Jean-Claude Pascal
Nous, les amoureux de la bonne chanson française, avons appris la mort de Jean-Claude Pascal ce mardi 5 mai 1992 et nous sommes tristes. Curieux destin que celui de ce fils de famille qui fut comédien, chanteur, écrivain, très populaire dans les années 50 et qui est mort à soixante-quatre ans dans l’indifférence médiatique.
Ex-styliste chez Dior, c’est en dessinant les costumes de Don Juan pour Louis Jouvet que Jean-Claude Pascal décide de prendre des cours de comédie. Il débute au théâtre en 1949 aux côtés d’Edwige Feuillère (La Dame aux camélias) puis au cinéma en 1951 dans Le Rideau cramoisi d’Alexandre Astruc. Son physique de séducteur romantique (« Il était exceptionnellement beau », dira de lui Edwige Feuillère) le confine dans de rôles de jeunes premiers sans grande épaisseur et dans des films souvent médiocres : Un caprice de Caroline Chérie, avec Martine Carol, Le fils de Caroline Chérie, avec Brigitte Bardot, La Belle et l’Empereur, avec Romy Schneider, Angélique et le Sultan, avec Michèle Mercier... Des films qui ne laisseront pas une trace indélébile dans l’histoire du cinéma français mais qui lui apporteront une certaine popularité. Jean-Claude Pascal devient le french lover des années 50. Il reçoit des milliers de lettres d’amour.
C’est pourtant à cette époque qu’il délaisse le cinéma (« J’en avais marre de jouer les puceaux ridicules », sic) pour se lancer dans la chanson. A trente-trois ans, il donne son premier tour de chant à Bobino. Là encore, son physique et sa voix de crooner font mouche, et l’année suivante, en 1961, il triomphe au grand prix Eurovision avec Nous les amoureux (écrit par Maurice Vidalin et Jacques Datin). Mais ce titre sera son seul grand succès. Il continuera d’enregistrer des disques jusqu’aux années 70 puis reviendra au théâtre et jouera dans des séries télévisées attendant désespérément que le cinéma l’appelle. Ces dernières années, Jean-Claude Pascal s’était consacré à l’écriture, essentiellement des romans historiques, puis ses Mémoires qu’il publia en 1986 sous le titre Le Beau masque.
Quel souvenir garderons-nous de Jean-Claude Pascal chanteur ?
D’abord, la voix. Belle, chaude, caressante. Raclant volontiers dans les graves. Ensuite, un répertoire qui est loin d’être déshonorant. Car là aussi, sa notoriété de french lover aurait pu le faire sombrer dans la facilité des chansons « guimauves » qu’on ne manquera pas de lui proposer. Or, Jean-Claude Pascal, préféra hanter les cabarets à la recherche d’auteurs-compositeurs. Ainsi, un soir, il franchit la porte du Milord l’Arsouille, le cabaret de Francis Claude, et découvre là un garçon blême, pétri d’angoisse, qui chante l’alcool et les femmes fatales. C’est ainsi que Jean-Claude Pascal fut un des premiers interprètes de Serge Gainsbourg (Douze belles dans la peau, Le poinçonneur des Lilas, La recette de l’amour fou...). Puis il interpréta les chansons de Bécaud avant que celui-ci ne les chante lui même (Bécaud le surnomma affectueusement « mon frère jumeau » : ils sont nés tous les deux le 24 octobre 1927 à la même heure).
Par la suite, et toujours accompagné par l’orchestre de Léo Chauliac (qui fut le pianiste de Trenet), Jean-Claude Pascal interprétera quelques unes des plus belles chansons (parfois méconnues) des auteurs les plus talentueux des années 60 : Aznavour, Béart, Bernard Dimey, Guy Bontempelli, Barbara, Jacques Brel, Pierre Louki, Maurice Vidalin..., avec une prédilection pour les textes traitant du temps qui passe et des amours perdues (40 ans, Ma jeunesse fout le camp, Quel joli temps, L’amour c’est comme un jour, En relisant ta lettre, Je n’aurais pas le temps, Le vent et la jeunesse, Dans le miroir...) Parmi ses plus belles réussites, il faut noter la magistrale interprétation qu’il fit de Soirées de prince (du « sur mesure » pour ce fils de grand couturier) que composèrent Pierre Delanoë et Guy Magenta. A mon sens, une des plus belles chansons du répertoire français de ces trente dernières années.
Malheureusement, les radios ne retiendront de lui que Nous les amoureux (qui, dans le genre, n’en demeure pas moins une chanson fort réussie). Comme au cinéma, Jean-Claude Pascal a peut-être, là aussi, été en quelque sorte victime de sa belle gueule et de sa voix de crooner mondain. Et de ce fait, il ne pouvait pas se permettre, à la différence d’un Reggiani ou d’un Aznavour, de chanter le mal de vivre ou les amours malheureuses. S’il n’a jamais vraiment réussi à s’imposer à long terme dans une carrière de chanteur, il a quand même enregistré plusieurs disques qu’il n’est pas déshonorant de posséder et d’écouter. Amateurs de vinyle et de bonne chanson française, vous trouverez aisément les 45 tours et quelques 25 centimètres de Jean-Claude Pascal de la période Pathé Marconi dans les diverses Conventions et chez les disquaires d’occasions. Sinon, il existe dans le commerce un disque compact de la collection « La chance aux chansons » qui rassemble les plus grands titres (dont ceux cités précédemment). Jean-Claude Pascal : un interprète à (re)découvrir.
Ivan Perey
dimanche 10 janvier 2010
Jean-Claude Pascal, un interprète à (re)découvrir
Paru en 1992,
dans le n° 8 (épuisé)