Jean-Claude Pascal
Il est venu trop tard, ou trop tôt. Il était trop fin et trop vrai pour ce monde fruste et feint, trop artiste et artisan pour ce monde artificiel et industriel, trop intime pour ce monde qui n'est plus qu'extériorité. Trop « classique » aussi, trop détaché de ce monde narcissique, épris de sa modernité et qui préfère ceux qui le détestent à ceux qui l'ignorent royalement, la haine-passion au souverain mépris de l'indifférence : le dénigrer désespérément, n'est-ce pas avouer qu'on ne conçoit pas un monde meilleur et reconnaître en lui, sinon le meilleur des mondes, du moins le seul monde possible ? Est-ce un hasard si les seuls authentiques artistes que la « société de consommation » ait supportés dans ses flancs étaient aussi critiques à son égard que désespérés ? Et si la relève, dans la chanson authentique, est problématique, n'est-ce pas la conséquence logique de ce désespoir, qui insulte son avenir ? Mais l'avenir fera à cet interprète de valeur la place de choix qu'il mérite, quand au culte inculte du présent succédera, inévitablement, la culture vivante de l'éternel.
Adieu, Jean-Claude, et continue à chanter si bien !
René Bellaïche
dimanche 10 janvier 2010
Adieu Jean-Claude Pascal...
Paru en 1992,
dans le n° 8 (épuisé)