interprétée est Comme moi. Une chanson que j’aime beaucoup, mais pas tout à fait pour elle. Trop intimiste avec elle pour faire un gros succès. Ses chansons intimistes n’ont pas beaucoup marché. Ce ne sont pas celles que l’on retient d’elle. Une chanson que j’ai dans la mémoire est Cri du cœur, texte de Prévert, musique de Crolla. Très beau, mais ça n’a pas marché.&lt;br/&gt;    Prenez Le Chevalier de Paris, une très  belle chanson qui n’a pas marché en France et qui a marché aux Etats-Unis. Mais là, il y avait un propos un peu médiéval qui était, je pense, un peu difficile pour Piaf qui était quelqu’un de terriblement Français dans son époque. Ce décalage a peut-être joué. Mais on cherche des explications et il n’y en a peut-être pas !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Enfin, il y a eu Ferrat...&lt;br/&gt;    Ferrat avait enregistré un disque que nous avions remarqué en radio. Textes de Pierre Frachet : Ma môme et Regarde-toi Paname. Nous avions, Claude et moi, été intéressées. Cela nous changeait de Ferré avec qui nous nous avions fait deux chansons. J’aimerais évoquer Ferré.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous lui avez présenté des textes ?&lt;br/&gt;    Il a mis en musique deux de nos textes dont La belle amour enregistrée par Catherine Sauvage. On ne voit pas Ferré mais moi, je l’aime ! J’adore Ferré parce que, déjà, c’est quelqu’un de très généreux. J’aime son côté artiste jusqu’au bout et si désintéressé. A l’époque de La belle amour, Ferré avait un petit atelier d’imprimerie, boulevard Pershing. Il a tiré le petit format et nous l’a envoyé en même temps que le bulletin de déclaration. Nous avons eu la joie — que dis-je ? l’’immense joie — de voir : « Propriété des auteurs 50/50 », alors qu’il avait sorti son papier à musique, passé son temps, montré la chanson à Catherine Sauvage... Bref, où et quand retrouver ça ! Sur le plan artistique, si j’aime tant Ferré, c’est qu’il me rappelle Piaf dans cette passion mise dans tout. Il peut se tromper mais un grand artiste a bien le droit de se tromper. De toutes façons, l’erreur n’est jamais du temps perdu.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous connaissez des artistes qui auraient eu la réaction inverse : j’ai peur de faire cette chanson, qu’est-ce que ça va me rapporter ?&lt;br/&gt;    Hélas, trop ! Ce qui console, c’est que, souvent, ce ne sont pas les plus grands ! Mais revenons à Ferrat... &lt;br/&gt;    On a écouté ce disque et on a trouvé que sa voix était très intéressante. Sur le plan musical, Ma môme était plus évidente que Regarde-toi, Paname. Mais ça, c’est normal lorsque quelqu’un commence. Qui n’a pas subi quelques influences ? Tout le monde subit des influences, l’essentiel, c’est de les digérer pour acquérir, si possible, sa personnalité. C’est ce qui lui est arrivé, d’ailleurs.&lt;br/&gt;    Nous nous sommes mises en rapport avec lui et nous lui avons proposé des textes. Claude, d’abord, avec le fameux Deux enfants au soleil. Il est bien évident que cette chanson a été la première grande chance de Ferrat. Il est passé à l’Alhambra avec Zizi Jeanmaire en avril 1962 et ça a tout de suite été un grand, un très grand succès qui l’a propulsé « vedette » d’un seul coup. D’autant qu’à l’époque, la chanson dite « d’été » n’existait pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Justement, je voulais vous poser cette question. Deux enfants au soleil a été le premier slow d’été, la première chanson de plage ?&lt;br/&gt;    Effectivement, ça n’existait avant. D’ailleurs, jamais Claude Delécluse n’a pensé une seconde qu’elle était en train de faire une chanson d’été. Elle était loin d’imaginer qu’il allait y avoir ensuite des chansons d’été... tous les étés ! On peut lire, avec stupéfaction, la multitude de titres qui prétendent avoir été la première chanson d’été... Les bulletins de dépôt SACEM pourraient attester le contraire ! Il y a eu, là aussi, des calculateurs légèrement moins innocents que Claude. Avant Deux enfants au soleil, le « slow de l’été » n’existait pas. Cela dit, je crois que maintenant, ça a disparu de nouveau.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Deux enfants au soleil était donc destinée à Ferrat ?&lt;br/&gt;    Pas du tout ! Aucune de nos chansons n’était destinée à quiconque au départ. Même pour Piaf. On faisait des textes, quand on trouvait que le textes était fini, alors on pensait au compositeur, à l’interprète. L’histoire Ferrat-Deux enfants au soleil n’est qu’un accident heureux pour tous, y compris pour l’éditeur, complètement débutant !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    A propos de cette chanson, une question que j’aurais posée à Claude Delécluse qui en est l’auteur, mais vous pourrez peut-être répondre pour elle. deux enfants au soleil pourrait n’être qu’une simple « chanson de plage », mais elle en a élargi le thème, elle lui a donné une autre dimension. On trouve beaucoup de connotations qui évoquent la création du Monde : « La même innocence », « C’était comme s’ils venaient au monde dans le premier matin du monde », « Et c’est comme si tout recommençait »... Cette allusion à Adam et Eve était voulue ?&lt;br/&gt;    Claude Delécluse est quelqu’un de très attaché aux sources, au Cosmos, à l’Univers... Dans beaucoup de ses chansons, ça se retrouve. Raconte-moi la mer, par exemple : besoin d’espace, d’infini, d’une grande respiration...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Toujours à propos de cette chanson, on peut parler de l’érotisme aussi, chose qui n’était pas évidente à l’époque : « Les cheveux défaits », « Le baiser chaud sur leur bouche tendre »...&lt;br/&gt;    Je ne crois pas qu’il s’agissait d’érotisme. Un lyrisme, une sensualité plus qu’une sexualité, me semble-t-il, si tant est que la sensualité puisse précéder l’érotisme. Personnellement, c’est ce que je ressens.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Ça été un énorme succès. Qui, à part Ferrat, a chanté Deux enfants au soleil ?&lt;br/&gt;    Isabelle Aubret, Michèle Arnaud, beaucoup d’autres...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Est-ce qu’elle a été adaptée en d’autres langues ?&lt;br/&gt;    Je sais qu’elle a eu beaucoup de succès dans des tas de pays. Adaptée, je ne peux pas vous répondre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Dans les chansons que vous faites en commun avec Claude Delécluse, quelle est la part Senlis et quelle est la part Delécluse ? Comme on se le demandait pour Lennon et McCartney...&lt;br/&gt;    Impossible, impossible à déterminer. Nous avons toujours voulu continuer à faire des chansons ensemble, ne serait-ce que pour des raisons sensitives. Ça ne nous a pas trop mal réussi. Alors, dire la part de chacune... Même si on le savait — en fait, on ne le sait pas —, on ne veut pas le savoir, c’est sans importance. &lt;br/&gt;    Je vais prendre l’exemple de C’est beau la vie. C’est Claude qui avait trouvé le titre et qui, un jour, voyant Isabelle Aubret après son accident, lui a dit : « C’est beau la vie, quand même ! » C’est tout. Et c’est resté là. Et en rentrant, je dis à Claude : je t’assure, je crois que c’est une chose à faire, je crois qu’il faut faire une chanson là-dessus, c’est vraiment très beau. Et voilà. En fait, la chanson est partie de ça. Elle a eu l’idée du titre, et après, je ne sais plus comment le texte a été fait, mais enfin, les virgules qui appartiennent à l’une ou à l’autre, on ne va pas se les revendiquer ! On a eu trop de bonheur à écrire ensemble !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous écrivez facilement ? Le départ, c’est une phrase, un thème, une idée ? Comment ça se passe pour vous ?&lt;br/&gt;    Ça peut être une phrase, un choc, une idée... Facilement ? Je crois que Claude écrivait un peu avec difficulté et c’est justement aussi une vertu. Je crois que j’écrivais, je ne vais pas dire avec facilité, mais plutôt que j’avais des facilités pour écrire. J’ai d’ailleurs compris beaucoup plus tard à ne pas me défendre de ce que j’appelais « l’écriture automatique », terme que Claude contestait à juste titre. En fait, ce que je croyais être l’écriture automatique n’était rien d’autre que d’avoir emmagasiné dans la mémoire des émotions. C’est ainsi que j’ai écrit Les nomades en un quart d’heure mais j’y pensais depuis... deux ans !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous qui vivez à l’écart de la chose publique, du show business, comment voyez-vous le métier aujourd’hui ?&lt;br/&gt;    Je pense, du moins je veux l’espérer, que les artistes sont peu concernés. Que ce sont plutôt les marchands qui trafiquent tout. Cela dit, à la limite, je pense qu’un artiste peut faire des concessions au départ pour s’imposer mais qu’il est essentiel qu’il retrouve, a posteriori, son intégrité. L’important n’est pas uniquement de « faire du chiffre » mais de constituer un catalogue. A moins que je soies en pleine utopie ! Dans les choses qui durent et qui vont durer, il semble bien que ce soit les Souchon-Voulzy. Ça fait vingt ans qu’ils sont là et on peut encore parier sur eux. D’autant que leur langage, tant musical que texte, est très personnel. &lt;br/&gt;    Je me souviens d’une chanson de Souchon, L’amour 1830. Il avait fait la Rose d’or d’Antibes, si ma mémoire est bonne, et je l’avais tout de suite remarqué. Par la suite, il n’a cessé de s’affirmer. Duteil aussi, mais là, le langage est plus classique, ce qui n’empêche que Duteil a réussi à s’imposer en pleine Lambada. Alors ? Alors, aux producteurs d’avoir les idées et la vue moins courtes. &lt;br/&gt;    L’éditeur Del Duca l’a bien fait en publiant, d’un côté, de beaux livres sur l’art et, de l’autre, des fadaises, genre de « littérature » pour « bonnes femmes ». Il avait essayé une sorte d’équilibre. A l’époque, je le critiquais, ça me semblait manquer de noblesse. Aujourd’hui, je trouve qu’il avait raison. Finalement, l’argent gagné dans quelque chose de... « infâme » se retrouve « ennobli » — ou anobli — par le propos dans lequel il ne gagnait pas d’argent. Donc, c’était quand même redonné à des créateurs. Alors, est-ce qu’on ne pourrait pas aujourd’hui faire la même chose pour la chanson ? Pourquoi ne pas avoir des petites choses charmantes, sans aller jusqu’à la vulgarité, qui plairaient au public facilement, qui dureraient deux-trois mois, et, en parallèle, un beau catalogue de créateurs, d’auteurs-compositeurs et/ou interprètes ? Ça peut se faire, ça. Et ils y gagneraient parce que, plus tard, ils auraient un catalogue qui resterait un patrimoine français, quelque chose qu’on peut toujours ressortir. Quand on pense à toutes les belles chansons qui existent, qui ont existé, on se demande ce qui va rester de notre époque ?&lt;br/&gt;    Pour ma part, s’il n’y avait pas eu des chansons comme Le doux caboulot, je ne sais pas si j’aurais eu envie d’écrire pour la variété. Quelle délicieuse chanson, populaire sans une once de vulgarité : texte de Carco, musique de Larmanjat. Accord parfait devenu un classique. Espérons que les Souchon et autres inspireront de futurs auteurs !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Mon vieux, vous l’avez écrite pour qui ?&lt;br/&gt;    Pour personne ou, alors, pour moi ! Comme toujours, sans préméditation. J’ai écrit le texte avec son titre prépondérant en 1962. Ferrat a fait la musique en 1963. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Il n’a pas envisagé de la chanter lui-même ?&lt;br/&gt;    Je ne sais pas, mais dans le genre cruel, cette chanson tient une belle place. D’abord, parce que, toujours à propos de Ferrat, C’est beau la vie a été mis en musique le jour même du décès de mon père, le 7 novembre 1963. A partir de cette disparition, j’ai souhaité que Mon vieux ne soit plus exploitée. D’ailleurs, je refusais toute conversation, tout courrier à ce sujet. &lt;br/&gt;    Moi, je ne voulais plus la voir sortir cette chanson, parce que, pour moi, c’était quelque chose de très sensitif. Je ne sais pas comment je l’aurais écrite. J’y ai mis beaucoup de sincérité. Je sais que c’est une chanson populiste, au bon sens du terme. Je ne renie pas du tout mon texte, je l’aime tellement qu’il m’a fait souffrir... &lt;br/&gt;Et je ne voulais plus entendre parler de cette chanson. J’avais dit à l’éditeur que je ne voulais pas qu’elle sorte.&lt;br/&gt;    Je n’ai pas dû crier assez fort puisqu’on se retrouve, en 1974, avec une co-signature Daniel Guichard. La co-signature n’étant pas l’essentiel de mon « reproche » (reproche, le mot est faible !), j’ai eu tort mais j’ai... signé ! Non ! ce que je conteste, c’est le fait que tous m’aient caché que, sans mon accord, la chanson était chantée sur scène dès 1973, avec des paroles retouchées. Qu’on ne vienne pas me dire le contraire, j’ai des preuves, mais je les ai eues plus tard ! Par la suite, d’une part, « la fausse filiation » de Daniel Guichard étalée à longueur de journaux et, d’autre part, un certain article qui va même jusqu’à rapporter que les phrases qui manquaient à mon texte :&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Dans son vieux pardessus rapé&lt;br/&gt;    Il s’en allait l’hiver, l’été (...)&lt;br/&gt;    Mon vieux »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;étaient dues à la plume de Daniel Guichard, un peu fort quand même !!! Enfin, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase aura été l’article de Télé 7 jours. Télé 7 jours, en outre, qui a refusé de faire la mise au point qui aurait sans doute évité « une certaine suite ». Les journalistes ne rapportent que ce qu’on leur dit — n’en n’êtes vous pas une preuve vivante ? —, à plus forte raison les attachés de presse ! Et, que je sache, on n’a jamais interdit à Bécaud de citer Delanoë, Amade ou Vidalin !!!&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Le succès ?&lt;br/&gt;    C’est d’arriver sans doute au bon moment. La même chanson peut très bien ne pas faire de succès à un moment donné et, parfois, plus tard. Exemple, avec Francis Lai. J’ai fait le texte Comme des enfants, enregistré par Fabienne Thibeault. Le disque est formidablement réussi, eh ! bien, ça n’a pas beaucoup marché en France. Il faudrait peut-être le reprendre. Je constate d’ailleurs, lors d’interviews à l’étranger, qu’elle est plus connue hors de nos frontières.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Francis Lai a fait des musiques superbes...&lt;br/&gt;    Il est doué. Lorsqu’on est heureux par Jacqueline Dulac, c’est lui. Venise sous la neige, c’est encore lui, ou On pleure le matin, encore une belle chanson qui n’a pas fait de succès. Jacqueline aussi a fait des musiques. Elle en a fait une très belle avec Claude Delécluse, Les oiseaux d’Amsterdam. C’est très beau ça ! Je crois même que c’est une de ses plus belles musiques. Elle a eu, avec Claude, des envolées... Toutes les deux, elles ont eu des choses qui sont absolument intemporelles.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous avez également écrit pour Jacques Hustin, chanteur belge et méconnu...&lt;br/&gt;    Là encore, mauvais moment. Injustice ? Il avait fait des chansons avant que je le connaisse. L’une d’entre elles avait très bien marché : On m’a donné quinze ans, écrite par un Belge, Alain-Guy Jacob, je crois. Et cette chanson avait, en France, un départ très bon. On s’est rencontrés par le hasard d’une maison de disques, Pathé Marconi, où il enregistrait à ce moment-là. Il avait beaucoup de talent de compositeur et d’interprète. On a fait ensemble une vingtaine de chansons — Berlin, Le vieux berger, La forêt bleue, Je t’apprends par cœur, L’été de notre vie, Mais qui sont les sauvages ?, etc. — toutes que j’adore : dans les oubliettes !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Elles ne sont pas connues...&lt;br/&gt;    Mieux en Belgique ou dans d’autres pays francophones où certains réalisateurs de radio m’en récitent des passages entiers ! Quand il a fait son Olympia, du temps de Bruno Coquatrix, Jacques Hustin avait la possibilité de chanter quatre chansons. J’ouvre une parenthèse : à la première, on avait fait une erreur de tir en commençant avec une chanson qui n’allait pas du tout à Jacques parce que c’est une chanson d’humour agressif. C’est une chanson que j’avais écrite, qui s’appelait Le cosaque et qui démysthifiait un peu l’idée qu’on se fait du cosaque, une sorte de monstre... On avait voulu prendre le contrepied, mais on ne l’avait pas pris comme il fallait... Il aurait fallu un Rebroff, quelqu’un de rabelaisien. Les trois autres chansons étaient de nous deux aussi. Après, on a rectifié le tir en la remplaçant par Le vieux berger, une chanson très belle dont j’ai fait le texte, et les autres chansons s’enchaînaient d’une façon parfaite. Et il a fait un très bel Olympia. Et tous les professionnels avaient été unanimes. On était sûrs que c’était parti.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous croyez qu’il y a une part de chance : arriver au bon moment ?&lt;br/&gt;    Tout à fait. Le talent est très important et la chance vient le récompenser...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous avez aussi écrit pour Dalida.&lt;br/&gt;    Quelques chansons, dont celles du film d’Autant-Lara, Les Régates de San Francisco. Une des rares fois où nous avions mis le texte sur une musique, la musique de René Cloerec. La chanson s’appelait C’est un jour à Naples. Ça n’a pas beaucoup marché, mais pour le disque, ça a été le pactole : nous étions au dos des Enfants du Pirée et nous avons été « tirées » par ce titre. Mais nous avons eu le grand bonheur, avec C’est à Hambourg, de tirer la superbe chanson de Dréjac et Sauguet : Les Forains, très belle chanson qu’a enregistrée Piaf mais qui n’a pas eu un sort heureux. C’est à Hambourg a « entraîné » cette chanson et c’est très bien. Et ça, ça rejoint ce que je vous disais à propos de Del Duca. Et pour Dalida, après C’est un jour à Naples, il y a eu Justine. C’est une chanson à laquelle je suis très attachée. Elle est relativement récente, 1974 ou 75. C’est le moment où Dalida a commencé à basculer dans un autre répertoire, avec Avec le temps, de Ferré, et d’autres chansons, où elle a souhaité ne plus être une chanteuse « légère ». Justine est une très belle chanson, malheureusement, ça n’a pas fait de succès.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Mireille Mathieu aussi vous a chanté...&lt;br/&gt;    Oh, une seule chanson... Quelque chose de merveilleux, non plus, n’a pas fait de succès. François Rauber avait fait la musique. Est-ce que ça a été assez soutenu ? Je ne sais pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Plus souvent pour Isabelle Aubret. Elle avait mon âge, cette chanson qui évoque Françoise Dorléac qui venait de se tuer...&lt;br/&gt;    J’aime beaucoup. C’est une chanson qui concernait, à la fois, trois personnalités : Françoise Dorléac, Nicole Berger et Jane Mansfield, toutes trois disparues à la même période. J’avais été frappée par ce moment tragique et la musique, qui est de Ferrat, est très belle. C’est une très belle chanson.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Le bonheur...&lt;br/&gt;    Le bonheur avait représenté Monaco à l’Eurovision en 1966. La chanson est très belle, Isabelle l’avait très bien chantée. Et cette année-là, Tereza, illustre inconnue aujourd’hui, qui est arrivée en premier et qui a coiffé plusieurs chansons au poteau — nous étions deuxième ou troisième, je ne sais plus. Et pourtant, cette chanson aurait dû aussi faire un succès. La musique était de Ferrat aussi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Régine ?&lt;br/&gt;    Régine, c’est autre chose. Je ne pense pas que Régine puisse faire un grand succès populaire. Nous avons eu, avec elle, deux chansons. L’une, Les cafés, que j’aime beaucoup à cause de certaines subtilités, l’autre, Encore un verre chez Lily, qui est énormément passée en radio. Mais je pense que les meilleures réussites de Régine se situent dans Les petits papiers, par exemple. Tiens, une chose qui me frappe, on est toujours dans les boissons avec Régine : les cafés, encore un verre !&lt;br/&gt;    Régine, c’est un peu différent. C’est quelqu’un qui, à mon avis, ne fera jamais un succès. Ce n’est pas méchant ce que je dis là. Je pense que pour elle, les chansons ne doivent pas être forcément au départ à type populaire. Ça rejoint ce que je pense de Juliette Gréco. A mon avis, il ne faut pas qu’elles prennent des chansons qui sont d’emblée populaires, parce que, pour des raisons X, leur popularité n’est pas là. Régine a une représentation de personnage mondain. Donc, il faut que ce soit légèrement snob, qu’il y ait un peu d’intellect là-dedans. Voilà, Les petits papiers, de Gainsbourg, c’était tout à fait une chanson pour elle. Même si Régine est une femmes très en prise dans la vie. Mais pour le public, elle n’est pas ça, à mon avis. Alors, les deux chansons que j’ai faites avec Marc Heyral, Les cafés et Encore un verre chez Lily, là, on a cru que ça allait faire un succès phénoménal. Toutes les radios l’ont passé. Mais c’était encore trop évidemment populaire pour elle. Ce qui est curieux, c’est qu’on est dans les boissons à chaque fois avec elle ! Pour être franche, je préfère le texte des Cafés, où il y a des petites subtilités qui étaient intéressantes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Pour Francesca Solleville, vous avez écrit deux chansons. L’une d’elle parle de la guerre d’Irlande.&lt;br/&gt;    Oui, Sachez qu’on m’appelle Mary. Je ne l’écrirais plus aujourd’hui. Plus rien sur les guerres, les idées... Quant aux grands thèmes humanitaires, ils ont été trop torpillés ! La musique de Mary est d’un grand compositeur, Milchberg.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Pour Eva, il avait fait pas mal de musiques.&lt;br/&gt;    Il a fait aussi Sauvage et tendre Mexico.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Pour Gréco, vous n’avez écrit que deux chansons ?&lt;br/&gt;    Pour Gréco, nous étions, là aussi, d’une part, trop populaires — au bon sens du terme — et, de l’autre, trop simples. Pas assez de textes à double, voire triple, sens, genre Les pingouins. Ce n’était ni notre mode, ni notre désir d’expression. Cela dit, nous regardons toujours Juliette avec un grand plaisir. L’émission d’Averty a été très réussie.&lt;br/&gt;    Là, c’est encore très curieux parce qu’on se connaissait bien avec Juliette. A l’époque, Je pensais que pour elle, Claude et moi, nous étions trop simples d’accès en texte. Les textes sont peut-être riches mais ils ne vont jamais chercher des choses à double sens. Un exemple un peu gros : Les pingouins, vous connaissez. C’est une chanson à double sens, pour ne pas dire à triple sens... C’était tout à fait pour Juliette, ça. Moins maintenant. Si vous voyez l’émission que lui a consacrée Averty, vous verrez une différence. Soudainement, elle devient quelqu’un qui, là, peut toucher le grand public. Je crois qu’elle a eu beaucoup de difficultés à se montrer telle qu’elle était. Une sorte de pudeur, peut-être. Un interprète doit être à la fois retenu et un peu impudique. La balance est délicate, il faut un peu des deux. Je crois qu’elle était trop contenue. Elle ne pouvait pas se montrer telle qu’elle était. Alors que maintenant, j’ai la sensation très forte, et je l’ai trouvée formidable, d’ailleurs, qu’elle arrive à être elle-même publiquement. Mais nos chemins se sont séparés mais je suis très heureuse qu’elle arrive dans cette voie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Votre dernière chanson enregistrée, c’est celle d’Evelyne Geller ?&lt;br/&gt;    Les yeux fermés, sélection Eurovision 1981. A-t-on fait suffisamment sur cette chanson et sur Evelyne Geller ? Il y a des choses sur lesquelles il faut s’obstiner. Tout n’arrive pas en claquant des doigts, même si on a une sacrée chance. Ferrat en avait fait la musique. C’est dommage, car c’est une chanson extrêmement simple mais très belle. On ne retrouve pas tous les jours un Deux enfants au soleil ne nécessitant pas le moindre effort, entre autres sur la plan matériel !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous avez réalisé des émissions de radio et de télévision ?&lt;br/&gt;    De télévision, non. J’ai participé à des émissions mais je n’en ai jamais réalisées. Des émissions de radio, oui. Régulièrement. En France, durant toute une période, à la suite de Patachou, d’ailleurs. Des émissions qui touchaient à la fois la chanson et la poésie. C’était pour faire intervenir des interprètes qui disaient des textes poétiques, d’autres qui intervenaient en chansons, etc.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    On va revenir à votre principale interprète, Jacqueline Dulac. A elle seule, entre 1966 et 1981, elle a chanté une cinquantaine de vos textes signés Senlis ou Delécluse, ou les deux à la fois. Dans le premier numéro de Je chante, elle disait que ses plus grands titres étaient de vous.&lt;br/&gt;    Jacqueline, on l’a connue par l’intermédiaire de la jeune femme qui s’occupait d’elle à l’époque, Evelyne Langey, qui nous a contactées. Comme nous partions deux jours plus tard en Yougoslavie et en Grèce, nous avons différé une rencontre jusqu’à l’automne. A l’automne, Evelyne nous a rappelées. La suite a prouvé qu’elle avait eu raison. On a fait effectivement beaucoup de chansons avec Jacqueline. C’est dommage qu’elle ne soit pas allée plus loin mais elle n’est pas la seule, de talent, dans ce cas. C’est vrai que de 1966 à 1981, toutes les chansons étaient pratiquement de nous. &lt;br/&gt;    Les chevaux, voilà encore une belle chanson ! C’est fou, les compliments que j’ai pu recevoir sur ce texte, particulièrement des hommes. Pierre Courthion, grand critique et historien d’art, en avait fait sa chanson préférée.&lt;br/&gt;    Jacqueline a eu beaucoup de courage, je dirais, parce que c’est une chanson difficile pour une femme. Pas dans le sens du texte qui comporterait des choses qu’il ne faut pas dire, ce n’est pas ça, mais c’est une chanson qui est très difficile à interpréter. Parce que la musique est difficile à interpréter, il y a tout un ensemble. Le texte est très denses. Il y a quatre couplets. C’était une gageure. En revanche, on pouvait pense que c’était trop tôt ou trop tard. Si à la suite de Lorsqu’on est heureux, on avait sorti Les chevaux et Venise après, j’ai souvent pensé que, peut-être, ça aurait été plus positif. Sans faire de calcul, bien sûr, mais en enchaînant deux chansons qui ont un air de famille, la même atmosphère, à cause de Francis, peut-être que lorsqu’on n’est pas, comme dit Aznavour, tout à fait en haut de l’affiche, il est peut-être possible que parfois on ait peut être dit que Jacqueline se répétait à ce moment-là, alors que si elle était arrivée avec Les chevaux tout de suite derrière...&lt;br/&gt;    Et puis, Les chevaux est sorti en 1968, au printemps... en même temps que le... printemps à Paris ! Dans cette chanson, beaucoup ont voulu voir un propos politico-estudiantin ! Parce que la chanson commence par : « Ça vient, ça naît comme un cri, malgré la fumée et le bruit, le printemps, le printemps à Paris, du côté du Panthéon... », tout y était ! Une prémonition, je peux vous le dire. Si vous lisez le texte, on a l’impression qu’effectivement... mais pas du tout, il avait été écrit plus de six mois auparavant et personne ne soupçonnait qu’il y aurait quelque chose comme ça. Quand vous lisez le texte après coup, tout devient une évidence : la fumée, le Panthéon... Oui, je crois que cette chanson a été un peu perçue comme une chanson sur les « événements ». Alors, les trois titres qui étaient sur ce fameux disques (trois, parce que Les chevaux était assez longue) ont été balayées d’un grand coup.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Aujourd’hui, Michelle Senlis ?&lt;br/&gt;    Je n’écrirai plus de chansons. je l’ai décidé après le « terrible désenchantement » de Mon vieux. Si une chanson non exploitée est reprise par un éditeur, d’accord. Le cas unique de Mon vieux ne peut pas se reproduire. En revanche, je peux continuer à écrire quand ça me fait plaisir et autre chose que des chansons. Des projets ? Superstition ! Et puis, je n’ai plus beaucoup de temps, du moins présentement, depuis que j’ai repris la peinture en 1968, à la suite d’un très beau voyage au Maroc, mais je ne pensais pas, mais alors pas du tout, à exposer ! Ce n’était pas le but. Il aura fallu des encouragements... d’autant que la peinture, c’est devenu « la tarte à la crème ». Ça doit être facile puisque tout le monde en fait ! Dans la réalité, c’est beaucoup plus difficile qu’on l’imagine, en dehors même de la création, mais là encore, j’ai eu de la chance. De belles et grandes rencontres, d’abord Pierre Courthion que j’évoquais plus haut puis Léon-Louis Sosset, très grand critique, lui aussi, et plein d’autres. Bref, depuis 1982, j’expose régulièrement en France, à Bruxelles et autres villes belges, à Bâle, à San Francisco (entre autres avec Hundertwasser), au Japon (Sapporo) où je vais aller au printemps si tout se présente bien, comme je l’espère... Alors, la vie est formidable et, tous les matins, comme dirait Guy Béart, « je me lève en chantant » !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;(Paru dans JE CHANTE n° 16, 1995, épuisé)&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Gérard-André, interprète de Jean Ferrat</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Jean_Ferrat/Dossier_Jean_Ferrat/Entrees/2010/3/26_Gerard-Andre,_interprete_de_Jean_Ferrat.html</link>
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      <pubDate>Fri, 26 Mar 2010 23:21:33 +0100</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Communiqué de Gérard-André&lt;br/&gt;Étais-la-Sauvin (Yonne), dimanche 14 mars 2010,&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Cher Jean Ferrat,&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    En cet après-midi du samedi 13 mars 2010, alors en réunion en région parisienne avec les membres de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, dont tu es le président (je garde le « tu étais » pour plus tard...), j’ai appris par la voix de Jean Ristat, poète légataire universel de l’œuvre de Louis Aragon (qui présidait la séance), que tu nous avais quittés.&lt;br/&gt;    Comme toujours, ce genre de nouvelle paraît incroyable, puisque, n’est-ce pas, ceux que l’on aime sont immortels à nos yeux... Et dans l’instant, on reste stupéfait et muet. Je sais qu’en ce moment des millions de personnes vont éprouver le même désarroi... Car, que tu le veuilles ou non, cher Jean Ferrat, tu fais partie de ceux « dont la vie un jour ou l’autre ravie emporte une part de nous » (Lamartine). Pourquoi ? Parce que tu as su, mieux que personne, traduire et transmettre poétiquement les joies et les peines de chacun, qu’il soit des villes ou des champs. Le beau ne nuit pas ! Tu es le seul poète chantant à avoir chanté le monde du travail et les mouvements sociaux, fidèle à la réalité des choses sans faillir pour autant à l’exigence artistique. De plaines en forêts, de vallons en collines, ton chant majeur, toujours poétique, nous a portés et nous a donné de la force. Oui, je le redis, avec ton exigence artistique, tu as ouvert la voie d’une chanson dépouillée des mièvreries qui l’encombrent trop souvent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Jean Ferrat, &lt;br/&gt;    Avec tes poèmes ou ceux de Louis Aragon et d’autres auteurs que tu as mis en musique, tu as rendu leur dignité aux hommes qui vivent de leur travail. &lt;br/&gt;    Avec ton chant poétique, chacun se retrouve vraiment et se reconnaît... C’est d’ailleurs ce qui a tant dérangé les censeurs du show business : ils n’ont jamais pu accepter que par ta voix la poésie soit devenue si populaire...&lt;br/&gt;    Avec ta liberté intemporelle, tu témoignes de notre vie et lorsque, aux jours d’aujourd’hui, on entend : « Jésus, Marie, quelle décadence ! Quelque chose est pourri dans le royaume de France ! », on ne peut que se réjouir que ton chant soit si populaire... &lt;br/&gt;    Tu vois, aujourd’hui quand, dans mon assiette, je découvre « du poulet aux hormones », je pense à toi, à tes paroles prémonitoires dont la vache folle n’est que la suite trop logique...&lt;br/&gt;    Par ton chant, les générations futures pourront comprendre non seulement « l’homme » dans sa dimension universelle, mais aussi l’histoire des hommes, qu’elle ait été admirable ou épouvantable...&lt;br/&gt;    Par ta voix, les mots d’amour sublimes d’Aragon résonneront éternellement dans le cœur des hommes qui ne demandent que ça : pouvoir « aimer à perdre la raison »...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Jean Ferrat,&lt;br/&gt;    Personnellement, parce qu’un jour j’ai croisé ta route,  je veux te dire merci de m’avoir ouvert celle qui m’a mené en pays de poésie... Tu ne sais peut-être pas (et peu de gens sans doute le savent...) à quel point la découverte de ton œuvre a été déterminante dans ma carrière artistique : c’est en 1964 que j’ai enregistré, sur un petit 45 tours, La Montagne, Nuit et Brouillard et Que serais-je sans toi.&lt;br/&gt;    De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine, que j’ai créé en 2005 pour rendre hommage à ton œuvre immense, c’est donc bien plus que le titre d’un spectacle, c’est une part de moi. Et si tu n’es plus là dans la réalité de la vie humaine, sache que tu es et resteras toujours là, en moi... Tout comme là-bas dans ton Ardèche toute enchagrinée, « la montagne est belle » et le restera éternellement... pour toi... et pour nous.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Merci, Jean Ferrat, &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Gérard-André&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	•	Lien avec le site de Gérard-André : &lt;a href=&quot;http://pagesperso-orange.fr/chansons.gerard-andre/index1.htm&quot;&gt;http://pagesperso-orange.fr/chansons.gerard-andre/index1.htm&lt;/a&gt;</description>
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      <title>Jean Ferrat à la télévision : « Un quart d’heure à Saint-Germain-des-Prés »</title>
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      <pubDate>Fri, 26 Mar 2010 19:35:55 +0100</pubDate>
      <description>Extrait exceptionnel, posté par bellecourse, le 4 mars 2009 sur You Tube.&lt;br/&gt;    Il s’agit d’un court métrage intitulé « Un quart d’heure à Saint-Germain-des-Prés » vraisemblablement réalisé en 1957, soit peu de temps avant le premier enregistrement de Jean Ferrat (1958).&lt;br/&gt;    Jean Ferrat y apparaît, s’accompagnant à la guitare, et chantant une chanson plutôt fantaisiste.&lt;br/&gt;    Mais la caméra s’attarde surtout sur le serveur, véritable vedette de ce court extrait de 1’37 !</description>
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      <title>Guy Thomas, parolier de Ferrat</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Jean_Ferrat/Dossier_Jean_Ferrat/Entrees/2010/3/21_Guy_Thomas,_parolier_de_Ferrat.html</link>
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      <pubDate>Sun, 21 Mar 2010 22:39:19 +0100</pubDate>
      <description>On le connaît pour ses textes mis en musique par Jean Ferrat (La leçon buissonnière, Je ne suis qu'un cri, La porte à droite). Professeur aujourd'hui à la retraite, Guy Thomas vient de publier son sixième recueil de poèmes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Né en 1934 en Belgique, d'un père bourguignon et d'une mère wallonne, Guy Thomas a été l'un de ces enfants « difficiles » dont il a eu à s'occuper pendant sa carrière de professeur de français et d'histoire-géographie dans un lycée professionnel du Jura. « C'est un métier très prenant, c'est pourquoi je ne l'ai pas abandonné. Mais je me faisais plaisir en publiant mes petits bouquins, parce que j'en avais quand même envie. »&lt;br/&gt;    Guy Thomas anime un journal scolaire, s'occupe du ciné-club. « Pas mal de gosses ont appris à écrire grâce à ce journal scolaire. L'un d'entre eux est aujourd'hui attaché parlementaire. C'était dur, mais j'ai eu quelques satisfactions et je ne regrette pas d'avoir fait ce métier, ça vous apprend des tas de trucs sur la vie et sur ce qu'on pourrait faire pour qu'elle change. &lt;br/&gt;    Je pense que lorsque l'on fait ce métier avec cœur, les enfants le sentent. Si je n'avais pas eu un prof qui m'a sorti de la merde, je n'aurais jamais fait ce que j'ai fait. Je retransmets le flambeau, en quelque sorte. Pour ces gosses qui ont eu des problèmes avec la justice ou qui viennent de la DDASS, vous êtes une main qui se tend. Notre génération n'a pas eu une jeunesse vraiment marrante : je suis né en 1934, j'ai été adolescent pendant la guerre... Vous savez, c'est jamais facile d'être jeune, quelle que soit l'époque. J'ai des tas de gamins qui sont sortis de l'école avec des diplômes et ça ne leur sert à rien, ils ne trouvent pas de boulot, forcément, ils sont révoltés.&lt;br/&gt;    Je suis d'un milieu extrêmement pauvre, le sous-prolétariat... J'étais pratiquement un romanichel et je ne sais pas par quel hasard j'ai réussi à faire des études. J'ai été pistonné par des curés qui m'ont aidé à me faire une culture. Mais je n'ai jamais eu assez d'argent pour aller au théâtre, au music-hall... C'est seulement lorsque Jean Ferrat m'a pris une première chanson et que j'ai touché un peu d'argent que j'ai pu aller enfin voir des artistes... Je n'ai jamais vu Brel, par exemple. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Hara-Kiri&lt;br/&gt;    En 1960, alors qu'il est à l'armée, Guy Thomas rejoint l'équipe d'Hara-Kiri. C'est là qu'il rencontre Cavanna qui, avec François Mauriac et Jean Rostand, sera un des premiers à l'encourager à écrire des poèmes. « Ces encouragements m'ont aidé à continuer à écrire. Si j'avais pas connu ces types-là, je n'aurais eu qu'à me suicider. Je n'étais pas bien dans ma peau. Étant professeur dans le Jura, je n'ai pas pu continuer une collaboration régulière. J'ai signé de beaucoup de pseudonymes parce que je risquais d'avoir des ennuis avec l'armée, mais certains articles étaient tout de même signés de mon nom. »&lt;br/&gt;    En 1969, Guy Thomas publie son premier recueil de poèmes aux éditions Chambelland. Vers boiteux pour un aveugle attire l'attention du Monde, de Charlie Hebdo et du Canard Enchaîné, qui le salue en ces termes : « Je dois à une amie la découverte d'un poète comme je les aime, sincère, sans chichis, une rosette d'ironie à la boutonnière de la révolte : Guy Thomas... » « Les poèmes sont étonnants de tendre canaillerie », ajoute le critique du Canard, qui suggère à l'auteur d'envoyer sa plaquette à Jean Ferrat et à d'autres artistes.&lt;br/&gt;    « J'ai adressé mon recueil à trois personnes, raconte Guy Thomas. Brel ne m'a pas répondu. Brassens m'a expliqué, en substance, qu'il ne chantait que les poètes morts, mais m'encourageait à poursuivre. Quant à Ferrat, c'est Gérard Meys qui m'a fait savoir que Jean voulait enregistrer La leçon buissonnière, qui figurait dans ce recueil. Avec Le chef de gare est amoureux, c'est une de mes chansons qui a le mieux marché. On a même été interdit, à un moment, à France-Inter, parce que des catholiques s'étaient plaints que la musique de Jouez hautbois, résonnez musettes soit utilisée... »&lt;br/&gt;    « C'est au numéro trente-deux / De l'av'nue de la République / Que j'enseigne aux petits merdeux / Les théories philosophiques... » Ce texte, que Ferrat a mis en musique sans y apporter de modifications, paraît sur l'album « À moi l'Afrique » en mars 1972. « Ce &amp;quot;bébé&amp;quot;, qui m'a rapporté relativement beaucoup d'argent, c'est un truc que j'ai écrit en une heure en rentrant du boulot ! », avoue Guy Thomas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    JE CHANTE ! — Vous publiez votre sixième recueil de poèmes.&lt;br/&gt;    GUY THOMAS.— J'appelle ça plutôt des goualantes, parce que j'écris surtout des poèmes d'inspiration populaire et que ce sont des textes faits pour être dits ou chantés, pas seulement pour être édités et lus. On a dit que j'avais beaucoup été influencé par des poètes comme Gaston Couté. J'essaie de continuer la tradition. &lt;br/&gt;    Longtemps, j'ai été publié dans des revues poétiques officielles où l'on se prend, souvent, très au sérieux. Lorsque mes poèmes ont été mis en musique, on m'a regardé avec mépris : « Guy Thomas nous a quittés, c'est devenu un chansonnier... » Dans le milieu de la « poésie », il y a un réel mépris pour la chanson ! Pourtant, j'en ai vu qui s'échinaient à placer des chansons et qui n'y arrivaient pas... Je reconnais avoir eu de la chance.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Qui vous a chanté à part Ferrat ?&lt;br/&gt;    Francesca Solleville (Adultère, L'escarpolette, Quand le bonheur est une orange, Je ne suis qu'un cri), Jean-Marie Vivier (Je ne veux pas de vos ragougnasses et Petit bonhomme), Isabelle Aubret (Mon petit chercheur d'or, Amazonie). Une écolière au tableau noir m'a été suggérée par Francesca, parce que je n'écris pas tellement au féminin. Isabelle Aubret reproche souvent à mes textes d'avoir un sexe ! Avec James Ollivier, j'ai fait la chanson officielle du Salon de l'Environnement de Bruxelles (Aquarelle). James Ollivier a mis beaucoup de mes textes en musique mais, comme il n'a pas l'opportunité d'enregistrer un disque, ces chansons restent dans des tiroirs... Il les dit sur scène et je vous prie de croire que toute la salle se bidonne ! Un type comme Coluche aurait pu interpréter certains de ces textes...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    La porte à droite (1985) est le seul texte écrit à la demande de Ferrat ?&lt;br/&gt;    Le disque de Ferrat était quasiment terminé lorsque Gérard Meys et Jean, trouvant qu'il manquait une chanson politique, m'ont demandé un texte sur ce thème des « déçus du socialisme »... J'ai pondu un texte qui n'est pas exactement celui de la chanson, et avec Jean, on a passé des heures au téléphone à le modifier. À l'exception de La porte à droite, les treize textes de ce disque de Ferrat de 1985 ont été publiés avant.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C'est une chanson très virulente...&lt;br/&gt;    Elle l'était déjà, au départ. Ce que j'écris est généralement assez méchant, même ! Voyez les titres des « chapitres » : « Coups de gueule », « Coups de balai dans les cabinets »... C'est vrai qu'on a perdu l'habitude des textes virulents...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous auriez aimé être chanteur ?&lt;br/&gt;    Oui, mais je n'ai pas d'oreille et je chante faux ! C'est quelque chose que je regrette, parce qu'il y a un tas de textes que Jean ne chantera jamais, car ils ne correspondent pas à sa nature : des textes très violents, orduriers, avec un vocabulaire très vulgaire...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Avec Les cerisiers, vous visiez Yves Montand...&lt;br/&gt;    Oui, mais c'était juste une petite « pique »... Le texte des Cerisiers était paru dans l'Huma et Montand, qui épluchait ce journal, était tombé dessus. Il m'a recherché par minitel et le soir-même, j'ai reçu une engueulade téléphonique pas possible ! Je n'ai pas pu placer un mot et il a raccroché en répétant : « D'autant plus que vous avez du talent ! » Il m'a reproché de soutenir les thèses du parti communiste. Mais il n'y a qu'à relire le texte, ce n'était méchant pour personne, même pas pour Montand que j'adore, j'ai tous ses disques !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    J'ai longtemps cru que vous étiez l'autre Guy Thomas, le chanteur !&lt;br/&gt;    Il y a un Guy Thomas qui est ACI, mais je n'ai rien à voir avec lui. Il a enregistré Jean est resté au pays, une chanson qui évoque Ferrat. Un jour, il m'a écrit pour me demander de... changer de nom ! Ayant déjà publié quatre bouquins, je ne pouvais pas le faire !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous êtes resté fidèle à vos « folies d'avant 81 » ?&lt;br/&gt;    On a dit du mal des communistes, mais je pense toujours à cette histoire : au théâtre du Bolchoï, à Moscou, au temps de l'Union soviétique, il y avait trois personnes pour garder un chapeau au vestiaire... Il vaut mieux garder un chapeau à trois dans un vestiaire que de mendier dans les rues, vous ne croyez pas ? Ça ne justifie pas tout, évidemment, mais ce qu'il y a de triste, c'est qu'un idéal important fout le camp. Surtout que la capitalisme sauvage qui s'en est suivi n'a pas du tout résolu les problèmes. Au contraire : la mafia, la prostitution... Je ne dis pas que c'était mieux avant, on ne savait même pas ce qui s'y passait, à mon niveau, du moins (il n'y a qu'Yves Montand qui était au courant !). &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Le salut dans le capitalisme ?&lt;br/&gt;    Où voyez-vous ça ? À Champagnole, toutes les usines ferment les unes après les autres. Sur 11000 habitants, il y a près de 1500 chômeurs. Ces types-là crèvent la dalle, il faut qu'ils s'en aillent, ils s'entassent dans la région parisienne. Je sais bien qu'on ne peut pas lutter contre la concurrence internationale, mais la société est mal barrée, mal organisée, puisqu'on arrive à des situations pareilles. Je pense aussi qu'on a vécu sur le pillage du tiers-monde et que le tiers-monde, il nous le renvoie déjà, avec les délocalisations...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Les changements survenus dans l'histoire ne peuvent-ils être obtenus qu'avec, malheureusement, la violence ?&lt;br/&gt;    Ce ne sont pas les gens qui rouspètent qui sont les plus violents, c'est l'ordre établi qui est violent, en refusant qu'on change les choses... Le gouvernement cède quand il y a des violences. Ça a toujours été comme ça et c'est bien triste !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous croyez que l'anarchie a de l'avenir ?&lt;br/&gt;    Dans le milieu artistique, au moins, parce qu'un artiste qui est content du monde n'est pas un artiste ! En général, les artistes sont des gens qui ne sont pas bien dans le monde tel qu'il est et qui essayent de le changer. Brassens, qui se disait anarchiste, critiquait l'ordre établi, et je pense que critiquer l'ordre établi, ça va durer encore un bon bout de temps ! Encore faut-il distinguer les anarchistes qui plaçaient des bombes au siècle dernier et des artistes comme Brassens ou Ferré.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Et le communisme ?&lt;br/&gt;    Tel qu'il a été expérimenté dans les pays de l'Est, je pense que cela ne se reproduira plus. Mais l'idéal de la Commune de Paris, ça n'est pas prêt d'être dépassé, ça ! L'idée que chacun puisse bouffer à sa faim et avoir sa petite place au soleil, son petit bout de bonheur, je ne crois pas que ça puisse être dépassé... Et de la façon dont vont les choses, en ce moment, je ne pense pas que cet idéal soit foutu. Ça reviendra sous un autre nom, peut-être. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;(paru dans JE CHANTE N° 21, 1997)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;	•	Guy Thomas : Pillemoine, 39300 Champagnole. Tél.: 03-84-51-60-67.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;• Lien : &lt;a href=&quot;http://www.racinescomtoises.net/?Guy-Thomas-1934&quot;&gt;http://www.racinescomtoises.net/?Guy-Thomas-1934&lt;/a&gt;</description>
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      <title>Jean Ferrat : Henri Salvador ou « La souplesse et l’élégance des gens des Caraïbes »</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Jean_Ferrat/Dossier_Jean_Ferrat/Entrees/2010/3/14_Jean_Ferrat___Henri_Salvador_ou_La_souplesse_et_lelegance_des_gens_des_Caraibes.html</link>
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      <pubDate>Sun, 14 Mar 2010 14:36:05 +0100</pubDate>
      <description>« J’ai rencontré Henri Salvador pour la première fois à un moment important de ma vie professionnelle. C’était en 1961, à la générale de mon spectacle de l’Alhambra, en première partie de Zizi Jeanmaire. Il est venu me voir à l’entracte avec sa femme Jacqueline, ils m’ont dit des choses agréables et sympathiques. À ce moment-là, je débutais, j’étais gauche et maladroit.&lt;br/&gt;    Henri avait enregistré des parodies de rock car, comme beaucoup d’entre nous, il n’aimait pas ça du tout. Il a fait des chansons comme Le blues du dentiste et ça a été une démarche qui m’était sympathique. En fait, c’était un acte de résistance face au yéyé !...&lt;br/&gt;Henri, je l’ai vu une ou deux fois sur la Côte d’Azur jouer à la pétanque — il joue à la provençale, lui —, mais je ne l’ai pas très bien connu ni fréquenté très longtemps. Il a été question que l’on joue ensemble à la pétanque mais ça ne s’est pas fait...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« Le retour des anciens »&lt;br/&gt;    Concernant son come-back et ce que vous appelez « le retour des anciens », il y a là un phénomène de mode à partir d’un cas exceptionnel comme Henri Salvador qui, pour moi, a toujours été un artiste complet et un musicien très fin. En réalité, dans ce métier, on ne sait jamais comment la mayonnaise va prendre... Ça peut arriver à n’importe qui et à n’importe quel âge. Henri en a bénéficié et c’est formidable. J’adore tout ce qu’il faisait dans le domaine parodique, mais aussi dans le domaine mélodique, parce qu’il ne faut pas oublier que c’est un très bon guitariste, qui a joué avec les plus grands. Et puis, il a ce charme incroyable, cette souplesse et cette élégance des gens des Caraïbes,et aussi le sens de la musique et de l’artistique... Peut-être a-t-il souffert que, pendant des années on ne voie en lui qu’un « rigolo »... Parce qu’il faisait ça très bien et que ça se vendait, les commerçants voulaient ne voir que cette facette de son talent mais Henri avait et a toujours d’autres cordes à son arc. &lt;br/&gt;    Quand j’étais jeune, dans les fêtes de famille ou avec les copains, je chantais Ma doudou, Une chanson douce... Des chansons qui avaient beaucoup de charme. &lt;br/&gt;    Le fait qu’Henri Salvador revienne et qu’il fasse ce succès énorme avec une autre chanson douce, Jardin d’hiver, une très jolie chanson, c’est très réconfortant. Je trouve magnifique qu’il ait fait ce succès à 83 ans... Moi qui suis plus jeune, ça me laisse le temps ! »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;pour le hors-série Henri Salvador (2004)</description>
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      <title>Ferrat sur les « fiches spectacles » d’Eddy Marouani</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Jean_Ferrat/Dossier_Jean_Ferrat/Entrees/2010/3/14_Ferrat_sur_les_fiches_spectacles_dEddy_Marouani.html</link>
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      <pubDate>Sun, 14 Mar 2010 14:20:52 +0100</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;11.12.1961 : « Télévision française » : moyen.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;19.12.1963 : Musicorama : progresse de passage en passage — très gros succès dans Deux enfants au soleil — doit devenir une grosse vedette.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;25.5.1963 : « Ancienne Belgique » : 5 000 F belges par jour — beau succès — des  chansons bien faites — bonne voix — bonne diction mais manque de présence — ne s’impose pas — n’amène personne.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;5.3.1965 : « Ancienne Belgique », Bruxelles : 60 % des entrées garantie 15 000 F par jour — 45 minutes — très bon succès — répertoire solide — interprète sobre — très décontracté — une présence — accompagné par son trio — en net progrès — légère perte d’argent. À réengager.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;29.12.1965 : « Bobino » : gros succès — (recettes plus fortes que Barbara et Fernand Raynaud même en dehors des jours fériés) — cachet 2 000 F  par jour — 2 500 par matinée — 3 000 F le dimanche.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;18.3.1966 : « Ancienne Belgique », Bruxelles : 25 000 F par jour — (en « Américaine » Suzanne Gabriello, en « Anglaise » José Thomas) — gros succès — silhouette ascétique — un répertoire parfois « rouge » mais inoffensif et toujours de belle qualité — voix bien timbrée — diction paresseuse — bon résultat financier.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Fiches spectacles établies entre 1961 et 1966.&lt;br/&gt;Extrait de Pêcheur d’étoiles, d’Eddy Marouani, &lt;br/&gt;éditions Robert Laffont, 1989.</description>
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      <title>Eddie Barclay : « Un grand, capable de tout chanter : la politique, les femmes la vie... »</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Jean_Ferrat/Dossier_Jean_Ferrat/Entrees/2010/3/14_Eddie_Barclay___Un_grand,_capable_de_tout_chanter___la_politique,_les_femmes_la_vie....html</link>
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      <pubDate>Sun, 14 Mar 2010 13:57:31 +0100</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « 1960 : c’est Ferré qui rentre chez Barclay. 1962 : au tour de Brel. 1963 : voilà que vient Jean Ferrat. Il est beau, grand, bâti comme un paysan intello (c’est rare) d’idées communistes s’il n’est pas au Parti, avec une voix superbe, bien faite pour marteler les mots. Son ami et producteur de toujours (il l’est encore), Gérard Meys, me confirme que Ferrat a envie de travailler chez moi pour les mêmes raisons que Brel ou Ferré : maison française, un seul interlocuteur, pas de censure, pas de problèmes matériels (air connu). Ferrat peut chanter Potemkine ou Nuit et brouillard, cela ne l’empêche pas de chanter aussi de superbes chansons d’amour, chansons signées parfois Aragon. &lt;br/&gt;    On s’étonne autour de moi de cet éclectisme par trop systématique, d’autant que Ferrat, comme Ferré, ne vient pas à mes fêtes, n’assiste pas à mes mariages, et n’est pas particulièrement un pilier mondain. C’est un artiste, un grand, capable de tout chanter, la politique, l’amour, les femmes, la vie. Il n’y a guère que cela pour m’intéresser : les capacité de l’Artiste. Oui, avec un A, parfaitement. Du reste, Ferrat et moi, nous ne parlons jamais politique. Je ne lui demande pas pourquoi il a l’idée saugrenue d’être communiste, il ne m’interroge pas sur mes goûts excentriques (à ses yeux, en tout cas !). On s’aime bien, on fait du bon boulot ensemble, on se respecte. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Extrait de Que la fête continue, &lt;br/&gt;Robert Laffont, 1988.&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Francesca Solleville : « Un homme incorruptible et honnête »</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Jean_Ferrat/Dossier_Jean_Ferrat/Entrees/2010/3/14_Francesca_Solleville___Un_homme_incorruptible_et_honnete.html</link>
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      <pubDate>Sun, 14 Mar 2010 13:20:49 +0100</pubDate>
      <description>Je connais Jean Ferrat depuis 1960 ou 61 mais mon amitié avec Jean n’a rien à voir avec le métier. On se connaît depuis trente ans. J’ai bien connu sa première femme et je connais bien sa deuxième. Lui, c’est vraiment un « vieil » ami. On est des vieux, quoi ! Le temps fait quand même quelque chose à l’affaire !... La seule chose qui est agréable en vieillissant, c’est qu’on s’enrichit. Heureusement, car s’il n’y avait que les rides !... On est un peu comme frère et sœur. C’est quelqu’un de très pudique.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Que vous dire de lui qu’on ne sait déjà ? Il y a une chose que j’aimerais dire, c’est que les gens changent, en général — on évolue tous un peu —, mais lui a une qualité fondamentale, c’est qu’il ne se laisse pas corrompre par sa réussite. Il ne s’endort pas sur ses lauriers et se trouve toujours du côté des gens qu’il défend. Il n’a pas décidé, un beau jour, de ne penser qu’à lui, qu’à son petit jardin... Il regarde ce qui se passe dans le monde et se met en colère comme avant. Il est toujours en rogne contre l’immoralité de la société... Dans son nouveau disque, la majorité des chansons sont des chansons de colère. Elles sont éloquentes et disent bien ce qu’il est. Ça, c’est formidable. Ses nouvelles chansons sont magnifiques. C’est la première fois qu’il parle de son enfance. Tout ce qu’il dit sur les médias et la communication, c’est très important. Les Tournesols, le Bicentenaire, avec le pauvre Martin, Les petites filles modèles...&lt;br/&gt;    Aujourd’hui, on pense que le libéralisme, c’est magnifique, que tout le monde est libre... Mais, comme disait Neruda : libre comme le renard dans le poulailler... Je ne sais pas si c’est de lui, mais c’est une phrase qu’il employait souvent. C’est ça, la réalité du capitalisme.&lt;br/&gt;    A l’époque, j’ai beaucoup chanté Ferrat, j’avais surtout pris ses chansons polémiques : Un air de liberté, Pauvre Boris, et d’autres. J’aime bien la façon dont il dit les choses. C’est très violent, alors qu’il ne l’est pas dans la vie. C’est un homme doux mais capable de colères mémorables ! Avec n’importe qui et sans se laisser intimider. L’échelle sociale n’a strictement aucune importance pour lui. Il se mettra aussi bien en colère contre un boucher qui essaie de lui vendre de la mauvaise viande que contre un ministre de la Culture... C’est un homme incorruptible et honnête qui ne se laisse pas influencer par les agréments de la vie qu’il peut avoir ici ou là. Peut-être que le fait de vivre à Antraigues lui donne le recul ? Mais c’est bien qu’il vienne un peu à Paris de temps en temps parce qu’il n’y vient jamais, sinon pour un disque ou des émissions. Fin novembre, il va partir et pour le décrocher de là-bas, ça ne va pas être facile ! C’est quelqu’un de solide.&lt;br/&gt;    Ferrat ne voulait pas passer sur une chaîne privée, mais Antenne 2 ne lui a proposé qu’une émission à 22 h 30 et à une date indéterminée. Il était furieux contre le service public... Alors que sur la Une, Mougeotte a accepté qu’il chante tout ce qu’il voulait.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;(paru dans JE CHANTE N° 6, 1991)</description>
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