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      <title>Claude Vinci : Quarante ans de chansons 1963-2003 (2 CD)</title>
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      <pubDate>Wed, 30 Dec 2009 13:26:51 +0100</pubDate>
      <description>« Comme c’est réconfortant de découvrir qu’un jeune comme Claude Vinci ait choisi d’enregistrer les merveilleux poèmes de Paul Éluard… Il les chante très joliment, très simplement, très honnêtement. Oui ! c’est bien réconfortant. »&lt;br/&gt;Excusez du peu, ces quelques lignes sont signées Yves Montand. Ils se sont connus en 1953 (« Quand j’eus vingt-cinq ans / Un nommé Montand / Me poussa vers la romance… », écrira Claude plus tard dans la chanson La grande Patience) et dix ans plus tard, ils se trouvent dans la même maison de disques, Philips. Montand préface donc le premier 30 cm de son « collègue » et ami Claude Vinci. En 1967, il enregistrera lui-même deux poèmes d’Éluard mis en musique par M. Philippe-Gérard (Je t’aime et L’amoureuse).&lt;br/&gt;Orchestré par François Rauber, réalisé par Claude Dejacques, « Claude Vinci chante Paul Éluard » fait connaître ce jeune interprète né en 1932 qui a longtemps hésité entre la scène et le… football ! On y trouve Liberté, bien sûr, écrit pendant la guerre et diffusé clandestinement, le poème le plus connu de Paul Éluard (« Sur mes cahiers d’écolier…  »), et treize autres devenus chansons sous les doigts mélodieux d’Yvonne Schmitt, M. Philippe-Gérard, Éliane Lubin, Joël Holmès, Jean Wiener, Lucien Merer et Hélène Martin…&lt;br/&gt;« J’y tenais beaucoup, à ce travail sur Paul Éluard, raconte Claude Vinci. En novembre 1943, j’ai surpris mon père, qui était un des responsables des FTP (Francs-Tireurs et Partisans) dans le centre de la France, en train d’enterrer dans le jardin une boîte en fer… Dès qu’il eut le dos tourné, je me suis précipité pour aller déterrer cette boîte et voir ce qu’elle renfermait… Elle contenait des papiers, des billets de banque, des pièces et au fond, il y avait toute une série de textes ronéotypés dont celui de Liberté… Pour moi, qui avais onze ans, ce n’était pas un poème mais une simple récitation… Et je me suis dit : mais il est complètement dingue, mon père, pourquoi enterre-t-il des récitations ?… Et à la Libération, quand Liberté d’Éluard a été également ”libéré”, ça m’a fait un drôle d’effet… Liberté est la toute première chanson que j’ai enregistrée. Elle n’a jamais cessé de faire partie de mes tours de chant. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Claude Dejacques&lt;br/&gt;Cet album sort en mai 1963, en pleine vogue yéyé. Chez Philips, où l’on privilégie désormais la « nouvelle vague », la chanson à texte, poétique ou engagée, est néanmoins défendue par des directeurs artistiques comme Claude Dejacques à qui l’on doit notamment les premiers disques de Jean Arnulf, Jacques Debronckart, Luc Romann, Michel Legrand, Barbara, Éva, ainsi que de nombreux enregistrements d’Anne Sylvestre, Boby Lapointe, Ricet-Barrier… Réaction au yéyé envahissant, au début des années 60, la poésie mise en musique connaît ses grandes heures… et des ventes conséquentes. Brassens consacre un disque à Paul Fort, les Frères Jacques à Prévert, Léo Ferré met en musique les poèmes d’Aragon, Jean Ferrat commence à faire de même de son côté… Chez Philips, on crée une collection d’albums intitulée « Rencontre » où un auteur « rencontre » un interprète. Paradoxe ? « Des situations contradictoires, il y en a toujours, et heureusement, d’ailleurs, parce que c’est avec des contradictions que l’on fait avancer les choses… »&lt;br/&gt;L’année suivante, sa « frangine » Anne Sylvestre donne à Claude quelques chansons. Il en choisit quatre, dont Les amours de l’été, qu’il enregistre avant elle, sur un super 45 tours. Préface d’Anne Sylvestre : « Claude Vinci dit quelquefois, comme en s’excusant : &amp;quot; Je suis un interprète&amp;quot;. Mais l’interprète n’est-il pas celui que l’on charge de traduire, sans le trahir, un texte, de le faire sien pour le rendre ensuite plus compréhensible aux autres, de l’aimer pour le rendre aimable ? S’il en est ainsi, j’ai beaucoup de chance que Claude soit devenu mon interprète — et même le premier — et ces quatre chansons, je les lui ai confiées avec une grande tranquillité de cœur, le sachant incapable de trahir, capable d’aimer. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;20 ans déjà…&lt;br/&gt;1964. Alors que l’on célébre le vingtième anniversaire de la fin de la guerre, Brassens provoque une tempête médiatique avec deux chansons de son nouveau disque (La tondue et Les deux oncles) qui jettent un froid… Jean Ferrat vient de triompher avec Nuit et brouillard, bouleversante chanson qui rappelle avec force et pudeur la barbarie nazie. Cela n’empêchera pas Barbara de concrétiser la réconciliation franco-allemande à sa façon, c’est-à-dire avec une magnifique chanson, Göttingen. « Barbara m’a fait cadeau de Göttingen qu’elle venait d’écrire. J’ai été le premier à la chanter sur scène, mais je ne l’ai pas enregistrée parce que je venais de quitter Philips. »&lt;br/&gt;C’est dans ce contexte que paraît en juin 1964, dans la collection « Airs de France », le troisième disque de Claude Vinci, l’album « Vingt ans déjà… » sur lequel il reprend Nuit et brouillard et aussi L’Affiche rouge où, avec l’autorisation d’Aragon, il remplace « onze ans déjà, que cela passe vite onze ans » par « vingt ans déjà… ». Claude reprend aussi des classiques comme Le chant des partisans et Le chant des marais, un titre de circonstance écrit par Pierre Louki (Ça fera vingt ans), une chanson de Jean-Claude Massoulier et Philippe-Gérard, déjà enregistrée par Francesca Solleville (Un accordéon pour Paris), un titre créé par Yves Montand en 1952 (Rendez-vous avec la liberté), Vous reviendrez, une chanson de Jean-Guy Modin et Jean Naty, et Ballade du bonheur difficile, de François Monod et Jean Naty. Dans le contexte musical de l’époque, ce disque se vendra tout de même à plus de 80 000 exemplaires. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Chansons pour vivre&lt;br/&gt;Après un second super 45 tours extrait du 30 cm, Claude Vinci quitte Philips et signe, le temps d’un album, avec Le Chant du Monde. Dans la continuité de « 20 ans déjà… », « Chansons pour vivre », qui paraît au printemps 66, est un florilège de la chanson « engagée » du moment (Aragon, Ferrat, Vian, Lafforgue, Fanon, Holmès…) et remet au goût du jour deux « vieilles » chansons comme Giroflé-Girofla et La Butte rouge. Arrangé par Michel Villard, chef d’orchestre renommé dans ces années-là (il accompagne au piano Jean Ferrat sur scène), ce disque est aussi un disque de musiciens… et pas n’importe lesquels. Scoop ! Devinez qui souffle dans le saxophone sur Près d’Amoucha et sur Le déserteur ? Stan Getz soi-même ! Et à la trompette (Le déserteur), qui trouve-t-on ? Roy Ellridge. Et au piano ? Georges Arvanitas... Cet album est aussi important par l’une des chansons qu’il renferme, Près d’Amoucha. Écrite par Georges Leprince, un instituteur de Chartres qui l’adresse spontanément à Claude, et mise en musique par M. Philippe-Gérard, ce « reportage » sur un petit village de Kabylie est une des très rares chansons de l’époque à évoquer la guerre d’Algérie et explicitement la torture (il est en effet question de « crocodiles » et de « baignoires »…).&lt;br/&gt;L’année suivante, Claude Vinci signe chez CBS, sous la direction  artistique de Françoise Lo (Sophie Makhno) et de Claude Dejacques devenu indépendant. L’album qui voit le jour au printemps 1967 porte un double titre qui annonce la couleur : « Demain – Octobre ». Avant son auteur, Vinci enregistre cette très belle chanson de Jean Dréjac et M. Philippe-Gérard, Octobre, écrite pour le cinquantième anniversaire de la Révolution russe. De ce même disque, ce double CD réédite aussi Le dernier poème, un texte de Robert Desnos mis en musique par Yvonne Schmitt. Pudique, Claude a placé en dernier sa première chanson, Ma route, mise en musique par Serge Franklin. À la fin de l’année 1967, il se produit cinq semaines au Théâtre Récamier, accompagné par le trio de Lucien Merer (piano-basse-batterie). Composé d’une trentaine de titres, son tour de chant s’intitule « Chansons de ”L’Air du Temps” ». Puis il entame une tournée en France et à l’étranger.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Hasta siempre !&lt;br/&gt;Claude ne restera pas longtemps chez CBS, il signe bientôt chez Festival où il retrouve son ami Claude Dejacques. À la fin de l’année 1969 sortent deux albums intitulés « Chansons de la grande patience », référence à la série « La Grande Patience » de Bernard Clavel, qui signe la préface du double album de Claude : « J’ai découvert Claude Vinci avec son premier disque et j’ai tout de suite senti qu’il appartenait à cette catégorie d’hommes que j’aime parce qu’ils avancent dans la vie, avec la certitude que si rien n’est facile, tout doit cependant être tenté. »&lt;br/&gt;Sur les vingt titres, Claude a signé une bonne partie des textes que Jean-Claude Petit, arrangeur du disque avec Bernard Gérard, a mis en musique : La grande patience, Amour d’automne, L’ouvrier licencié, Le raté, Mon enfance m’a quitté, L’enragé, Pour, Provence, Autoportrait (musique de Joël Holmès pour ces deux derniers titres). Beaucoup de chansons portant la marque de Mai 68, encore tout frais dans les esprits. L’assassinat de Che Guevara, aussi. Claude Vinci, qui fut l’un des invités du festival « Cancion de protesta » à Cuba, en juillet et août 1967, lui rend hommage avec l’adaptation de Hasta siempre, de Carlos Puebla (Pour toujours). La guerre du Vietnam qui s’éternise lui donne envie de reprendre la belle et forte chanson de Martine Merri et Jean Arnulf, Chante une femme.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1700 représentations !&lt;br/&gt;Festival dépose le bilan. Claude Vinci doit une nouvelle fois changer de maison de disques. Il signe chez BAM, la Boîte à Musique, petit label de grand renom chez les amateurs de chanson à texte. Deux albums voient le jour, « Je revendique » en 1971, et « Faire le point », l’année suivante. Outre de nouvelles versions des poèmes d’Éluard, la plupart des chansons sont signées Claude Vinci et Jean-Claude Petit. Le souvenir de la guerre est présent avec J’ai vu Verdun, Était-ce à la fin août ? ou Celle que je n’aurai pas voulu faire. L’esprit contestataire se manifeste avec La cadence ou Moi, je revendique, titre dans lequel Claude précise sa pensée : « Plutôt que de contester / Je préfère revendiquer / Car la revendication / Comporte la contestation… »&lt;br/&gt;Présenté pour cinq semaines en décembre 1972 au Théâtre du Ranelagh, le nouveau récital de Claude Vinci va devenir un énorme succès pendant plus de dix ans sur les scènes de France et de l’étranger. « Chansons pour faire le point » ou « De l’horizon d’un homme à l’horizon de tous » connaîtra ainsi 1700 représentations avant de s’arrêter en juin 1983. À Rome, en 1980, Claude a fait la connaissance de Monica Vitti pour laquelle il écrira un film, La chanson d’Orlanda, qui, malheureusement ne verra pas le jour. Avant de s’éloigner provisoirement de la chanson, il adapte deux textes du poète grec Yannis Markopoulos enregistrés sur un 45 tours en 1982.&lt;br/&gt;Parmi les regrets de Claude, il y a aussi cette « cantate », écrite avec Jean-Claude Petit, enregistrée en 1978, et que la maison de disques, Pathé Marconi, refuse de publier. Mais vingt ans plus tard, un « petit » label, Louna Productions éditera « Mon pays, toujours. De désespoir en espérance », œuvre à part baignant dans une atmosphère de musique contemporaine et de free-jazz, où, dans une langue simple mais belle (Aragon parle à ce propos de « diamants »), Claude fait, ni plus ni moins une déclaration d’amour à… la France !&lt;br/&gt;En 1993, Claude publie son premier CD, « Racines », treize chansons dont il est la plupart du temps l’auteur (Basta Paris, Chronique provençale, Anarchie historique). Ce « retour » l’incite à remonter sur la scène, en France et dans les centres culturels français à l’étranger où il est un peu considéré comme l’un des « ambassadeurs » de la Chanson française à texte.&lt;br/&gt;Ces dernières années, Claude s’est replongé dans ses souvenirs, publiant deux récits (*), l’un consacré au maquis (La trop courte vie d’Adrien), l’autre à la guerre d’Algérie (Les Portes de Fer)… En 2003, pour « faire le point » sur ses 40 ans de carrière, il s’attèle à une sélection de ses chansons, rééditées pour la première fois depuis leur sortie !&lt;br/&gt;Aux yeux de Luc Bérimont, Claude Vinci « ajoute un charme d’ombre aux textes les plus ensoleillés, il éclaire aussi les plus sombres. (…) Je ne pense pas que, depuis Yves Montand, il y ait eu “nature“ plus authentique parmi les interprètes soucieux de qualité. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;Revue Je chante !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;• &lt;a href=&quot;http://www.letempsdescerises.net/&quot;&gt;Éditions Le Temps des Cerises.&lt;/a&gt;</description>
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      <title>Entretien avec Claude Vinci</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Claude_Vinci/Blog/Entrees/2009/12/30_Entretien_avec_Claude_Vinci.html</link>
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      <pubDate>Wed, 30 Dec 2009 12:51:05 +0100</pubDate>
      <description>Dix ans après son dernier tour de chant, Claude Vinci remonte sur scène. En même temps que paraît un nouvel album arrangé par Robert Suhas : « Racines », son premier compact.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    JE CHANTE ! - Alors, Claude Vinci, le retour ?&lt;br/&gt;    CLAUDE VINCI.- Pas vraiment. Mais depuis mon dernier tour de chant, il y a dix ans, j’ai travaillé sur un film dont la colonne vertébrale était une chanson, Mes racines. Le film s’appelle La chanson d’Orlanda, en référence à la Chanson de Roland et à Orlando furioso, puisque c’est une histoire franco-italienne. Ecrit avec et pour Monica Vitti, ce film s’est cassé la gueule en 1987 et on n’a toujours pas réussi à le monter. Il coûte cher (le budget tourne autour de 25 millions de francs). En ce moment, le projet est entre les mains du producteur Marin Karmitz. Mais que ce film se fasse ou non, j’avais l’intention de remonter un tour de chant — le virus de la chanson n’étant pas mort — et d’enregistrer un disque. Alors, je tiens parole ! Pour le film, on verra bien... &lt;br/&gt;    Mais j’en ai écrit l’adaptation littéraire — un « scénaroman » — qui portera le même titre que le film. La Chanson d'Orlanda devrait sortir à l'automne, après le disque EPM, malheureusement, mais avant, ou en même temps, que le début du nouveau tour de chant. Ce qui prouve bien qu’il y a un lien entre ce film et la chanson. De toutes façons, ça n’aura pas été dix ans de perdus.  Avec Monica Vitti, avec Henri Alekan, directeur de la photo, avec Pierre Braunberger, qui devait le produire, j’ai appris beaucoup de choses du cinéma, auquel je ne connaissais rien. Donc, on réattaque la chanson !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment t'es venue l'idée de faire un film ?&lt;br/&gt;    A partir d’une de mes chansons, Mes racines, j’avais écrit une petite nouvelle d’une vingtaine de pages et je me suis rendu compte qu'il y avait là matière à un film : une histoire contemporaine avec des flashes-back, les racines, individuelles et collectives, au niveau français et au niveau italien, les comparaisons entre ces deux pays qui sont cousins « latins » mais qui ont pas mal de différences. C’est aussi l’histoire d’un couple franco-italien qui retrouve les mêmes complémentarités et les mêmes différences qu’il faut préserver aussi bien au niveau des cultures qu’au niveau de la vie d’un couple. Voilà grosso modo le sujet du film.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    En attendant, tu enregistres un nouveau disque, ton premier CD. Que va-t-on y trouver ?&lt;br/&gt;    Je reprends Mes racines et Etait-ce à la fin août ?, deux chansons qui se trouvaient sur mon dernier album, « Faire le point », paru il y a plus de vingt ans, et qui se retrouvent également dans le film et le livre. Etait-ce à la fin août ?, une reprise, c’est le départ du père à la guerre de 39 : « Etait-ce à la fin août ou bien début septembre / Je ne sais plus très bien pourtant je me souviens... ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    On trouve aussi des chansons qui ne sont pas de toi.&lt;br/&gt;    J’adore Vasca. On est frères, comme je suis frère d’Anne Sylvestre. C’est pourquoi j’ai repris Matinale, une très grande chanson de Jean, et Ecrire pour ne pas mourir d’Anne. Avec elle, j’avais une revanche à prendre ! C’est une chanson « énorme ». A tous points de vue : les idées, le style, les images, qui sont  magnifiques... Toutes les autres sont nouvelles. De Michel Arbatz, je chante Berlin, mon amour, une chanson qui a pour contexte la chute du Mur de Berlin, événement important, et traité d’une manière assez originale. Le rat est de Jean Perrin, quelqu’un que j’ai connu au service militaire, il y a quarante ans, en 1953 ! Il écrivait des chansons et au début, on a chanté un peu ensemble, il m’accompagnait à la guitare. C’est l’histoire d’un repas de famille où l’on attrape un rat dont on ne sait plus quoi faire. Alors, on l’ébouillante... Parmi toute la famille, seul un enfant trouve ça abominable. Tu vois toute la connotation qu’il peut y avoir derrière... Et il y a aussi un poème de Claude Roy, L’incertitude, pour lequel Jean-Claude Petit a fait une musique magnifique. Claude Roy a écrit ce très beau texte à la suite de son cancer guéri.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Les autres textes sont de toi.&lt;br/&gt;    Nous sommes si heureux, c’est une chanson d’amour avec des retours sur le passé et des projections vers l’avenir. Une chanson de bonheur mais un bonheur pas très gai. Avec une espèce de crainte, où on se pose ses questions... Chronique provençale est difficile à résumer. Ce sont des idées qui viennent comme ça, les unes après les autres. Ton manteau afghan traite du problème de la drogue, mais, là aussi, au second degré, avec les rapports parents-enfants devant cet énorme problème. Et s’il fallait est en prise directe avec Mes racines. En gros, je veux dire : et s’il était à refaire, je referais le même chemin. Anarchie historique est un constat sur la vie politique actuelle. C’est une chanson de lassitude, au niveau politique et au niveau personnel. On nous fout en l’air tous nos rêves, on les gâche. Quelle réponse apporter ? Dans cette chanson — où ce n’est pas forcément moi qui parle, des tas de gens peuvent se retrouver —, je retourne carrément à l’anarchie historique et aux utopies romantiques. Basta Paris est une chanson d’humeur que j’ai écrite il y a un peu plus d’un an, à une époque où j’en avais ras-le-bol de la vie à Paris. Je suis un provincial, un Berrichon, un campagnard, quoi ! J’ai fait ma « montée à Paris » en 1950. J’adore la campagne et il faudra qu’un jour, comme je le dis dans cette chanson, j'aille non pas « vivre à la campagne », mais « vivre la campagne ». Mais avec nos professions, c’est presque impossible.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Tu es accompagné par qui ?&lt;br/&gt;    Sur le disque, c'est une formation réduite : Patrice Caratini à la contrebasse, Robert Suhas aux claviers, Jackie Tricoire aux guitares, Philippe Nadal au violoncelle. Et aussi des percussions et des « soufflants » : saxophone, flûte... Il y a, bien sûr, une raison économique mais aussi le parti-pris d’aller à contre-courant de ce qui se fait. Il n’y a pas de « badaboum » et la voix est très en avant. Sur scène, je serai uniquement accompagné par un piano et une contrebasse. Je ne suis pas musicien, je fais confiance aux arrangeurs. Je donne quelques indications sur l’ambiance que j’aimerais trouver pour chaque chanson et l’arrangeur me fait des propositions. C’est lui qui a le dernier mot, qui prend la responsabilité de l’arrangement.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Les arrangements de ce disque sont de Robert Suhas, l’arrangeur attitré de Jean Vasca.&lt;br/&gt;    Oui, et on l’a enregistré dans son studio. Et alors qu’on n’a pas commencé une seule séance, j’ai à peu près toutes les orchestrations faites par ordinateur. Tous les instruments des maquettes vont être remplacés en séance d’enregistrement par des instruments acoustiques. Cela permet de répéter et d’arriver en séances de voix en connaissant les orchestrations. C’est la première fois que ça m’arrive. Jusqu’à présent, j’ai toujours découvert les orchestrations en arrivant en séance ! Et j’ai aussi connu la période où on enregistrait tout en direct : l'orchestre au complet et la voix. Il fallait tout faire en même temps. Découvrir l’arrangement et « se caler » dedans... Ça prenait un temps énorme !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    La sortie du disque sera suivie d'un tour de chant. &lt;br/&gt;    On voudrait que le disque sorte au moment de la Fête de l’Huma qui demeure tout de même un événement important...  Pour le tour de chant, on va commencer par une petite tournée des villes de banlieue. Pour la province, je reprendrai un peu mes anciens circuits. J’ai beaucoup travaillé avec les centres dramatiques nationaux, les anciennes maisons de la culture. Quant à Paris intra-muros, on verra plus tard, peut-être au printemps 94. D'ailleurs, pourquoi forcément commencer par Paris ? C’est un énorme défi de relancer un tour de chant après dix ans d’arrêt sans avoir été ce qu’on appelle une vedette ni même une semi-vedette ! Je pense aussi à l’étranger où quelques options ont été prises.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    A l’idée de remonter sur scène, tu as le trac ?&lt;br/&gt;    Bien sûr. C’est même plus que du trac : de l’angoisse ! J’ai beaucoup de mal à apprendre des chansons nouvelles. J’avais une mémoire très solide, j’ai rarement eu des trous dans un tour de chant, mais je me rends compte que la mémoire se barre, si elle n'est pas nourrie pendant dix ans... Comme un muscle qu’on ne travaille pas. Mais on va y arriver !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Des disques que tu as faits, auxquels tiens-tu le plus ?&lt;br/&gt;    En réalité, je ne suis vraiment content d’aucun ! Je ne m’aime pas beaucoup en disque. Par sentimentalité, et pour avoir travaillé avec François Rauber, un grand bonhomme, je tiens au tout premier, l’album sur Eluard.  Mais c’est bourré de défauts que je suis, peut-être, le seul à entendre !... Je suis tout de même assez comédien, et ceux que j’appelle les chanteurs-comédiens — ou comédiens-chanteurs — se sentent beaucoup plus à l’aise devant un public. Au contraire de certains chanteurs, Ferrat par exemple, je me sens plus un chanteur de scène. Mais faire un disque en public, ce n’est peut-être pas non plus la bonne solution.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Evoquons ta carrière. Comment es-tu venu à la chanson ?&lt;br/&gt;    Par le théâtre. Puis par l’intermédiaire de Montand que j’aimais beaucoup en tant qu’auditeur, et dont j'ai fait la connaissance. Et du théâtre, j’ai bifurqué vers la chanson, peut-être par esprit individualiste. J’ai fait tous les cabarets de la rive gauche : l’Ecluse, le Port du Salut, l’Echelle de Jacob, la Colombe, le Cheval d’Or, la Chanson Galande... Il y en avait tellement !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Avec quel répertoire ?&lt;br/&gt;    Au tout début, je n’écrivais pas mes chansons. D’ailleurs, jusqu’en 1967, avec Ma route, dont Serge Franklin avait fait la musique, je n’ai été qu’interprète. C'est que je trouvais tellement de belles chansons écrites par des copains ! J’ai beaucoup chanté Ferré, Aragon, Louki, Gainsbourg (Friedland, Maxim’s)...  J’ai chanté un peu Brassens (Les amours d’antan). Barbara m’a fait cadeau de Göttingen qu’elle venait d’écrire. J'ai été le premier à la chanter sur scène mais je ne l'ai pas enregistrée parce que je venais de quitter Philips. Et c'est ce gros travail sur Eluard qui m’a permis d’avoir un répertoire bien à moi. Puis, petit à petit, je me suis mis à oser chanter ce que j’écrivais (ce que je faisais depuis longtemps).&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Ton tout premier disque est un autoproduit. Chose rare à l'époque, en 1962 !&lt;br/&gt;    Avec Jean-Jacques Aslanian qui a créé le Théâtre de Plaisance, je commençais à travailler sur Eluard. On a enregistré nous-mêmes ce 45 tours. J’étais accompagné par ma pianiste de scène, Yvonne Schmitt. Au Théâtre de Plaisance, on avait monté un spectacle de poèmes, de chansons, de danses. Aragon en parle dans la préface qu’il m’avait faite en 1978. Je  crois que c’est à la Colombe que j’ai fait la connaissance de Claude Dejacques. Il est revenu m’écouter et m’a fait engager chez Philips. C’était fin 62, je crois. Je l’ai suivi partout. Après Philips, j’ai fait un album au Chant du Monde parce que Dejacques n’avait pas retrouvé de boîte. Mon passage chez CBS, c’était avec Françoise Lo, qui travaillait avec Claude. Et quand il s’est installé chez Festival, je l’ai suivi. On a fait deux albums. Mais Festival s’est cassé la figure et Dejacques s’est retrouvé sans boulot. D’où les deux disques BAM-AZ. Et je me suis retrouvé chez Pathé Marconi. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Tes enregistrements ne t’appartiennent pas ?&lt;br/&gt;    Non. Peut-être que Philips va ressortir l’album Eluard en 1995 pour le centenaire de sa naissance... Et s’ils ne le font pas, peut-être que je le referai. Je me casserai peut-être la gueule, qui sait ? Il faut être très modeste, très réaliste des difficultés actuelles. Ce redémarrage, c’est vraiment un grand défi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Qu’est-ce qui a changé dans ce métier ?&lt;br/&gt;    Je n’ai jamais eu de producteurs pour mes spectacles. Je me suis toujours occupé de tout. J’avais mes circuits. Il n’y a plus moyen de faire ça. Il n’y a plus un seul théâtre dans Paris qui engage directement un artiste. Alors que j’avais fait cinq semaines à Récamier, engagé directement par le théâtre. Pareil au Ranelagh. Ça ne se fait plus, ça. Aujourd’hui, je passe avec Roger Goupil et Frank Rossander, des gens du métier. Goupil est le producteur de Nilda Fernandez, de Véronique Gain. Rossander s’occupe de Cheb Khader, un de deux grands du raï. Ils ont des contacts partout. Moi, à quelques exceptions près — Planchon, Maréchal, Rossner —, je ne connais plus grand monde.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Que doivent faire les jeunes qui arrivent ?&lt;br/&gt;    Je ne sais vraiment pas. Nous, on avait tout de même, à notre disposition, tout un circuit : les cabarets rive gauche, le circuit associatif des maisons de jeunes qui n’existent quasiment plus, les foyers Léo-Lagrange, la Ligue de l’enseignement qui organisait des tournées entières à travers la France... Avec Anne Sylvestre, on a fait une tournée de l’UNEF : ça représentait facilement une cinquantaine de villes. En Suisse, toujours avec Anne, on avait une tournée uniquement dans le circuit des salles Migros. Migros, ce sont des grandes surfaces qui avaient l’obligation d’avoir des salles de spectacles. Ça représentait une vingtaine de salles pour toute la Suisse. Tout ça n’existe absolument plus.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment faire, justement ?&lt;br/&gt;    Quand on me présente de jeunes chanteurs, je ne sais absolument pas quoi leur dire. On n’arrive plus à savoir ce qu’il faudrait faire. En 1981, il y a eu cet essai des Centres régionaux qui n’ont pas été assez soutenus et qui se sont cassé la gueule assez rapidement. Parce qu’il n’y avait pas de véritable volonté politique. Jack Lang a préféré se retourner sur le rock. Je  ne suis pas anti-rock, bien que ce ne soit pas ma tasse de thé. Je considère que le rock, le rap, sont un fait de société plutôt qu’un événement artistique. Un fait de société, ce n’est pas inintéressant, non plus, mais il n’y a pas que ça. Sur dix ans, Lang a appuyé très fortement le rock en créant le C.I.R. (Centre d'Information du Rock et des Variétés), le F.A.I.R. (Fonds d'Action et d'Initiative Rock), et il a complètement abandonné la chanson. Des Brassens et des Brel, il en existe certainement plein en France. S’ils débutaient aujourd’hui, ils resteraient complètement dans l’obscurité la plus totale. J’en suis vraiment convaincu. Sur ce problème, je ne sais pas quoi dire, on est complètement démuni. Que faire ? Et c’est une question sans réponse.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Les médias font-ils leur travail ?&lt;br/&gt;    Non, bien évidemment et c'est la base du problème. On croyait beaucoup à l’ouverture des ondes par les radios FM... Quand on parcourt la bande FM, c’est abominable ce qu’on entend... Alors, il y aujourd’hui cette bagarre des quotas. La notion ne me plaisait pas beaucoup parce qu’imposer les choses, c’est toujours un peu emmerdant. Mais je crois qu’on en est arrivé à un point où il faut se bagarrer pour des quotas. Est-ce que cela sera suffisant ? Parce que tout dépend de ce que l’on y mettra. Il y a tout de même une partie de la chanson française qui ne va pas très loin et si l’on ne passe que cette chanson-là, on n’avancera pas beaucoup. Mais enfin, à l’heure actuelle, sans quotas, on n’arrivera pas à remonter le courant. C’est une condition nécessaire mais pas suffisante. &lt;br/&gt;    C’est comme la grande bagarre qu’on avait menée pour le « 1 % » pour la culture, il y a vingt ans. On y est arrivés, mais c’est l’utilisation de ce 1 %  qui pose problème. Il ne doit pas être utilisé n’importe comment. Donner un peu plus de fric aux grosses structures ne changera pas beaucoup les choses. L’argent doit servir à irriguer la vie culturelle, donc de la chanson aussi. Encore une fois, il y a des conditions nécessaires qui ne sont pas suffisantes. Mais je pense que c’est certainement nécessaire à l’heure actuelle. Parce qu’il y a des radios comme NRJ, Fun radio ou Skyrock qui se foutent complètement de notre gueule !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Visiblement, ces radios cherchent à abrutir leurs auditeurs.&lt;br/&gt;    Complètement, et puis, il ne faut pas oublier tout ce qu’il y a derrière, un mode de vie. La culture américaine, c’est tout de même quelque chose d’important ! Je ne suis pas du tout anti-américain, mais ce qu’on nous amène, c’est le frelaté. Comme on nous amène les McDonalds au niveau de la bouffe. C'est une culture américaine frelatée qu’on essaie de nous imposer, par tous ses biais, dans tous les secteurs : les séries américaines à la télévision. Et en même temps, on nous occulte certainement des choses importantes des Etats-Unis. Et d’autres pays aussi.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quand on voit l’Eurovision, c’est grotesque !&lt;br/&gt;    Je suis allé début avril à Abidjan où se tenait le MASA, le Marché des Arts du Spectacle Africain. On y présentait des spectacles des pays francophones d’Afrique. Au niveau de la danse et du théâtre, c’était très original, très culture africaine, chacun des pays ayant la sienne propre. Sur le plan musique, c’était abominable ! Copie conforme de l’anglo-saxon. On trouve même des groupes africains qui commencent à vouloir chanter en anglais pour pouvoir, soi-disant, s’exporter. C’est une erreur : ce n’est pas en chantant en anglais qu’ils vont s’exporter. Les Américains ou les Anglais le feront toujours mieux. Il y a des choses que je n’arrive pas à comprendre !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    La revendication de ses racines, de sa culture, peut être apparentée à un courant d’extrême-droite. Peut-être que beaucoup de gens ont peur d’être assimilés à un nationalisme pur et dur, ou de se laisser récupérer ? Il semble qu’il y ait un grand blocage dans la tête des gens.&lt;br/&gt;    C’est ce que j’allais dire. On se rassemble surtout autour d’une langue. Mais la langue n’est qu’une clé de communication. De là à tirer du nationalisme, c’est le gros danger, effectivement. Et dès qu’on évoque les quotas pour la chanson française à la radio et à la télévision, on risque de se faire traiter de lepéniste.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    On se retrouve coincé entre le marteau et l’enclume...&lt;br/&gt;    Oui. C’est très compliqué. Il y a un risque énorme. Mais notre culture est multiple aussi. Tu as une culture chtimi, une culture provençale qui ont des différences et des liens en même temps. Et ça n’a rien à avoir avec le nationalisme à la Le Pen, bien sûr. C’est peut-être là où se trouve la difficulté de revendiquer la chanson française. Ça fait cocardier.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Que va faire le nouveau ministre de la Culture ?&lt;br/&gt;    A priori, il serait censé faire quelque chose puisque son ministère, c’est la Culture et la Francophonie. C’est la première fois que ces deux notions sont regroupées. Je ne sais pas. On va voir. Pourquoi pas ? On connaît mes opinions qui ne sont pas celles de Jacques Toubon, et je n’ai pas à les cacher, mais on a tellement été échaudés depuis 1981... Je fais partie de ces gens qui ont beaucoup cru en 81 à deux mots d’ordre : changer la vie et la rupture avec le capitalisme. Changer la vie : pour moi, c’est un mot d’ordre tellement formidable que je suis entré là-dedans tête baissée. Changer la vie : putain de merde, oui ! Et sur un plan beaucoup plus politique et économique, la rupture avec le capitalisme : je ne pense absolument pas que la chute du socialisme tel que pratiqué dans les pays qui s’appelaient socialistes soit la victoire du capitalisme et de l’économie de marché.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Dans l’immédiat, oui. Comme une revanche.&lt;br/&gt;    Oui mais on se rend compte aujourd'hui que ce socialisme était un faux socialisme — ce n’est pas du tout ce que je vois, moi, par socialisme ou communisme. Cette chute était inéluctable parce que ce qui s'y passait était monstrueux. Mais ce n’est pas pour autant la victoire de l’économie de marché : elle se casse aussi la gueule. Que voit-on un peu partout ? Des millions et des millions de chômeurs. Je pense au problème Nord-Sud dont la base est tout de même l’économie de marché.  Je connais assez bien l'Afrique, et je dis qu'au nom de l’Europe Communautaire et de l’économie de marché, on est train de piller ce continent. Là aussi, il y a des solutions à trouver. Il y a quelque chose à inventer. Il n’y a pas de raison que l’on n’y arrive pas. De plus en plus, le travail de l’homme, même au niveau des cadres supérieurs, va être remplacé par la machine. Le revenu d’un individu ne pouvant plus avoir comme base le travail, il faudra donc trouver autre chose.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;     Une sorte de RMI mondial ?&lt;br/&gt;    Je ne sais pas. Il y a certaines théories qui me séduisent assez. Encore faut-il trouver le moyen de les mettre en pratique. C’est ce qu’on appelle la société distributrice. Les revenus auront comme base, non plus le travail, mais les besoins. Les besoins collectifs, au niveau des sociétés, et les besoins individuels. Je crois qu’on y va et c’est là où on rejoint un peu ce fameux slogan de la société communiste qui n’a jamais existé nulle part encore : « De chacun selon ses possibilités, et à chacun selon ses besoins ». Tout ça se croise et rejoint ce slogan de 1981 : changer la vie. Il faudra bien qu’on arrive à trouver quelque chose. De plus en plus, il va y avoir des chômeurs, c’est inévitable. Alors, que faire, là aussi ? Le « que faire ? » sans réponse que je posais pour la chanson, je crois qu’on le trouve aussi dans la vie sociale en général. Que faire ? Le partage du travail, le partage des revenus, ce n’est qu’un faux-fuyant, un pis-aller. Ce n’est pas s’attaquer à la racine profonde du problème.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Y’a-t-il assez de richesses pour donner ce minimum à six, sept milliards d’humains ?&lt;br/&gt;    Il y a certainement assez de richesses. Il y a là des idées de Mai 68 qui reviennent à la surface. La critique de la société de consommation, par exemple. Est-ce qu’on a vraiment besoin de produire tout ce qui est produit et qui, de plus en plus, demeure plus ou moins invendu ? Pour prendre des exemples très terre à terre : quand on voit les camions entiers de pommes de terre et de fruits qu’on fout en l’air parce qu’on a surproduit par rapport à une consommation donnée. On fout en l’air de la nourriture dans des pays sur-développés alors qu’on crève de faim à trois mille kilomètres. Il y a là quelque chose qui marche complètement sur la tête. Je sais que c’est facile d’avancer tout ça et peut-être que tout le monde est d’accord sur ce constat. Faut-il encore trouver des solutions. C’est vrai que ce n’est pas facile, les gens sont dépassés par tout ça, mais je pense que la politique Nord-Sud est la base de ce problème.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Maintenant, il y a l’axe Est-Ouest qui s’ajoute.&lt;br/&gt;    Oui et ça complique encore les choses. Mais il fallait de toutes façons que les politiques menées à l’Est voient leur fin à un moment donné. C’était intolérable. C’est vrai qu’il n’y avait pas de chômage dans les pays dits socialistes, mais à quel prix ? L’Etat policier, le manque de liberté, le manque de démocratie... Ils avaient de quoi bouffer et des garanties sociales de la naissance à la mort. Mais, encore une fois, à quel prix ? Ce n’est pas ça, non plus, la vie ? Ou tu fermes ta gueule et tu es garanti de vivre à peu près décemment de la naissance à la mort. Si tu fermes pas la gueule, c’est le goulag. Merde ! Ce n’était pas possible. Et puis, sur un plan artistique, on a vu les résultats. A part Jancso, cinéaste hongrois, Kadaré, écrivain albanais... On peut en citer quelques-uns mais pas beaucoup. J'ai bien connu ces pays puisque j’y ai beaucoup chanté. J’étais en tournée en Bulgarie et je suis allé au festival de Sopot, en Pologne, en 67, je crois. J’ai travaillé en Hongrie, en Bulgarie, en Tchécoslovaquie mais jamais en URSS parce qu’ils n’ont jamais voulu me payer autrement qu’en roubles ! J’ai toujours été assez intransigeant là-dessus. A Cuba, où j’ai fait une tournée d’un mois, on m’a payé en dollars.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Le mot de la fin ?&lt;br/&gt;    Il faut continuer. Ça n’est qu’un début, camarades, continuons le combat ! Et puis, c’est un re-début pour moi personnellement, un recommencement, et ça, ça m’emballe beaucoup, malgré l’angoise, le trac et tout. J’aime bien les défis, c’est vrai !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche &lt;br/&gt;à Paris, le 12 juin 1993.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;• Nouveau CD de Claude Vinci, « Racines », vient de paraître chez EPM.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;1700 représentations !&lt;br/&gt;J’ai toujours conçu mes tours de chant comme une espèce de petit scénario. Par rapport à une idée générale, ils ont toujours eu un thème. Mes disques aussi : « Vingt ans déjà », « Chansons pour vivre », « La grande patience », « Je revendique », « Faire le point »... Dans le récital « Chansons pour faire le point », il y avait ce sous-titre emprunté à Paul Eluard : « De l’horizon d’un homme à l’horizon de tous ». J’ai présenté ce spectacle près de 1700 fois en dix ans ! En France, Suisse, Belgique et dans des pays non-francophones : Allemagne, Pays-Bas, Italie. C’est à l’occasion de cette tournée que j’ai fait la connaissance de Monica Vitti.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Chansons grecques&lt;br/&gt;J’ai fait la connaissance de Yannis Markoupolos en Grèce, en 1979. C’est un grand compositeur, comme Yanis Spanos - lui a beaucoup vécu en France -, comme Mikis Théodorakis qu’on connaît bien. Markopoulos donnait un spectacle sur la colline en face du Parthénon. Il y a un immense théâtre en plein air, avec cinq à six mille personnes qui connaissaient toutes les chansons. Et j’ai eu envie d'en adapter. Chansons tristes, c’est un peu la traduction littérale de la chanson originale. Mais ça n’a plus du tout la même ambiance. Parce que la langue grecque est certainement la seule où les consonnes et les voyelles sont le mieux équilibrées. Tu m’aurais voulu, c’est une adaptation complètement libre qui n’a rien à voir avec l’original. Avec ce disque, je voulais démontrer que la chanson étrangère ne se réduisait pas à la chanson anglo-saxonne. Mais on n’en a pas vendu beaucoup ! 3000 peut-être... Claude Dejacques pensait que l’enregistrement de ce disque pouvait inciter Pathé Marconi à sortir la Cantate... Mais je ne suis pas un vendeur de 45 tours !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mon pays, toujours&lt;br/&gt;Mon pays, toujours est une fresque-cantate qui a nécessité quatre ans de travail. C'est un disque qui n’a jamais vu le jour parce que la maison de disques n'a pas voulu le sortir. Avec des prétextes un peu fallacieux, à mon avis. Par exemple, que ça n’avait aucune chance d’être programmé en radio parce que ça n’était pas découpé en chansons... Sur cet enregistrement, il y a une récitante, Danièle Lebrun, une comédienne formidable. Ses interventions sont magnifiques. Parce qu’il y avait des parties musicales qui s’apparentaient au free-jazz, à la musique contemporaine. Pour Pathé Marconi, ça s’éloignait un peu trop de la chanson... Au fond, je crois qu’ils n’avaient pas envie de le sortir. Donc, pas de Cantate... C’est pas facile à raconter : c'est une fresque un peu paysanne, avec des passages très directement politiques. Chez Pathé Marconi, on m’avait, notamment, fait remarquer ces deux vers qui disent : « Aujourd’hui le Dollar comme hier le S.S. / La même trahison et la même bassesse »... Ça les a fait frémir (rires). C'est vrai qu'il y avait des passages très crûment politiques, au premier degré. Je pourrais la reprendre, je suis libre de la réenregistrer.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Traduttore, tradittore&lt;br/&gt;Dans le film, Monica Vitti, qui tient le rôle d’Orlanda, veut essayer de traduire en italien la chanson Mes racines. Elle n’y parvient pas parce qu’il y a des choses intraduisibles. Ce qui me permet de dire qu’un film doublé perd cinquante pour cent de sa valeur, une chanson traduite également. Je trouve qu’il vaut mieux garder l'ambiance d'une chanson avec sa langue et en avoir la traduction écrite plutôt que de faire une adaptation qui, de toutes façons, trahit toujours. C’est peut-être moins grave pour la littérature ou la poésie parce qu’avec l’écrit, il peut y avoir des renvois. Alors que dans la chanson, il y a un impératif : il faut que ça colle à une musique. Bien souvent, on conserve des assonances pour garder à l’oreille la même sonorité que dans la langue originale, mais on fait des contresens aussi. Le plus gros exemple, à mon avis, c’est la chanson de Pete Seeger, If I had a hammer, traduite en français sous le titre Si j’avais un marteau. Dans la version française, on ne se rend même plus compte que c’est du marteau de la justice qu'il s’agit... Pour avoir voulu une traduction littérale, ça ne veut plus rien dire dans la version française. Dans les années 60, j’avais adapté une chanson de Carlos Puebla sur Che Guevara (Hasta Siempre) et chanté quatre adaptations de Simon et Garfunkel que m’avait faites Pierre Delanoë. Mais là aussi, ça n’a rien à voir avec les versions orginales. En 1981, en traduisant deux chansons grecques, j’ai voulu montrer que la chanson étrangère, ce n’était pas seulement la chanson américaine et qu’il y avait des tas de chansons dans le monde entier. Mais c’est une erreur de vouloir traduire !</description>
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