Jean-Claude Pascal
« J’ai quitté le cinématographe pour faire des chansons. Et là, le même problème s’est reproduit : on attendait que je chante Cerisier rose et pommier blanc et moi, je préférais chanter des chansons plutôt pleines de poivre que de sucre d’orge et qui étaient celles de débutants comme Serge Gainsbourg ou Guy Béart.
Je n’ai pas choisi la facilité. On me l’avait relativement imposée. A l’époque où j’enregistrais beaucoup en France, si j’avais pu enregistrer ce que je voulais, il est bien évident que j’aurais enregistré des gens qui étaient inconnus en France. Je vous répète les noms de Gainsbourg et Béart, et de bien d’autres encore. Seulement, à l’époque, c’était des choses révolutionnaires et on ne pouvait y toucher. Les maisons de disques taxaient cela d’anti-commercial : on n’en vendra pas, donc on n’enregistre pas. Et on me faisait enregistrer à longueur de rubans, des « choseries » qui n’avaient qu’un intérêt extrêmement limité. La preuve, c’est qu’elles ont été oubliées.
Ce n’est pas moi qui parle. Heureusement, j’ai affaire à des auteurs qui manient la langue française beaucoup mieux que moi, en tout cas sur le plan de la chanson. J’ai eu la chance d’avoir affaire à des gens qui m’ont laissé carte blanche pour le choix de mes chansons. Je me suis précipité sur ce qui m’intéresse le plus dans les chansons : le texte et je suis tombé sur des textes qui m’ont beaucoup plu, sur lesquels on a mis des harmoniques qui me plaisaient également. Et ça a donné un disque qu’on a appelé « Je voyage ».
Quand je m’écoute, je me juge très mal. Quand on a fini un enregistrement, je trouve que ce n’est pas tout à fait ça, que là, je ne chante pas tout à fait juste, que ce n’est pas en mesure, que je ne dis pas le mot comme il faut... Si on écoutait que moi, je recommencerai éternellement les chansons...
Nous les amoureux, c’est un joyeux hasard. J’ai gagné ce prix de l’Eurovision sans faire exprès. Pourquoi moi ? Je n’en sais absolument rien. Il faut dire que la chanson était très belle et elle est bien tombée à ce moment-là.
Je n’ai jamais réussi en France à faire ce qu’on appelle un one-man-show. Une heure et demie, entracte et puis une heure et quart, tout seul avec son orchestre. Or, il se trouve que de Varsovie à Sofia, en passant par Vienne, Belgrade, Bucarest et Budapest, j’ai donné chaque année des récitals. Or, ce public ne parle pas forcément le français couramment. Pourtant, les salles étaient combles, les gens m’écoutaient poliment. Etait-ce moi qu’ils écoutaient ou la France ? Ou, comme disait quelqu’un qui a disparu il y a quelque temps : une certaine idée de la France ? »
Jean-Claude Pascal
Extrait de la Radioscopie de Jacques Chancel
France-Inter, 1973.
dimanche 10 janvier 2010
Une certaine idée de la France...
Paru en 1992,
dans le n° 8 (épuisé)