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Témoignages sur Jean Ferrat

 
 

    Je suis tombé amoureux fou des chansons de Jean Ferrat et, dans ma naïveté de débutant, j’ai eu envie de le proposer à la direction artistique de chez Philips où j’étais garçon de courses... J’étais très sûr de moi ! Quarante-huit heures après, ils ont répondu que ça ne les intéressait pas du tout. Je connaissais des gens chez Pathé Marconi et dans d’autres sociétés phonographiques. J’ai dit alors à Jean : « Même si ça nous dépasse un peu, je vais aller faire écouter cette bande. » Mais personne n’a voulu de lui. Et c’est comme ça qu’un jour, dans une espèce de folie, je lui ai dit : on va travailler ensemble. Ça a été nos débuts, bâtis sur un échec. Je crois que si Philips, à l’époque avait voulu de Ferrat, je ne serais peut-être pas devenu producteur indépendant, je serais resté directeur artistique chez Philips.

   

    En Studio De gauche à droite  Alain Goraguer, Jean Ferrat, Gérard Meys.

    © http://www.jean-ferrat.com


    Chez Barclay, ma liberté, notre liberté, à Jean et moi, était totale. On parle de Ferrat « artiste Barclay », mais nous étions déjà indépendants. Personne n’est jamais venu dans les séances d’enregistrement. On ne peut pas parler de rapports avec la société Barclay parce qu’ils étaient complètement facilités par les rapports avec Eddie Barclay, l’homme. Je ne peux en dire que du bien. Il a tout à fait respecté l’artiste Ferrat. Je crois que comme mes autres artistes, Ferrat a été protégé. On n’a pas souffert du tout des multinationales parce que depuis 1960, on a eu ce contrat d’indépendant.

    Des cas de censure, j’en connais très peu d’évidents, de prouvés, de prouvables, mais avec Ferrat, on en a eus. Ça a très mal commencé avec Nuit et brouillard, chanson sur les déportés. Ce n’était pas une chanson interdite mais « déconseillée »... Elle est arrivée numéro un dans un classement où les gens votaient par téléphone. Mais à la télévision, ils se sont arrangés pour dire que c’était une chanson qui ne pouvait pas passer le dimanche après-midi, dans l’émission de Marcillac, parce qu’elle était trop triste... Donc ça, c’est une forme de censure.

    Après, on a connu la forme de censure la plus ridicule. C’était pour Potemkine. On disait que c’était une chanson pro-russe, pro-soviétique, alors qu’elle évoquait un fait historique et un film célèbre. Ça, c’était une censure complètement scandaleuse. Et on a connu, enfin, une censure officielle. J’ai une lettre, que je pourrais sortir un jour si ça m’amuse, où, par écrit, on a demandé que Ferrat s’engage à ne pas être candidat aux élections. C’était la censure maladroite, directe. La riposte a été très simple : on a pris un avocat et un huissier, et Ferrat est venu chanter de force à la télévision ! Et M. Contamine, tout patron de télévision qu’il était, a été obligé d’accepter. Ce qui est lamentable, c’est qu’on disait : « C’est facile, Ferrat fait des histoires chaque fois qu’il sort un disque... » Mais ce que je trouve scandaleux, c’est de demander à quelqu’un de garantir qu’il ne se présentera pas à des élections, et je parle, bien sûr, d’élections mineures : Jean se présentait dans son petit village d’Ardèche en tant que conseiller municipal.

   

    Nuit et brouillard

    En 1963, quand Ferrat a fait Nuit et brouillard tous les médias nous ont dit : « Mais enfin, les camps de concentration, c’est triste, ça n’intéresse personne, c’est complètement à côté de tout... » Finalement, la chanson est très bien passée à partir du moment où le public l’a entendue. C’est parti un peu sur un pari. Un programmateur sur Europe 1 m’avait dit : ça n’intéresse personne ! Mais je me suis tellement battu qu’il a fini par me donner deux heures avec Ferrat. Au cours de cette soirée, on a fait entendre Nuit et brouillard en demandant aux gens de téléphoner. On a passé cette chanson trois fois et le standard a été complètement bloqué. On s’est aperçu en 1963, en plein yéyé, que cette chanson avait une audience. Mais elle avait une audience parce qu’on avait pu la faire entendre... Je peux parler de Ferrat parce que ça peut être exemplaire et aider des tas de jeunes auteurs, compositeurs, interprètes.


Propos recueillis par Raoul Bellaïche

(paru dans JE CHANTE N° 6, 1991)

 

samedi 13 mars 2010

Gérard Meys, son ami et producteur

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interview 2003 (INÉDITE)

LIENS :


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FERRAT ET SES INTERPRETES

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TÉMOIGNAGES DE :


GÉRARD MEYS

FRANCESCA SOLLEVILLE

HENRI GOUGAUD

MICHEL VALETTE

BERNARD PIVOT

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EDDIE BARCLAY

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