
Témoignages sur Jean Ferrat

Moi, je cherchais ce qu’il y avait de plus personnel chez les gens. Même si je mettais les formes pour dire ces choses-là, il fallait les dire, pourtant. Je m’exprimais avec gentillesse et sur un ton professionnel qui ne vexait pas. Ce n’était pas des critiques méchantes, mais des remarques du genre : « Là, ta mélodie n’est pas extraordinaire, par contre le texte est merveilleux; tu ne t’accompagnes pas assez bien; là, tu devrais travailler; ta voix est trop perchée, c’est un peu gênant... » Je donnais des conseils professionnels. Ferrat est très vite revenu avec des chansons où l’on ne sentait plus l’influence de Montand, sinon d’une manière très lointaine. Ma môme était un texte de Pierre Frachet. Pierre était aussi passé à La Colombe. Il avait un humour acide qui était intéressant, Ma môme était une chanson tendre qui n’était pas du tout dans son personnage tel que je l’ai connu. Frachet avait aussi écrit Paris Gavroche [il s’agit en fait de Bérard et Rinieri, NDLR] que Jean a également chanté.
Le gros coup de Ferrat a été l’Alhambra-Maurice Chevalier, en première partie de Zizi Jeanmaire à qui il avait donné des chansons. Comme elle, il était accompagné par l’orchestre de Michel Legrand. C’est la première fois, je crois, qu’il lâchait sa guitare. Christine Sèvres, sa femme, était très émue, elle avait les yeux mouillés... L’Alhambra a été un lancement formidable. Ce qui est merveilleux, c’est qu’à cette époque-là, le public était capable d’écouter des chansons simplement chantées, sans effets...
J’ai une énorme admiration pour ce que chante Ferrat. Je regrette qu’il soit un peu fainéant : au cours de ces dernières années, il aurait pu écrire davantage de chansons ! C’est un petit reproche que je lui fais, mais c’est un reproche amical.
Propos recueillis par Raoul Bellaïche
(paru dans JE CHANTE N° 6, 1991)
dimanche 14 mars 2010
Michel Valette, patron du cabaret « La Colombe »
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