
Témoignages sur Jean Ferrat

Que vous dire de lui qu’on ne sait déjà ? Il y a une chose que j’aimerais dire, c’est que les gens changent, en général — on évolue tous un peu —, mais lui a une qualité fondamentale, c’est qu’il ne se laisse pas corrompre par sa réussite. Il ne s’endort pas sur ses lauriers et se trouve toujours du côté des gens qu’il défend. Il n’a pas décidé, un beau jour, de ne penser qu’à lui, qu’à son petit jardin... Il regarde ce qui se passe dans le monde et se met en colère comme avant. Il est toujours en rogne contre l’immoralité de la société... Dans son nouveau disque, la majorité des chansons sont des chansons de colère. Elles sont éloquentes et disent bien ce qu’il est. Ça, c’est formidable. Ses nouvelles chansons sont magnifiques. C’est la première fois qu’il parle de son enfance. Tout ce qu’il dit sur les médias et la communication, c’est très important. Les Tournesols, le Bicentenaire, avec le pauvre Martin, Les petites filles modèles...
Aujourd’hui, on pense que le libéralisme, c’est magnifique, que tout le monde est libre... Mais, comme disait Neruda : libre comme le renard dans le poulailler... Je ne sais pas si c’est de lui, mais c’est une phrase qu’il employait souvent. C’est ça, la réalité du capitalisme.
A l’époque, j’ai beaucoup chanté Ferrat, j’avais surtout pris ses chansons polémiques : Un air de liberté, Pauvre Boris, et d’autres. J’aime bien la façon dont il dit les choses. C’est très violent, alors qu’il ne l’est pas dans la vie. C’est un homme doux mais capable de colères mémorables ! Avec n’importe qui et sans se laisser intimider. L’échelle sociale n’a strictement aucune importance pour lui. Il se mettra aussi bien en colère contre un boucher qui essaie de lui vendre de la mauvaise viande que contre un ministre de la Culture... C’est un homme incorruptible et honnête qui ne se laisse pas influencer par les agréments de la vie qu’il peut avoir ici ou là. Peut-être que le fait de vivre à Antraigues lui donne le recul ? Mais c’est bien qu’il vienne un peu à Paris de temps en temps parce qu’il n’y vient jamais, sinon pour un disque ou des émissions. Fin novembre, il va partir et pour le décrocher de là-bas, ça ne va pas être facile ! C’est quelqu’un de solide.
Ferrat ne voulait pas passer sur une chaîne privée, mais Antenne 2 ne lui a proposé qu’une émission à 22 h 30 et à une date indéterminée. Il était furieux contre le service public... Alors que sur la Une, Mougeotte a accepté qu’il chante tout ce qu’il voulait.
Propos recueillis par Raoul Bellaïche
(paru dans JE CHANTE N° 6, 1991)
dimanche 14 mars 2010
Francesca Solleville : « Un homme incorruptible et honnête »
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