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    <title></title>
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    <description>&lt;br/&gt;</description>
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      <title>Paroles d’Anne</title>
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      <pubDate>Tue, 19 Jan 2010 00:58:56 +0100</pubDate>
      <description>J'aime les gens qui doutent&lt;br/&gt;Les gens qui trop écoutent&lt;br/&gt;Leur cœur se balancer...&lt;br/&gt;(Les gens qui doutent)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Quiconque se mettra entre&lt;br/&gt;Mon existence et mon ventre&lt;br/&gt;N'aura que mépris ou haine&lt;br/&gt;Me mettra au rang des chiennes&lt;br/&gt;C'est une bataille lasse&lt;br/&gt;Qui me laissera des traces&lt;br/&gt;Mais de traces je suis faite&lt;br/&gt;Et de coups et de defaites...&lt;br/&gt;(Non, tu n'as pas de nom)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais si c'est la faute à Ève&lt;br/&gt;Comme le bon Dieu l'a dit&lt;br/&gt;Moi je vais me mettre en grève&lt;br/&gt;J'irai pas au paradis&lt;br/&gt;Non mais qu'est-ce qu'il s'imagine&lt;br/&gt;J'irai en enfer tout droit&lt;br/&gt;Le bon Dieu est misogyne&lt;br/&gt;Mais le diable il ne l'est pas...&lt;br/&gt;(La faute à Ève)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Déjà tu ne comprends plus&lt;br/&gt;Tu as l'âge de la fuite&lt;br/&gt;Moi celui du déjà vu...&lt;br/&gt;(Ma chérie)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le malheur voyez-vous est une autre planète&lt;br/&gt;Et nous devrions bien la découvrir un jour...&lt;br/&gt;(Rose)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Mais ceux que l'amour délivre&lt;br/&gt;Préfèrent s'aimer vivants...&lt;br/&gt;(Lazare et Cécile)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Sans le chant des troubadours&lt;br/&gt;N'aurions point de cathédrales&lt;br/&gt;(Les cathédrales)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La terre colle à mes sabots&lt;br/&gt;Ne saurais m'en défaire...&lt;br/&gt;(Porteuse d'eau)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je n'veux pas de ponts je veux des rivières&lt;br/&gt;Je veux des torrents où tourbillonner&lt;br/&gt;Je veux cette vie je le veux entière&lt;br/&gt;Même si mon cœur y doit suffoquer...&lt;br/&gt;(Tiens-toi droit)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Si les bords de l'étang me semblent monotones&lt;br/&gt;J'irai jouer dedans...&lt;br/&gt;(Mon mari est parti)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;On mélange les accidents&lt;br/&gt;Les princesses et leurs prétendants&lt;br/&gt;On ne dit plus rien lorsque des enfants ont faim&lt;br/&gt;Mais on ouvre sa bourse pour sauver des chiens... (...)&lt;br/&gt;On ne pleure plus paraît-ol&lt;br/&gt;On rigole et c'est plus facile&lt;br/&gt;On n'écoute plus les poètes les errants&lt;br/&gt;On leut dit taisez-vous vous n'êtes pas marrants...&lt;br/&gt;(Un mur pour pleurer)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Vous m'avez aimée servante&lt;br/&gt;M'avez voulu ignorante&lt;br/&gt;Forte vous me combattiez&lt;br/&gt;Faible vous me méprisiez&lt;br/&gt;Vous m'avez aimée putain&lt;br/&gt;Et couverte de satin&lt;br/&gt;Vous m'avez faite statue&lt;br/&gt;Et toujours je me suis tue (...)&lt;br/&gt;J'étais le sol sous vos pas&lt;br/&gt;Et je ne le savais pas&lt;br/&gt;Mais un jour la terre s'ouvre&lt;br/&gt;Et le volcan n'en peut plus&lt;br/&gt;Le sol se rompant découvre&lt;br/&gt;Des richesses inconnues...&lt;br/&gt;(Une sorcière comme les autres)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Moi je n'ai rien d'une acrobate&lt;br/&gt;Je préfère le sentiment&lt;br/&gt;S'il faut aimer comme on se gratte&lt;br/&gt;Ça ne m'amuse pas vraiment...&lt;br/&gt;(Faites-moi plutôt la cour)</description>
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      <title>Me v’là !</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/19_Me_vla_%21.html</link>
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      <pubDate>Tue, 19 Jan 2010 00:58:48 +0100</pubDate>
      <description>&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;C’est avec ce disque que l’on a parlé du retour d’Anne Sylvestre. D’où la chanson Me v’là !, le premier titre de l’album qui annonce bien la couleur : &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« Pas beaucoup moins cruche qu’avant &lt;br/&gt;Mais pas fanfreluche pour autant&lt;br/&gt;À peine plus triste&lt;br/&gt;Mais pas plus artiste&lt;br/&gt;Un peu moins méchante&lt;br/&gt;Mais heureuse si je chante&lt;br/&gt;Ma v’là me v’là me v’là ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Sur cette chanson-manifeste, Anne règle ses comptes, &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« Pour avoir mon âme&lt;br/&gt;Et ma peau&lt;br/&gt;Fallait messieurs-dames&lt;br/&gt;Se lever tôt&lt;br/&gt;Oui, j’ai la peau dure... », &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;fait allusion au procès qui l’a opposé à ses précédents éditeurs :&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« À coups de juristes, de robins&lt;br/&gt;J’ai tracé ma piste&lt;br/&gt;Pas pour rien&lt;br/&gt;Et la moindre ligne qu’aujourd’hui je signe&lt;br/&gt;Faut me la traduire&lt;br/&gt;En six langues et même pire... »,&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;mais ne baisse pas les bras : &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« Tant que trois ou quatre&lt;br/&gt;Sans s’laisser abattre&lt;br/&gt;Me feront escorte&lt;br/&gt;Je ne prendrai pas la porte&lt;br/&gt;Me v’là me v’là me v’là ! ».</description>
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      <title>La ronde des prénoms</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/19_Les_prenoms.html</link>
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      <pubDate>Tue, 19 Jan 2010 00:51:53 +0100</pubDate>
      <description>Anne Sylvestre est sans doute la seule auteur-compositeur-interprète à avoir, à son répertoire, autant de chansons formées de prénoms : Maryvonne, Philomène, Jeannette, Grégoire ou Sébastien, Éléonore, Benoîte, Marie, Jérémie, Lazare et Cécile, Il s'appelait Richard, Le pauvre Pierre, Antoinette a peur du loup, Lettre anonyme à Jules, Abel, Caïn, mon fils, Des fleurs pour Gabrielle, Lisa la goélette, Lettre ouverte à Élise, Mariette et François, Clémence en vacances, Thérèse, Dis-moi Pauline, L'histoire de Jeanne-Marie, Marie géographie, Ronde Madeleine, La faute à Ève, La chanson de Bertille, Xavier, Rose, Gulliverte, Tango pour Luce, Roméo et Judith...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;« J’aime bien les prénoms... La première chose que j’ai envie de demander à quelqu’un que je rencontre, c’est : &amp;quot;Comment tu t’appelles ?&amp;quot; »</description>
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      <title>Entretien avec Anne Sylvestre (1999)</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/12_Entretien_avec_Anne_Sylvestre_%281999%29.html</link>
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      <pubDate>Tue, 12 Jan 2010 22:52:37 +0100</pubDate>
      <description>NOTES. L’atmosphère, disons, bucolique, qu’il y a dans vos premiers disques, est-ce que vous l'aviez déjà en vous ou est-ce que ça a été l’apport de l’arrangeur ?&lt;br/&gt;    ANNE SYLVESTRE. Au début, j’avais plusieurs arrangeurs, ensuite j’ai trouvé François Rauber, et parfois Alain Goraguer qui donnait une tonalité différente. Je pense que cette « atmosphère bucolique » était déjà un peu contenue dans mes chansons, mais ça venait sans doute du fait qu’avant, et pendant des années, j’ai beaucoup fréquenté la chanson traditionnelle. Ce qui fait que les bergerettes venaient très facilement sous ma plume. En fait, le côté bucolique de mes chansons ne provenait pas de l’histoire, mais de l’emballage. C’était une forme. Ces accompagnements très fleuris (bois, cordes, etc.) répondaient à une époque. Plus tard, on a appelé ça folk-song mais je n’ai même pas profité de cette vague folk !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    À l’époque du yéyé, vous vous êtes sentie, comme beaucoup d’autres, complètement balayée...&lt;br/&gt;    Oui, mais j’ai eu la chance de ne pas être complètement balayée, parce que, la saison précédant l’irruption de ce qu’on a appelé le yéyé, j’étais passée en début de programme trois semaines à Bobino et six semaines à l’Olympia. Avec une reconnaissance, une presse et du succès au point que Bruno Coquatrix m’avait dit : « Quand vous reviendrez, vous pourrez discuter votre cachet... » Mais quand je suis revenue voir Coquatrix, la saison d’après, il ne m’a pas reçue... Du jour au lendemain, moi et mes « semblables », on ne nous connaissait plus... Ceux de ma catégorie, qui passaient auparavant un petit peu à la radio, à la télé, tout d’un coup, plus rien, la rupture a été très nette. Alors que, en général, quand arrive une nouvelle mode, celle qui la précède continue à survivre. Là, ça a été radical, on n’a plus écouté et passé que ça : le yéyé. Voilà donc toute une génération de chanteurs qui a été obligée de rentrer brutalement dans une sorte de clandestinité, de maquis. Même les cabarets, c’était devenu dur. En gros, on n’existait plus. Beaucoup ont continué à vivre mais quelques uns ont été balayés méchamment, je pense à des gens comme Joël Holmès ou Roger Riffard, qui a fait du théâtre. Certains ont été obligés de changer leur fusil d’épaule. Mais on a travaillé quand même, il y avait heureusement les MJC, les tournées...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Cette période de maquis a duré jusqu’à quand ?&lt;br/&gt;    Ben, je me demande si elle ne dure pas encore un peu... ! (rires) En fait, je crois que c’est une habitude qui s’est prise, de la part des médias, d’ignorer les chanteurs de ma catégorie. L’habitude de privilégier la chanson de jeunes est restée. C’était tellement plus facile... Il y a même un moment où j’ai cru que je devais ou que j’allais arrêter. C’était en 1973, faute de combattants... Après la période Meys et avant mon « retour ». Je n’avais plus de maisons de disques, plus d’agent, je travaillais très peu, mon mari, qui m’accompagnait, aussi. C’était quand même la dèche... Mais j’ai écrit des chansons pendant cette période-là, et puis il y a eu cette superbe histoire du théâtre des Capucines, en 1973, où un Sicilien fou, Salvatore Picciotto, m’a convaincue de remonter sur scène. Il a loué le théâtre des Capucines pour y programmer de la chanson et m’a convaincue de présenter un récital. Je n’avais rien à perdre et ne pouvais d’ailleurs pas me permettre de perdre un sou. Mais il m’a rassurée : « Ça ne vous coûtera pas un centime, et si on gagne de l’argent, on partagera. » On n’a même pas signé de contrat, et il s’est décarcassé comme un diable. Le lendemain de la première, il m’a avoué qu’il ne m’avait jamais entendue chanter, il avait juste lu mes textes... Ce qui est quand même un belle preuve de courage, alors que tout le monde lui prédisait une catastrophe financière... Je m’étais dit : on va voir si le public vient, si la presse se déplace. On a rempli pendant un mois, la presse est venue, et on a même gagné des sous !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C’est cette tentative « de la dernière chance » qui vous a redonné l’envie de refaire des disques ?&lt;br/&gt;    Pas seulement l’envie, mais la possibilité. À partir de là, chose étrange et très peu courante, France Inter m’a demandé l’autorisation de diffuser une chanson de moi qui n’était pas encore enregistrée, Lettre ouverte à Élise. La Radio Suisse Romande m’avait, elle, demandé Un mur pour pleurer. Et là-dessus, j’ai eu des propositions d’Eddie Barclay. Il voulait me faire un contrat d’artiste mais, comme j’avais déjà été pas mal échaudée par deux procès successifs, j’ai rencontré un avocat qui m’a conseillé d’être ma propre productrice. Je savais que je vendrai bien mes Fabulettes — c’était un peu mon « fonds de commerce », ma sécurité —, mais les autres disques, je n’en étais pas sûre... J’ai donc été voir Eddie Barclay en lui proposant de signer un contrat de distribution. Je fabriquais donc les disques et Barclay se chargeait de les distribuer.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Le label Sylvestre est né à ce moment-là ?&lt;br/&gt;    Le petit sapin, c’est moi qui l’ai dessiné ! C’était quelque chose de très artisanal, tout tenait dans un sac en bandoulière.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Mais au niveau de l’enregistrement, c’était très « pro ».&lt;br/&gt;    Oui, bien sûr. Grâce au système des traites à 90 jours, je pouvais enregistrer et fabriquer les disques et donc livrer un « produit » fini. Je faisais faire mes pochettes en Italie, j’allais voir l’imprimeur, le presseur, etc. &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C’était nouveau pour vous ?&lt;br/&gt;    Complètement. Je me suis beaucoup amusée ! Et là, j’étais complètement libre de faire les disques que je voulais, quand je voulais et comme je le voulais. Pour les Fabulettes, je choisissais le dessinateur, on faisait des pochettes magnifiques qui, soit dit en passant, nous coûtaient très cher !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous avez continué à sortir des disques tous les deux-trois ans, avec de nouvelles grandes chansons comme Non, tu n’as pas de nom, Une sorcière comme les autres... Des chansons-manifestes, en quelque sorte.&lt;br/&gt;    Je pense que chez les femmes, chez les jeunes filles, il y avait un manque d’une image d’identification dans la chanson. Et là il y avait vraiment urgence et envie de la combler. J’avais plein de choses à dire là-dessus. En plus, il y avait une espèce de colère à voir que l’on parlait de nous sans savoir ce que c’était. J’avais l’impression que je connaissais le sujet de l’intérieur, quand  même !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    D’où une nouvelle étiquette : Anne Sylvestre féministe.&lt;br/&gt;    Oui, et celle-là, c’est la seule qui ne m’a jamais dérangée, parce que c’est vrai. Je n’aime pas beaucoup ces mots en « isme », mais il n’y en a pas d’autres ! Ces chansons, je les ai écrites à une époque où on s’est rendu compte qu’il y avait comme un faisceau d’écritures qui se retrouvaient. Je pense à des écrivains comme Marie Cardinal, Benoîte Groult, Annie Leclerc... Le mouvement des femmes se retrouvait dans les choses que l’on écrivait. Tout ça se rejoignait, on disait les mêmes choses. C’était une sorte d’imprégnation. Avec Une sorcière comme les autres, j’ai rendu compte d’une série de choses, d’idées, de pensées, de sentiments que les femmes mettaient au jour. À mes débuts, il y avait eu La femme du vent et Porteuse d’eau, mais c’était trop tôt pour dire « Faut parler plus fort »...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Des chansons de ce type — manifeste, éditorial — sont plutôt rares, même chez les femmes auteurs comme Barbara.&lt;br/&gt;    Barbara était moins embarquée dans ce courant, mais elle témoignait par son existence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment ces chansons ont-elles été accueillies ? Avez-vous acquis un nouveau public à ce moment-là ? &lt;br/&gt;    Je ne vais pas le nier, mais, à cette époque, dans les salles, il y avait une grosse majorité de femmes. Après, ça s’est équilibré. Peut-être parce que le côté feministe de l’époque faisait peur aux hommes, je suppose... Ça me fait penser à ce mot de Benoîte Groult : « Dans les soirées, je rencontre des messieurs qui me disent : je suis ravi de vous rencontrer, ma femme aime tellement vos livres... J’ai envie de leur dire : mais pourquoi pas vous ! » Quand un homme me dit : « Ma femme vous écoute beaucoup... », j’ai envie de lui répondre : « Mais écoutez-moi aussi ! » On s’est longtemps imaginé que ce que les femmes écrivaient était destiné aux femmes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Faisons un bond dans le temps. Douze après, à la suite du spectacle avec Pauline Julien (Gémeaux croisées), vous vous êtes lancée dans des spectacles qui n’étaient plus des tours de chants traditionnels : Calamity Jane, Lala et le cirque du vent, La Fontaine, Hôtel des Ephémères...&lt;br/&gt;    Oui, je pense que, à ce moment-là, il y a un barrage qui a craqué... À partir de Gémeaux croisées, j’ai découvert qu’on pouvait laisser la guitare dans un coin et chanter avec un micro HF, qu’on pouvait bouger et faire un peu autre chose... Disons que j’ai un peu découvert le théâtre et et ce qu’il y avait autour de la chanson. En fait, je bougeais de l’intérieur et là, je me suis mise à bouger vraiment et j’ai eu envie d’aller un peu au-delà.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quand vous vous êtes mise à chanter accompagnée par un pianiste, Philippe Davenet, ça a été ressenti comme un petit événement : Anne Sylvestre laisse tomber définitivement la guitare...&lt;br/&gt;    Ah ! J’en avais envie depuis longtemps ! Déjà, en 1985, à l’Eldorado, et l’année suivante à l’Olympia. J’en avais un peu marre de passer avec la même formule. Je ne me trouvais pas bonne guitariste — et j’avais raison —, il y avait des tas de gens qui jouaient très bien de la guitare, et je pense que j’avais envie de ne plus être vissée à ce « meuble », comme dit François Rauber. Ça a été une véritable libération. On me demande parfois si la guitare ne me manque pas : non ! Il me semble que je chante beaucoup plus et que je chante mieux depuis que je n’ai pas à me soucier de mes doigts. Et puis, je peux écrire les musiques que je veux. Avant, les musiques que j’écrivais, il fallait que je puisse aussi les jouer. A l’Eldorado et à l’Olympia, c’est la chanson Flou qui a été déterminante, parce que je tenais absolument à ne pas la jouer.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Depuis votre récent Olympia (mars 1998), on note aussi un nouvel aspect de ton tempérament : une Anne Sylvestre qui joue du registre comique et qui semble y prendre plaisir...&lt;br/&gt;    Les chansons comiques, il y en a toujours eu dans mon répertoire, mais, c’est vrai, peut-être que j’y vais fort, cette fois, je mets le paquet... Mais j’ai toujours eu des chansons qui faisaient rire : Les blondes, La faute à Eve, Petit bonhomme, La lettre à Elise, Les regrets d’une punaise... C'est vrai que la forme comique était moins appuyée, alors que là, c’est systématique et efficace ! Et j’aime ça. Même si, en me réécoutant, j’ai parfois l’impression que j’en fais beaucoup !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Au printemps dernier, vous avez fêté vos 40 ans de chanson. Dans quel état d’esprit ?&lt;br/&gt;    Il y a eu l’Olympia puis l’hommage organisé par le Centre de la Chanson au mois de juin, trois journées mémorables où j’ai fait le plein d’émotion... J’avais plus le trac que si c’était moi qui chantais. Annoncer quarante de chansons, ça peut être imprudent, puisque ça vous date tout de suite, mais moi, je n’ai jamais eu l’obsession de cacher mon âge. Je trouve ça assez chouette. Je savais que personne ne viendrait me dire : « Ça fait quarante ans que vous chantez, est-ce qu’on peut fêter ça ? » Alors, j’ai agité une banderolle en disant : « Ça fait quarante ans que je chante, on va fêter ça ! » Je suis allée voir Jean-Michel Boris, de l’Olympia. On a fait de l’affichage. Puis François Dacla, chez EPM, m’a dit : « D’accord pour l’intégrale. » On a donc mis tout en route et je trouve ça chouette parce que, quand même, bien que je n’aie pas inondé les ondes et les écrans, je suppose que ça a été assez visible pour que, depuis quelques mois déjà, je n’ai plus rencontré de gens qui me demandent si je chante encore... Je ne sais pas si on m’entend ou me voit davantage, mais les gens savent que je chante encore. Et je découvre plein de gens, partout, qui connaissent mes chansons. &lt;br/&gt;    Et il y aussi le phénomène des adultes « nourris » aux Fabulettes. Ils viennent me voir, ils montrent qu’ils sont là. Ils ont écouté les Fabulettes puis ont décroché vers l’âge de neuf-dix ans pour écouter autre chose. Comme je n’écris pas pour les adolescents, ils reviennent vers l’âge de quatorze-quinze ans au répertoire « adulte ». Pas tous, évidemment, mais beaucoup, quand même.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment vous est venue l’envie d’écrire pour les enfants ?&lt;br/&gt;    J’ai écrit les premières Fabulettes pour Alice quand elle était bébé. J’ai toujours été en compagnie d’enfants, ce sont des petits humains que j’ai l’impression de bien connaître, je sais leur parler, j’ai de la mémoire... Les Fabulettes, je les ai faites comme ça et au bout de quelques années, je me suis aperçu qu’on en voulait d’autres. Alors, j’ai continué. En plus de ça, comme je le disais tout à l’heure, c’est un peu mon « fonds de commerce ». C’est ce qui se vend, bon an mal an, de façon régulière, alors que mes autres disques font des montagnes russes... Le dernier, « Les Arbres verts », demarre bien.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment naissent les chansons chez vous ? Dans la tête, sur des carnets ?&lt;br/&gt;    Oui, au départ ce sont des petits bouts, des petites phrases. J’ai toujours un carnet en poche sur lequel je note, comme ça, deux mots, trois mots, trois vers, une idée... Et un jour, quand même, il faut réunir tout ça et se mettre au travail. C’est une période dure durant laquelle j’arrête tout et je ne fais plus que ça. Je compose beaucoup « dans la tête », puis je retrouve les mélodies à la guitare pour les montrer à François Rauber. Avant, j’en avais plein de textes d’avance. Plus maintenant.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    On note chez vous une grande fidélité à un orchestrateur et à un certain type d’orchestration. Pourquoi avoir été réfractaire aux musiques rock et assimilées dont vous avez été contemporaine ?&lt;br/&gt;    Ce ne sont pas mes musiques et je n’ai pas à me déguiser, je n’en ai pas envie. Il y a des choses que j’aime beaucoup, mais ça n’est pas moi. Moi, je n’écris dans ces musiques-là. Si j’essaie de suivre la mode, je serai démodée. J’ai ma musique à moi, je la fais, et il y a des gens qui l’écoutent et qui l’aiment. Si tout d’un coup, tout le monde me disait : « Tes musiques sont ringardes, on n’en veut plus ! », je ferai autre chose... En plus, avec François Rauber, on travaille ensemble, on évolue ensemble, et quand je suis bien avec quelqu’un, je continue. François Rauber s’inspire plus des textes que des mélodies pour écrire ses arrangements. Il dit : « Moi, la musique, je m’en fiche, il n’y a que les paroles qui m’intéressent ! » C’est étonnant venant d’un arrangeur, mais c’est vrai. Il écoute les paroles, les suit. C’est merveilleux de travailler avec lui.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Dans votre répertoire, il y a très peu de chansons où vous vous livrez comme dans Judith et Roméo ou, récemment, Le pont du Nord...&lt;br/&gt;    Oui, j’ai du mal... Et je ne suis pas sûre que ce soit souhaitable de se raconter. Là, j’ai eu envie de le faire parce que je pense que ça peut aussi apporter des mots et des images à d’autres.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    De même sont quasiment absentes de votre répertoire les chansons d’actualité, avec les événements de l’année, les mots de l’année...&lt;br/&gt;    Il y en a eu, mais toujours distanciées. Par exemple, cette chanson sur le naufrage de l’Amoco-Cadiz (Un bateau mais demain), une autre sur les dangers du nucléaire, qui s’appelle Coïncidences et qui a été bien ignorée... Il y a eu aussi Des fleurs pour Gabrielle, sur l’affaire Gabrielle Russier... Mais je n’aime pas être précise, je distancie quand même beaucoup. Pour moi, la chanson, c’est la distanciation, je n’aime pas le premier degré. « Je me suis levée, j’ai bu un café et j’ai pensé à toi... », ce n’est pas de la chanson. On peut le dire, bien sûr, mais on peut aussi le dire différemment...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Dans les années 70, quand quand vous avez commencé à vous produire vous-même, est-ce que vous avez rencontré des résistances et est-ce que vous avez senti qu’il fallait en faire plus pour vous imposer...&lt;br/&gt;    Bien sûr que ça n’a pas été facile... Ce n’est pas parce que je me produisais que j’ai été plus reçue sur les radios et les télés. J’ai toujours fait le travail qu’il fallait, j’ai toujours envoyé des centaines de disques qui ne passaient jamais, j’ai toujours engagé des attachées de presse qui ont fait leur travail, etc. Puis il y a eu des spectacles et les gens sont venus. Je ne sais pas, il y a toujours eu ce mur auquel j’ai décidé de plus penser, parce que ce n’est pas la peine de se faire du mal. Apparemment, les médias français ne t’ont pas vraiment acceptée... En revanche, la presse écrite a toujours été, heureusement, très présente.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C’est vrai que vous ne passez quasiment pas à la radio...&lt;br/&gt;    Non, je passe occasionnellement dans certaines émissions, je suis reçue, mais je ne fais jamais partie de la programmation. Jamais. Il y a une dizaine d’années, j’ai trouvé dans un bac de disques d’occasion mon premier 45 tours, avec l’étiquette de la Radiodiffusion française et la mention manuscrite « À éviter »... C’était sûrement quelque chose de personnel parce qu’il n’y avait rien dans ces chansons-là (Porteuse d’eau, Mayvonne, ...) qui pouvait heurter le bon goût ou l’idéologie en vigueur... Alors, je ne sais pas. Cela dit, ça fait un drôle d’effet de tomber sur ça ! Si j’ai été interdite « de radiodiffusion », et je l’ai sans doute été, ça ne l’a jamais été officiellement... malheureusement. Mon mari est parti n’a pas été interdit mais la chanson n’est pas beaucoup passée. Il y a une façon d’interdire les gens qui est de ne pas les passer, c’est tout, comme ça le public ne sait pas que ça existe. C’est ce qui s’est aussi passé avec toutes les chansons de l’époque dite « féministe ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Et pourtant, tout le monde les connaît, elles ont fait leur chemin...&lt;br/&gt;    Pauline Julien, qui a enregistré Une sorcière comme les autres, est venue un jour la chanter à la télévision. On lui a dit : « Ah ! quelles belles chansons écrivent les Québécois ! » &lt;br/&gt;    Il y a une chose importante que je voudrais dire. Qu'on ne pense pas que je prêche pour ma paroisse mais, maintenant, je suis sûre d'une chose : on sait écrire des chansons ou on ne sait pas. Et il y a des gens qui ne savent pas et qui chantent des choses qui seraient mieux écrites par d’autres. Dans notre société et dans notre métier, tout le monde a toujours très peur de chanter une chanson de quelqu’un d’autre, d’un auteur-compositeur, en prétextant qu’elle est « tellement marquée » par son auteur, etc. Au Québec, ils sont beaucoup plus libres vis-à-vis des chansons, ils chantent les chansons les uns les autres, et c’est beaucoup plus intéressant. Une chanson n’a pas besoin d’être chantée par une seule personne. Parmi les miennes, il y en a beaucoup que j’aimerais voir chantées par d’autres. Les interprètes, les bons interprètes, c’est rare, ils s’approprient les chansons, comme le faisait Pauline Julien. Francesca Solleville est une interprète et, bon sang, quelle belle interprète ! Vive les interprètes !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Ecrire une chanson, est-ce que cela s’apprend ?&lt;br/&gt;    Peut-être, mais je ne suis pas sûre que cela suffit. Il y a un don, quand même, il me semble. Et on est beaucoup plus humble si on admet ça... &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;Interview parue dans Notes, la revue de la SACEM (1999)</description>
    </item>
    <item>
      <title>Le parcours d’Anne Sylvestre</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/12_Le_parcours_dAnne_Sylvestre.html</link>
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      <pubDate>Tue, 12 Jan 2010 22:25:53 +0100</pubDate>
      <description>Le parcours d’Anne Sylvestre laisse songeur... Voilà une jeune femme qui débarque dans la chanson en pleine vague « typico-italienne » (Dalida et Marino Marini triomphent), qui amorce une carrière respectée dans l’équipe la plus prestigieuse du moment (l’ « écurie » Canetti-Philips) et qui, malgré un début de reconnaissance publique (un succès : Mon mari est parti, l’Olympia, Bobino), subit brutalement, comme beaucoup de ses « semblables » (Anne, dixit),  le contrecoup de la révolution yéyé... &lt;br/&gt;    Un producteur indépendant, Gérard Meys, la remet en selle dans l’immédiat après-68, le temps de trois albums. Et c’est une longue traversée du désert qui l’attend jusqu’en 1973 où un Sicilien, passionné de marionnettes, décide, à la seule lecture de ses textes, de louer le théâtre des Capucines pour qu’elle puisse chanter ses nouvelles chansons... Depuis cette « résurrection », Anne n’a plus connu de traversée du désert, même si la fidélité du public ne lui fait pas oublier l’ignorance flagrante dont continue de preuve à son égard une partie de la profession...&lt;br/&gt;    Beaucoup de pudeur dans l'écriture et de dignité dans l'expression, une écriture d'une grande rigueur (« jupons » mis à part, on ne l'a pas comparée à Brassens pour rien !), mais aussi un grand sens mélodique et une élégance musicale que sert admirablement François Rauber avec ses arrangements.&lt;br/&gt;    Avec un répertoire de près de quatre cents chansons, Anne Sylvestre témoigne bien de son époque. Sans en avoir l'air, sans élever la voix et sans effet d'annonce, mais avec les mots qu'il faut. C'est peut-être cela la manière Sylvestre.&lt;br/&gt;    Dans Le 9ème Art, ouvrage, paru aux éditions Vokaer, à Bruxelles, en 1978, Angèle Guller écrivait : « Sans Anne Sylvestre, manquerait-il à la chanson d'aujourd'hui quelque chose d'important ? Je réponds oui. Sans hésiter. » Nous aussi !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    A quelques exceptions près, les femmes associées à la chanson dans la première partie de ce siècle ont toujours été des compositrices : Mireille, Marguerite Monnot, Gaby Verlor... Celles qui écrivaient, disaient quelque chose ont mis du temps à parvenir à se faire entendre... &lt;br/&gt;    « Je crois que c’est parce que, longtemps, explique Anne Sylvestre, les interprètes femmes chantaient des chansons qui étaient écrites par des hommes. Barbara et moi sommes arrivées à peu près à la même époque. Toutefois, dans les cabarets où je suis passée, j’ai connu plusieurs filles qui écrivaient leurs chansons et qui les chantaient. Et puis elles ont abandonné quand elles ont eu des enfants. Eh oui ! Elles se sont mariées, sans doute, et peut-être que les maris n’ont pas aimé qu’elles fassent ce métier ? À l’époque de mes vingt ans, j’avais vaguement fréquenté un garçon qui m’avait carrément dit : ”Si on se marie, tu arrêtes de chanter !” Je ne l’ai pas vu longtemps... Donc, ce n’était pas très possible, à moins de se marier dans son milieu, le milieu artistique. Et lorsqu’on avait des enfants, il fallait être un peu plus imaginative que les autres et s'organiser davantage... Beaucoup de garçons auteurs-compositeurs-interprètes avaient une femme institutrice qui faisait ”bouillir la marmite” et s’occupait de l’intendance pendant qu’eux chantaient... »&lt;br/&gt;    Anne n’aura pas ce choix à faire, l’idée de ne pas continuer son métier d’artiste ne l’ayant jamais effleurée... « Ce qui, dans les premières années, aurait pu me faire abandonner la chanson, c’est que je ne voie pas d’évolution, que ça ne marche pas. Même le trac n’a pas réussi à me faire abandonner la chanson ! Non, il n’était pas question d’abandonner parce que j’avais un enfant et un autre après. Ce qui n’est pas simple. Je me souviens d’une année où ma fille n’a pas été acceptée à la cantine sous prétexte que je n’avais pas un travail régulier et de jour... Le soir, je me couchais très tard et tous les matins, je me levais pour les envoyer à l’école. J’aurais aimé mettre Alice, l’aînée, à la cantine pour ne pas la faire revenir à midi et repartir, mais on m’a demandé quel était mon métier. ”Ah non, madame, vous êtes là à midi, vous pouvez donc leur faire à manger.” Mes deux maris étant musiciens, le problème s’est toujours posé pour moi. À la naissance de ma seconde fille, Philomène, j’ai pris un appartement assez grand pour pouvoir loger une fille au pair, qui s’occupait des enfants pendant que nous étions en tournée. » &lt;br/&gt;    Les débuts officiels d’Anne Sylvestre se situent en novembre 1957 à La Colombe. C’est dans la petite salle de ce cabaret-restaurant du quatrième arrondissement qu’elle affronte son premier public. Affronte, d’ailleurs, n’est pas une figure de style... « J’avais un trac épouvantable ! Tous les soirs, je pleurais en sortant de là, en me disant : ”Je n’y retournerai pas, je ne veux pas !” À La Colombe, les vedettes de l’époque étaient Guy Béart, Hélène Martin... Je me disais que je ne serai jamais comme ça... Je voulais toujours chanter, mais mon objectif a toujours été de devenir quelqu’un qui ne ressemble à personne d’autre. J’avais un magnétophone et je m’écoutais pour essayer de gommer de ma voix tout ce qui pourrait rappeler quelqu’un d’autre... » &lt;br/&gt;    En 1958, si les femmes interprètes sont légion (Gréco, Patachou, Jacqueline François, Colette Renard, Anny Cordy, Dalida, Piaf, Gloria Lasso...) au hit-parade, qu’en est-il des ACI femmes ? Si Barbara enchante les soirées du cabaret L’Écluse, elle n’en est pour l’instant que « la chanteuse de minuit »... &lt;br/&gt;    « Je pense qu’on n’était pas très nombreuses... Ce qui m’a encouragé dans la chanson au départ, ça a été la présence de Nicole Louvier, une fille qui avait sensiblement mon âge, qui écrivait ses chansons et les chantait. Elle enregistrait des disques et passait à la radio. Je me suis donc dit : ”Ça existe !” Sinon, les seuls autres modèles, c’était quand même Brassens et Leclerc. Il fallait avoir assez conscience de sa singularité, avoir envie d'écrire des chansons et de les chanter pour commencer à le faire ! Mais en fait, je n’ai pas eu de modèles, pas plus Mick Micheyl que Nicole Louvier, encore que ce que faisait Nicole Louvier était ce qui se rapprochait le plus de ce que je ressentais... J’avais une vingtaine d’années et je m’avançais sur la pointe des pieds... Au départ, j’écrivais certaines choses, comme ça, que je me chantais pour le plaisir, dans la salle de bains parce que ça résonnait mieux... Ma jeune sœur et mes parents m’écoutaient, mais je ne projetais pas du tout de carrière. Plus exactement, je ne savais pas du tout comment ça se passait et ce qu’il fallait faire. »&lt;br/&gt;    Concrètement, comment les chansons d’Anne Sylvestre sont-elles passées de sa salle de bains à la scène de La Colombe ? « J’ai fait la rencontre d’un garçon qui s’appelait Yann Bérriet. Ce n’était pas un professionnel, mais il chantait souvent à La Colombe. Comme il faisait aussi du bateau à voile, je l’ai rencontré à l’école des Glénans. J’avais emporté avec moi une guitare absolument innommable et dans les veillées, je chantais quelques chansons à moi, des essais, des brouillons que j’ai abandonnés pour la plupart. Les copains m’ont encouragée (” Tu ne devrais pas garder ces choses-là dans un tiroir... ”), mais il faut dire que les copains sont souvent d’une indulgence coupable ! Il me semble avoir toujours eu un peu de sens critique... »&lt;br/&gt;    Yann Bérriet lui conseille d’appeler Michel Valette, à La Colombe, elle laisse passer une année avant de le faire. « Mais même à ce moment-là, je ne voyais pas une carrière commencer. Je suis arrivée à La Colombe sans savoir me maquiller, j’ai appris à chanter sur le tas, on chantait sans micro, on était bien obligé de se faire la voix... » À son répertoire, Anne a une dizaine de chansons, même si elle n’en chante que quatre, en début de programme, notamment Porteuse d’eau, Histoire ancienne et Maryvonne.&lt;br/&gt;    C’est Guy Béart, vedette de La Colombe, qui alerte Jacques Canetti sur cette jeune fille timide et traqueuse. Canetti l’engage et lui fait enregistrer son premier disque dans le cadre de l’opération « Trèfle à quatre feuilles - Opus 109 bis », qui voit aussi les débuts de Roger Riffard, Jean-Pierre Suc et Pierre Brunet. Curieusement, Anne n’a pas eu à entreprendre le parcours du combattant de l’époque, avec son lot d’auditions publiques et ses « on vous écrira »... « Je n’ai pas passé beaucoup d’auditions, parce que je n’aimais pas ça. Mais en même temps que Philips et Jacques Canetti, j’avais été voir la maison de disques Barclay où on a voulu me cantonner dans un répertoire plus humoristique. Peut-être recherchaient-ils quelque chose d’un peu plus équivoque... Heureusement, je ne suis pas tombée dans ce piège ! »&lt;br/&gt;Raoul Bellaïche&lt;br/&gt;Notes, revue de la SACEM (1999)</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Le double, la scène et l’humour</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Le_double,_la_scene_et_lhumour.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:55:54 +0100</pubDate>
      <description>Le double&lt;br/&gt;  « Moi je suis la douce-amère&lt;br/&gt;    Moitié miel et moitié feu&lt;br/&gt;    Mes aveux sont des mystères&lt;br/&gt;    Mes mensonges des aveux&lt;br/&gt;    (...)&lt;br/&gt;    Devenue ta douce-amère&lt;br/&gt;    Moitié pleine moitié cœur&lt;br/&gt;    Avec toi pour seul mystère&lt;br/&gt;    Moitié veine moitié peur&lt;br/&gt;    Douce-amère pour ton cœur... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Chez Anne Sylvestre, les extrêmes sont intimement liés. Son propos et la forme qu’il prend ne cessent de les confronter ou de les démêler. Envisageant rarement l’un sans l’autre, aussitôt qu’elle évoque un problème, elle éprouve son envers. Cette sorte de double regard conduit inmanquablement à une réflexion complète et jamais hâtive.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Que tu sois l’autre ou l’une&lt;br/&gt;    Tu prends ton coup de lune&lt;br/&gt;    Tu prends ton coup au cœur&lt;br/&gt;    Que tu sois l’une ou l’autre&lt;br/&gt;    Souvent la marche est haute&lt;br/&gt;    Pour trouver le bonheur... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Si au prime abord L’autre et l’une dit la dualité de deux femmes, il est possible, au-delà de l’argument, de considérer qu’il peut s’agir, aussi, des deux faces d’une seule personne; avec les contradictions que cela suppose. L’une fut l’autre et vice-versa. Sensations contraires sont alternativement décrites dans un grand équilibre que la forme même fait se complémentariser. Dédoublement qui apparaissait déjà - clairement revendiqué - dans Aveu et Douce amère.&lt;br/&gt;    Dans Carcasse, c’est l’esprit qui dialogue avec le corps. D’une seule et même personne, elle en imagine deux, à la fois sœurs et étrangères. Mais là encore, les contraires (apparemment contraires) s’accordent : qu’ils osent se regarder et le conflit cède à l’harmonie.&lt;br/&gt;    Cette façon toute particulière d’appréhender les sentiments est manifeste dans L’enfant qui pleure. Exprimant le divorce de l’âge adulte avec son enfance, l’auteur se tient sur un équilibre si tendu qu’il suffira qu’elle change la chute de la chanson pour que l’intégralité du sens bascule d’un côté ou de l’autre. (« Oh s’il vous plaît murez le puits / Je ne veux plus l’entendre » deviendra, dans Gémeaux Croisées : « Surtout ne murez pas le puits / Il est temps de l’entendre »).&lt;br/&gt;    Plusieurs autres chansons comportent cette gémellité. Antérieurement à ces trois exemples, Abel, Caïn, mon fils - au titre évocateur - reflètera parfaitement cette caractéristique. Et déjà dans Porteuse d’eau, qui peut être considérée comme sa première chanson; Anne Sylvestre y est à la fois narratrice et projection de ce qu’elle décrit. A la fois porteuse et eau.&lt;br/&gt;Laurent Luneau&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La scène&lt;br/&gt;    Un spectacle d’Anne Sylvestre, c’est une conversation avec le public. Jamais elle ne met en scène son personnage. Son entrée avec un bouquet, interprétant Pour qu’on m’apprivoise, pose l’atmosphère du spectacle. Cette magie de la rencontre existe dès ses premiers pas sur scène. Un bonjour quotidien, direct et sincère, pour mieux nous promener dans son univers, ses histoires de quelques minutes. &lt;br/&gt;    Une simple attitude suffit. Juchée sur le piano, laissant tomber les pétales à terre, elle chante La margelle. Immédiatement le décor est planté : la profondeur du puits, le mari au fond et sa femme sur la margelle ! Le chemin sur lequel nous accompagne Anne Sylvestre est fait d’humour mais aussi de gravité. Le ton qu’elle emploie n’est jamais provocateur mais sa force et sa volonté nous amènent à découvrir, à comprendre ce qu’elle-même a exploré.&lt;br/&gt;    C’est ainsi qu’elle duplique la force d’une chanson comme Pas difficile. Réfugiée derrière le piano, elle commence de dos, se retournant peu à peu et finit face au public pour mieux nous interpeller.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « ... Passer sans se retourner &lt;br/&gt;    C’est trop facile&lt;br/&gt;    Dire qu’on n’a pas à donner &lt;br/&gt;    C’est trop facile&lt;br/&gt;    Penser qu’on est différent &lt;br/&gt;    Parce qu’on est propre&lt;br/&gt;    Quand le malheur mécontent &lt;br/&gt;    Nous apostrophe... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Au bout du voyage, on revient riche de cette rencontre sans artifice ni domination, faite d’échanges simples et sincères.&lt;br/&gt;Mehdi Ahoudig&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L'humour&lt;br/&gt;    « ... Etant un jour à court de fleurs&lt;br/&gt;    Tu m’as comme ça offert ton cœur&lt;br/&gt;    Dans un papier sulfurisé&lt;br/&gt;    Avec une étiquette&lt;br/&gt;    Pas eu moyen de refuser&lt;br/&gt;    C’est pourtant pas ma fête&lt;br/&gt;    Ah quel poison quel embarras&lt;br/&gt;    Que d’avoir un cœur sur les bras... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Qu’il s’agisse de drôlerie extravagante (Le lettre ouverte à Elise, Un cœur sur les bras) ou de traduire tout en ironie son propos (Clémence en vacances), l’humour est constamment présent dans l’œuvre d’Anne Sylvestre.&lt;br/&gt;    Cet humour et la distance qu’il apporte n’apparaissent pas systématiquement dans son écriture - même parmi les chansons les plus drôles. Tout le comique de La faute à Eve n’est pas évident à sa lecture. Mais l’auteur est aussi une interprète accomplie. Il suffit qu’elle joue avec le rythme, le phrasé (l’intonation toujours exacte) pour que l’hilarité générale éclate (bonheur parfaitement illustré dans l’enregistrement public Olympia 86).&lt;br/&gt;    D’autres chansons à l’esprit peut-être moins ravageur reflètent elles aussi la qualité et l’apport de l’interprétation (les chutes cocasses de Valse-marine et Grégoire ou Sébastien). Le recul qu’elle prend alors donne parfois un ton acerbe (Mon mystère, La serpente). Mais ce regard tonique et mordant n’est jamais cruel. Ni gratuit.&lt;br/&gt;    Et puis, elle sait également, sans aucune complaisance, s’amuser d’elle-même avec une égale férocité (Trop tard pour être une star).&lt;br/&gt;    Alors exit l’imagerie sérieuse de la chanson dite « à texte ». La poésie, ce peut-être cela aussi : une belle rafale de rires. Et Anne Sylvestre excelle dans le genre !&lt;br/&gt;Laurent Luneau</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de Marie Chaix</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Temoignage_de_Marie_Chaix.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:53:05 +0100</pubDate>
      <description>Marie Chaix connaît bien Anne Sylvestre. Et pour cause, puisqu’elle est sa sœur. Romancière (L’âge du tendre, Les Lauriers du lac de Constance - Prix des Maisons de  la Presse 1974 -, Juliette chemin des Cerisiers - Prix des lectrices de Elle, 1985). De 1965 à 1970, elle est également l’assistante de Barbara à qui elle a consacré un livre - superbe - en 1986. Son dernier roman, Le Fils de Marthe, est paru en 1990.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le jazz, la première chanson...&lt;br/&gt;    Dans mon souvenir, Anne a toujours chanté. Tant chez les Guides de France que chez les Sœurs de l’Institution religieuse où nous faisions nos classes, on la remarqua pour ses dons musicaux et sa jolie voix. Elle adorait le chant grégorien, faisait du piano. J’était « la petite » (j’ai sept ans de moins que ma sœur) et elle voulait absolument m’apprendre à chanter. Je me souviens de séances - « maintenant, on va chanter », disait-elle -, qui parfois ne m’emballaient pas trop. C’était gentil, j’apprenais des chansons mais je n’en avais pas toujours envie ! Elle était assez sévère avec moi ! (rires).&lt;br/&gt;A Suresnes, dans notre quartier, il y avait beaucoup de jeunes qui découvraient le jazz (la chanson Quand on dansait la vie en rose vient de là). Nous vivions dans une ambiance très musicale. Anne a fini ses études littéraires sans penser spécialement à la musique. Tout à coup, je la revois avec une guitare dont je ne peux plus la séparer dans mes souvenirs. Elle s’est mise à écrire des chansons. Je crois que Brassens est le grand déclencheur de toute cette génération de chanteurs-auteurs-compositeurs.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La salle de bains...&lt;br/&gt;    J’ai été son premier public : on s’enfermait dans la salle de bains, c’est là que le son était le meilleur. Et puis c’est devenu la réjouissance des fins de repas familiaux : « Anne, va chercher ta guitare ! », disait mon père. Ça l’agaçait mais c’était déjà un public !&lt;br/&gt;    Les dimanches, souvent, on prenait le train pour aller en forêt à Saint-Nom-La-Bretèche. On s’asseyait sur les rochers, au milieu des arbres et elle me chantait ses chansons en grattant sa guitare. C’était merveilleux !&lt;br/&gt;    Avec une première poignée de chansons écrites, elle est allée auditionner dans les cabarets de la Rive Gauche. Très vite, elle a été engagée à la Colombe. Que ma sœur passe dans un cabaret, pour moi, c’était extraordinaire ! J’étais si fière et persuadée de son brillant avenir !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La famille, les chansons...&lt;br/&gt;    Le contexte familial fut très important dans les débuts d’Anne. En écrivant des chansons et en les chantant, elle a trouvé son chemin et s’est évadée d’une adolescence morose et bousculée, m’entraînant miraculeusement à sa suite. Notre père avait repris la vie de famille en 1955 après neuf ans de captivité pour des raisons politiques (je le raconte dans Les Lauriers). son absence nous a marquées, nous lui avions beaucoup manqué. Une fois revenu, je crois qu’il nous voyait encore petites, même Anne qui avait vingt et un ans. Les cabarets, c’était la perdition ! Il était presque tous les soirs dans le public et il devint un grand connaisseur de la chanson française ! Il admirait sa fille mais en profitait aussi pour l’avoir à l’œil, et ça la rendait folle, parfois !&lt;br/&gt;    Si j’ai (beaucoup plus tard) écrit des livres autobiographiques, Anne, elle, s’est envolée sur ses notes et s’est arrachée au passé en le chantant autrement. La musique et la magie des mots l’ont aidée à dominer les chagrins d’enfance et à se réaliser pleinement. Elle est proche du quotidien, de la terre, de la vie ; c’est cette richesse au fond d’elle qui émeut tant le public, je crois.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Les influences, la scène...&lt;br/&gt;    Plutôt que d’influences sur ses chansons, je parlerais d’« imprégnation » depuis l’enfance, de courants divers : notre mère, très musicienne, aimant Chopin, Schumann, Schubert... le chant grégorien, les chansons populaires. Et puis Juliette ! Notre Juliette qui nous a élevées, chantait tout le temps. Son répertoire allait du Pont d’Avignon aux airs de Luis Mariano dont elle était une fan. Ça vous forme une culture, ça ! Mais tout en s’inscrivant dans une tradition populaire, Anne a un style bien à elle.&lt;br/&gt;    En scène, j’ai toujours trouvé qu’elle était extraordinaire, exerçant un charme qu’elle-même ne soupçonnait pas. Au cours des années, elle en est devenue consciente, jusqu’à l’éclosion de Gémeaux Croisées où, lâchant sa guitare, elle révéla d’incroyables dons de comédienne.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Anne et Barbara...&lt;br/&gt;    Bien que « Gémeaux » toutes les deux, il est évident qu’elles sont très différentes. Anne a longtemps montré en scène une modestie qui lui a peut-être nui dans « le milieu », alors qu’elle a un public fervent. Barbara, très vite (même si la reconnaissance du public a mis des années à venir) a été une « bête de scène ». Ce qui est drôle, c’est qu’il y a entre elles à la fois une grande amitié et une extrême timidité.     &lt;br/&gt;    Barbara admire Anne, elle me disait : « Ta sœur sait écrire, moi pas ! ». Et quand Anne va voir Barbara en scène, elle sort en disant : « Ah, elle ose faire ça ! » (rires). Autrefois, dans ses tournées, Barbara plaçait toujours une chanson d’Anne dans son récital. Sa préférée est Lazare et Cécile qu’elle interprétait à sa manière, lancinante comme une litanie : c’était magnifique ! Elle trouve que c’est une des plus belles chansons qui existe...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Mehdi Ahoudig et &lt;br/&gt;Laurent Luneau &lt;br/&gt;en novembre 1992 à Paris.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre productrice</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre_productrice.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:51:07 +0100</pubDate>
      <description>Qu'est-ce qui vous a décidé à devenir productrice indépendante ?&lt;br/&gt;    A l’époque, c’était très simple, j’avais eu deux contrats différents et deux procès différents, j’étais donc pas mal échaudée. Et par ailleurs, c’était facile de devenir producteur, il suffisait d’un téléphone. A ce moment-là, je savais que j’avais une potentialité de vente importante avec les Fabulettes. C’était encore une espèce d’âge d’or, et même si l’on n’avait pas d’argent d’avance, avec le système des traites à 90 jours, ce n’était pas compliqué d’enregistrer, de faire fabriquer, etc. Je livrais le produit fini à un distributeur. Au début, le distributeur, ça a été Barclay qui a été très sympathique, il s’est très bien comporté avec moi. En fait, j’ai été distribuée par Barclay jusqu’au jour où Barclay a été racheté par Philips. Philips, je connaissais déjà, et pour cause, donc je suis partie, et j’ai décidé d’être productrice. &lt;br/&gt;    Ça a été une aventure très amusante. Au début, c’était formidable, j’avais tout dans la tête. Comme j’avais commencé à faire un disque puis un autre, etc. j’avais tous les chiffres dans la tête. J’ai bien aimé faire ça parce que je pouvais contrôler tout mon produit, je pouvais mettre ce que je voulais dans les disques, je pouvais faire faire les dessins par qui je voulais, je pouvais le sortir à la date que j’avais décidée. Il y a eu une période où ça a très très bien marché. Il y avait encore des disquaires, il y avait encore des gens pour acheter les disques, il n’y avait pas la concurrence, qui est venue après, des gens qui ont fait de l’enfant un marché. C’était bien. On pouvait fabriquer beaucoup de disques d’avance et les mettre en stock. Ça a été un grand plaisir, mais aussi beaucoup de travail. Les disques pour enfants étaient magnifiques, il y avait des pochettes avec des pages en couleurs. Je ne gagnais pas grand chose là-dessus et je mettais tous mes droits d’auteur dans les productions. Je ne crois pas que ça m’ait rapporté trois sous, mais ça ne fait rien, c’était un plaisir. Après chaque disque, je voulais en faire un autre.&lt;br/&gt;    Ça s’est gâté quand j’ai changé de distributeur. Je ne suis pas très bien tombée, et ensuite le marché est devenu très difficile. Les ventes de disques - en général - ont baissé, les disquaires ont disparu, c’est devenu des grossistes ou des grandes surfaces qui ne faisaient plus de stock par avance. La seule façon de subsister, pour un petit producteur comme moi, c’était de fabriquer de grosses quantités et de les garder en stock, parce que sinon, ça devenait tellement onéreux que ce n’était plus possible. Quand j’ai commencé à devoir fabriquer par petites quantités, j’ai plongé - assez durement. Et puis, il y a quatre ans, j’ai décidé d’adopter une autre formule qui est la distribution sous licence. J’ai un contrat avec EPM dont je suis fort satisfaite. On travaille à peu près de la même façon, c’est-à-dire qu’on s’entend bien. Donc, je ne fabrique plus, j’assure simplement l’enregistrement de la bande, et c’est le distributeur qui se charge de fabriquer et de distribuer. Depuis quatre ans, tout d’un coup, j’ai pu enfin faire l’artiste tout en restant propriétaire de mes produits. C’est ça la grosse différence entre un producteur et un artiste sous contrat, c’est que l’artiste sous contrat n’est plus propriétaire de ses œuvres alors que le producteur en est propriétaire, c’est-à-dire que si je devais changer de distributeur, j’emporterais mes enfants avec moi. C’est une forme de divorce amélioré.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis à Paris le 5 janvier 1993 &lt;br/&gt;par Medhi Ahoudig, Raoul Bellaïche, &lt;br/&gt;Colette Fillon, Laurent Luneau.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de Lionel Dameï</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Temoignage_de_Lionel_Damei.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:49:36 +0100</pubDate>
      <description>Lionel Dameï est un jeune auteur interprète. Son dernier spectacle : Et tant de bleu console... Parmi les nombreux artistes qui lui ont donné envie de chanter, Anne Sylvestre occupe une place privilégiée.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Parce qu’elle est une femme de paroles, qui donna la première des ailes à mon enfance prisonnière, Anne Sylvestre demeure l’accompagnatrice lumineuse des jours qui passent.&lt;br/&gt;    Du vent de ses justes révoltes aux variations de son sourire, pourfendeuse et cajoleuse, elle enfante, pour nous, tant de frémissements.&lt;br/&gt;    De la ronde des lutins aux jardins tourmentés de l’adolescence, des dédales de l’adulte égaré aux facéties gentilles des gens d’âge, Anne Sylvestre nous régale, à coup de plumes, des gestes de nos vies.&lt;br/&gt;    A l’heure où l’on marche, orphelin d’idéal, dans l’infinie poussière médiatique, il fait bon de confier à cette porteuse d’eau et d’humanisme nos âmes endolories et de recouvrir l’envie, à nouveau, de vibrer, avec elle.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Lionel Dameï&lt;br/&gt;le 24 décembre 1992</description>
    </item>
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      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de Maren Berg</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Temoignage_de_Maren_Berg.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:45:46 +0100</pubDate>
      <description>« Je suis Allemande, j’ai vécu très longtemps à Berlin et quand je suis arrivée à Paris, fin 68, je ne parlais pas un mot de français. J'étais venue en France pour apprendre cette langue. Comme mes parents ne voulaient pas que je sois chanteuse, j'ai choisi de devenir journaliste. J'allais au Centre Américain du boulevard Raspail où il y avait les soirées Hootenanies, avec Alan Stivell, Steve Waring, Lionel Rocheman, et d'autres... &lt;br/&gt;    Un jour, l'un d'entre eux m’a proposé d’aller voir à Bobino Anne Sylvestre et Jean-Pierre Ferland. Et ça été un grand choc pour moi. Honnêtement, je n’ai pas compris grand-chose parce que mes connaissances en français étaient extrêmement limitées, mais j’ai perçu Anne comme quelqu’un de très authentique. Elle m’a touchée par son intensité, par sa présence scénique et par sa voix. A cette époque, elle s’accompagnait encore à la guitare, avec Droux à la contrebasse. Elle chantait Je suis une vieille dame, ne me touchez pas, une chanson pour laquelle j’ai ressenti une émotion fantastique.&lt;br/&gt;    Quelques années plus tard, je suis devenue chanteuse à mon tour et je suis allée voir Anne qui passait au Théâtre des Champs-Elysées. J’ai fait le pied de grue pendant trois quart d’heure devant sa loge pour lui demander l'autorisation de chanter une de ses chansons inédites. Elle m’a demandé : « Vous vous appelez comment ? » Je lui ai répondu : « Je m’appelle Maren Berg », et là, elle m’a dit quelque chose de fantastique : « Ah oui, j’ai déjà entendu parler de vous. » J’ai grandi de deux centimètres ! Et elle m’a donné son téléphone. Par politesse, j’ai attendu 48 heures avant de la rappeler. Elle m’a très gentiment invitée chez elle, dans sa cuisine, et pendant toute une après-midi, je lui ai raconté ma vie et chanté mes chansons. Pour finir, elle m’a dit un truc épouvantable : « Je n’ai rien du tout pour vous, parce que mes chansons, je me les garde. Mais par contre, si vous voulez, j’ai un projet de chansons pour enfants. »&lt;br/&gt;    Pour moi, à cette époque, la chanson pour enfants, c’était Au clair de la lune ou La mère Michel. Mais comme je suis toujours prête à partir dans quelque chose de nouveau, j’ai dit d’accord. Et cela a donné lieu à une collaboration qui a duré quelques années. Anne m’a écrit mon premier 33 tours pour enfants. A partir de ce moment-là, on est devenues plus intimes, plus copines, et elle m’a permis d’adapter quelques unes de ses chansons en allemand. &lt;br/&gt;    François-Régis Barbry m’a un jour suggéré de faire un disque bilingue, en français et en allemand, plutôt que m’acharner à devenir une chanteuse française. Dans ce premier disque, j’ai importé des jeunes chanteurs allemands contemporains - histoire de sortir un peu de Brecht et Lili Marlène ! A l'inverse, dans le deuxième disque que j’ai fait en Allemagne, j’ai exporté des chanteurs français : Maxime Le Forestier, Guy Béart, Marie-Paule Belle, Yves Duteil. D'Anne, j’ai enregistré Petit Bonhomme,  La lettre à Elise, Le jour où ça craquera, Lazare et Cécile et Clémence, que j’ai réenregistrée, dix ans plus tard, sur mon avant dernier album, « De passage », avec un nouvel arrangement. &lt;br/&gt;    Les Allemands ne connaissaient pas du tout Anne Sylvestre et j’ai contribué, avec mes modestes moyens, à la faire connaître un petit peu là-bas. Ses chansons humoristiques passent très très bien parce qu’il y a en Allemagne un très fort courant féministe. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par R. B. et L. L. &lt;br/&gt;le 6 avril 1992 à Paris.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de France Léa</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Temoignage_de_France_Lea.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:44:08 +0100</pubDate>
      <description>En 1975, France Léa rencontre Anne Sylvestre à un Pop Club qui lui est consacré. Elle chante ses chansons et celles des autres, intercalées d’histoires, de paraboles, qu’elle livre en vraie conteuse qu’elle est. France a promené ses spectacles du Tourtour au Café de la Gare en passant par l’Olympia. Un disque est disponible, qui regroupe des extraits de ces prestations, et elle vient de terminer un livre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Quand j’étais jeune fille, Anne était quelqu’un de très important dans ma vie, autant  que Rimbaud, Romain Rolland ou Le Petit Prince. Il y avait des chansons que je chantais tout le temps, surtout La femme du vent et Les cathédrales. Elle faisait partie des gens qui comptaient vraiment chaque jour dans ma vie d’adolescente en train de se construire. Et puis j’ai fini par la rencontrer. Ce devait être en 1975 ou 76, je jouais au Théâtre de Dix Heures. Je faisais le Pop Club de José Artur, elle était là en tant que grande invitée et puis elle m’a écoutée dire un texte et elle est venue me voir : « Je suis invitée toute la semaine dans l’émission de Danièle Gilbert, est-ce que tu voudrais être mon invitée un midi ? » J’ai dit oui ! Et ça a commencé comme ça. Ensuite, on s’est revues et j’ai continué à aimer ce qu’elle faisait, c’était toujours aussi riche.&lt;br/&gt;    J’aime tout dans ses chansons, le texte, les mélodies...Lazare et Cécile... par exemple, l’autre jour, il y avait une émission sur la Bretagne et j’écoutais un chant mystique extraordinaire, chanté par une voix sur une musique d’orgue magnifique qui fout le frisson profond. Profond et puis en même temps épidermique, mais la peau, c’est ce qu’il y a de plus profond chez l’homme - c’est Paul Valéry qui a dit ça - eh bien, il y a des mélodies d’Anne qui me font cet effet très profond.&lt;br/&gt;    Mousse, c’est comme une chanson japonaise avec juste des substantifs : mousse, douce, tendre... c’est à mourir de beauté, c’est magnifique ! Une chanson avec ces verbes qui tombent doucement comme des gouttes. Je trouve ça très beau. Je la chante dans mon spectacle et à la fin, j’ai souvent remarqué que les gens repartent en la fredonnant.&lt;br/&gt;    Et puis il y a une nudité, chez Anne. C’est-à-dire sa voix nue, sans artifices qui ne dit pas toujours des mots. Il n’y a rien de plus émouvant que cette ouverture, cette voix qui se montre.&lt;br/&gt;    La parole d’Anne, c’est une parole aimante et peut-être que les femmes s’y retrouvent plus, comme elles se retrouvent plus à mes spectacles, simplement parce que je suis une femme et donc il y a une espèce de « sororité », si je puis dire. Une chanson comme Une sorcière comme les autres qui a été portée en drapeau par les féministes pures et dures, c’est une chanson qui, en aucun cas, ne déteste les hommes. Ce que l’artiste dit dans ses chansons, les gens en font ce qu’ils veulent. Les chansons d’Anne sont aussi des chansons qui, à des moments bien précis de l’histoire, ont pris dans leurs bras un peu plus tendrement les femmes parce qu’elles en avaient besoin. Ce sont des chansons qui ont quelquefois parlé de l’avortement ou des choses comme ça, mais il fallait aussi en parler et, justement, elle en parlait avec beaucoup de délicatesse.&lt;br/&gt;    La voix d’Anne m’émeut beaucoup. Dans Une sorcière comme les autres, quand elle chante « Ce n’est que moi, c’est elle ou moi... », là je suis renversée, je ne tiens plus debout !&lt;br/&gt;    Une chanson écoutée par dix mille personnes, ce n’est pas la même chanson à chaque fois. C’est la même, mais chacun dans sa sauce à lui, par réfraction de la lumière, lui donne différentes couleurs. La Sorcière, suivant qu’elle passe dans ma sensibilité ou dans celle de ma voisine, ne va pas donner tout à fait la même chose. Ma Sorcière à moi, celle que j’entends et que j’aime, c’est cette voix qui tout d’un coup baisse un peu, ce n’est pas forcément ce qui est dit, parce que tout texte est un prétexte. Quand un mot nous arrive d’abord par le son, et dans le son, il y a le sens. Ce tout - le son, le texte, la voix - qui fait une chanson qui s’appelle Sorcière, je le prends comme un cadeau, je trouve ça très beau. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Zoé Turnoc&lt;br/&gt;en décembre 1992.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de Jacques Canetti</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Temoignage_de_Jacques_Canetti.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:43:02 +0100</pubDate>
      <description>En 1959, Jacques Canetti lui fera faire son premier disque. Un 17 cm qui comprend La chanson de Toute Seule, Maryvonne, Les Cathédrales et Porteuse d’eau. Ce disque était inclus dans l’opération « Trèfle à quatre feuilles » qui regroupait quatre débutants : Pierre Brunet, Roger Riffard, Jean-Pierre Suc et Anne Sylvestre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Béatrice Moulin m’avait parlé d’elle et le lendemain, Guy Béart me dit : «Il y a une fille formidable à La Colombe, vous devriez venir l’entendre». J’ai tout de suite eu l’envie de faire un disque avec elle - j’étais alors directeur des programmes chez Philips. Peu de temps après, elle a obtenu le Grand Prix du Disque. A cette époque, je l’avais également engagée aux Trois Baudets et cela a été un succès.&lt;br/&gt;    Elle retenait l’attention du public parce qu’elle a toujours eu un style et une personnalité très différente de ce qu’on pouvait entendre ; de ce fait, elle occupe dans la chanson une place bien particulière. De loin, je continue de suivre ce qu’elle fait et je suis heureux de ce qui lui arrive : le succès de ses chansons pour enfants et le public de jeunes qui la suit. C’est formidable pour elle. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Laurent Luneau &lt;br/&gt;et Mehdi Ahoudig, à Paris, en janvier 1993.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de son pianiste, Philippe Davenet</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Temoignage_de_son_pianiste,_Philippe_Davenet.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:41:41 +0100</pubDate>
      <description>Musicien, compositeur, Philippe Davenet rencontre Anne Sylvestre pour l’enregistrement de Fabulettes à l’époque de l’Eldorado-Bobino. Depuis, ils travaillent régulièrement ensemble. Détour de chant ne comprenait qu’eux deux sur scène. Actuellement, Philippe Davenet prépare plusieurs musiques pour le théâtre, sur Boris Vian et Molière, entre autres...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Depuis toujours, j’adore les chansons d’Anne. Aussi, lorsque François Rauber m’a proposé de travailler avec elle, j’ai immédiatement accepté ! Ensuite, elle m’a demandé pour Gémeaux Croisées et depuis, on ne s’est plus vraiment quittés !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Le travail, les chansons&lt;br/&gt;    Pour travailler, on s’isole quelque part en province et on se prend un grand bain de ce que sera le spectacle. Même si cela est extrêmement travaillé, les choses varient après quelques représentations. Mais très peu. C’est de l’ordre de l’ambiance, du climat. Et aucun des spectacles n’est identique. Mais s’il se passe des choses - bonnes ou mauvaises - c’est grâce au public... Cela est très important ! Le public, ce n’est pas une vue de l’esprit, c’est une chose bien vivante !...&lt;br/&gt;    Les chansons que je préfère ? En voici quelques unes : parmi les anciennes, il y a Lazare et Cécile, La femme du vent, Mon mari est parti... Et parmi les toutes dernières, qui ne sont même pas enregistrées : Belle parenthèse et Au bord des larmes; je pourrais en citer une multitude d’autres !...&lt;br/&gt;Anne est complètement en dehors des modes ! Elle possède une telle personnalité ! Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est ce côté « classique », dans la tradition de la très grande chanson : il y a quelque chose qui vient de très loin et qui est de toujours; ce style n’appartient qu’à elle... Anne fait partie des très grands artistes. Et cela risque de durer parce qu’en plus de son talent, le public lui est fidèle.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Anne en scène&lt;br/&gt;    Ce qui me fascine complètement, c’est sa puissance, son énergie : il suffit qu’elle entame les premiers mots de sa première chanson et la salle écoute immédiatement. Elle est d’une efficacité redoutable, même si elle est fatiguée ou contrariée. Dès qu’elle entre en scène, elle est cette femme qui chante, déployant une force inouïe !&lt;br/&gt;    Avec Détour de chant, on a fait de très grandes salles et de tout petits théâtres... Eh bien, la magie est la même. Le public est instantanément captivé. C’est cette puissance de la présence qui, je crois, m’épate le plus... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par L. Luneau&lt;br/&gt;par téléphone en mars 1993.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de François Rauber</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Temoignage_de_Francois_Rauber.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 22:38:23 +0100</pubDate>
      <description>« Elle est la première à n’avoir pas considéré les enfants comme des imbéciles ! »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Musicien, compositeur et orchestrateur, François Rauber est un personnage incontournable de la chanson (Jacques Brel, Catherine Sauvage, Barbara, Francis Cabrel, Juliette Gréco..., la liste est interminable !). Dès ses premières chansons, Anne Sylvestre travaille avec lui. D’abord par intermittence puis exclusivement depuis qu’elle a fondé sa maison de production. Leur dernier travail - pour le disque Tournez Fabulettes - est étonnant.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Anne et moi, nous nous sommes rencontrés aux Trois-Baudets. A cette époque, nous étions confrontés, dès nos débuts, aux réactions du public. Dans ces lieux, nous avions la très grande chance de pouvoir se tromper et d’en tirer des leçons... si on n’était pas imbécile ! (rires)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Anne et la musique&lt;br/&gt;    Je vais commencer en jetant une pierre dans son jardin... mais c’est une pierre de valeur ! Anne s’accompagnait à la guitare. Comme beaucoup de ses camarades, elle redoutait de la quitter : cela leur permettait de n’avoir pas à bouger sur scène. Eh bien, comme pour Jacques Brel, quelle actrice aurions-nous perdue si elle ne s’en était pas débarrassée un jour ! Depuis, elle est incomparable. Elle livre encore mieux ses textes car, libérée, son regard et sa concentration sont encore plus tout entiers consacrés au public.&lt;br/&gt;    Je vous garantis que cet instrument appauvrit considérablement les richesses harmoniques de la musique. Anne ne vous dira jamais qu’elle est une grande guitariste - je parle ici de sa musique et non de son talent de mélodiste -, mais cela a permis à ses textes d’être immédiatement mis en valeur.&lt;br/&gt;    Avec le temps, quant à ses textes et ses musiques, Anne a acquis une haute maîtrise de la dimension, de la forme, de la distance. Elle fait éclater le carcan de la chanson traditionnelle en créant des formes nouvelles, des fresques. Il y a des chansons d’élévation d’esprit d’une tenue exceptionnelle. Et je ne renie pas celles de ses débuts qui sont extraordinaires; en dehors du métier qu’elle a désormais, elle possède l’essentiel, et depuis toujours : le talent, la personnalité.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;L’orchestration&lt;br/&gt;    Anne fait partie des artistes qu’on ne peut pas orchestrer sans lire les textes ! Le plus important pour travailler avec quelqu’un, c’est la rencontre : c’est par là que tout commence. Je n’ai jamais rien orchestré d’Anne sans qu’on se parle avant. Elle aime écrire et composer seule, isolée, à la guitare. Ensuite, elle m’apporte une ébauche sur cassette et me raconte ce qu’elle attend de moi. Comme nous nous connaissons depuis longtemps et qu’on s’aime beaucoup, on se comprend de mieux en mieux. On raconte la même histoire parallèlement et dans le même sens de plus en plus vite. Nous formons comme un vieux ménage ! (rires)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Les deux répertoires&lt;br/&gt;    Qu’elle crée pour les adultes ou les enfants, elle a exactement le même talent. Et cela lui a peut-être fait du tort car on a été tellement éblouis par ses chansons pour enfants qu’on a eu tendance à oublier un peu l’autre côté de son répertoire. Elle est la première à n’avoir pas considéré les enfants comme des imbéciles. Elle a tout de suite su utiliser - comme pour les adultes - un langage amusant, astucieux et surtout instructif ! Rien n’est jamais inutile dans ce qu’elle leur raconte. La richesse des degrés de lecture est semblable dans les deux domaines. Cela suscite une émotion, un sourire et toujours une réflexion. Certaines de ses chansons pour enfants sont comparables aux Fables de La Fontaine qu’on leur a trop longtemps exclusivement réservées. Son dernier disque, Tournez Fabulettes, est écoutable par tous pour la plupart des titres.&lt;br/&gt;    Je vais vous dire, ce disque a été un vrai bonheur ! A force de se connaître, de s’aimer et d’avoir essayé de bien faire, aujourd’hui, on a envie de s’étonner, de se surprendre réciproquement : eh bien voilà le meilleur stimulant qui soit ! On s’est amusés comme des fous, on était heureux ! Travailler sur ce disque, c’était comme partir en vacances. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Laurent Luneau  &lt;br/&gt;en janvier 1993 à Paris.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Entretien avec Anne Sylvestre (1993)</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Entretien_avec_Anne_Sylvestre_%281993%29.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 21:25:13 +0100</pubDate>
      <description>« Ecrire et me débarrasser&lt;br/&gt;    Ecrire pour ne pas sombrer&lt;br/&gt;    Ecrire au lieu de tournoyer&lt;br/&gt;    Ecrire et ne jamais pleurer&lt;br/&gt;    Rien que des larmes de stylo&lt;br/&gt;    Qui viennent se changer en mots&lt;br/&gt;    Pour me tenir le cœur au chaud »&lt;br/&gt;    (Ecrire pour ne pas mourir, 1985)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    JE CHANTE ! - Anne, vous venez de sortir un nouvel album de Fabulettes. Vous êtes la première à avoir fait des chansons pour les enfants. Comment cela vous est-il venu ?&lt;br/&gt;    ANNE  SYLVESTRE.- Les gens croient toujours que l’on se décide comme ça : « Tiens, je vais faire de la chanson pour enfants ! ». Mais en fait, mes toutes premières Fabulettes, je les ai écrites presque en même temps que mes premières chansons. A cette époque, je chantais tous les soirs au cabaret et je faisais donc des chansons pour renouveler un peu mon répertoire. Ensuite, j’ai eu un bébé, ma fille Alice, et c’est pour elle que j’ai écrit mes premières Fabulettes. Alice vient d’avoir 32 ans à Noël, ça fait donc un petit moment ! Quand je les ai écrites, j’étais chez Philips qui n'a pas voulu les enregistrer. Cette firme avait un énorme catalogue de livres-disques pour enfants dans lesquels on trouvait les vieilles chansons françaises par Lucienne Vernay et les Quatre Barbus, les contes de Perrault et de Grimm, les fables de La Fontaine, et j’en passe. En fait, ils ne croyaient qu’au répertoire existant. Absolument pas à une création nouvelle. Et quand je leur ai dit que j’avais fait des chansons pour les enfants, ça a été très compliqué. Ils ont commencé par refuser et finalement n'ont accepté que pour me faire plaisir. &lt;br/&gt;    Le disque est sorti en 45 tours sous une simple pochette avec des petits dessins dessus; environ deux ans après, ils ont décidé d’en faire un livre-disque dans leur collection. Et - détail qui en dit long sur les relations des artistes avec les maisons de disques - ils m’ont dit : « Comme nous faisons une pochette de livre-disque, vous ne toucherez que la moitié des royalties ». Comme je ne touchais que 5%, je n’ai plus eu que 2,5% sur ce disque. Celui-ci a stagné pendant deux ou trois ans, il ne se vendait pas. Et puis un jour, en tournée, j’ai rencontré des instituteurs qui m’ont dit : « Ecrivez-en d’autres, on en a besoin, c’est du matériel nouveau, on aime bien ça ». A partir de là, j’en ai écrit de nouvelles. Ensuite ça a fait boule de neige, les gens en ont parlé. Mes meilleurs agents de publicité pour les Fabulettes ont été les instituteurs... Sans jamais passer dans les médias parce qu’à la radio, il n’y a jamais eu d’émissions pour les enfants. Quant à la télévision, il n’y avait au début que les dessins animés. Ensuite, quand quelques personnes se sont aperçu qu’il y avait un « marché » des enfants, ça a complètement changé.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Les chansons pour enfants viennent de la même façon que les autres ?&lt;br/&gt;    Si je savais déjà de quelle façon viennent les autres, je pourrais vous répondre !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Par exemple, est-ce que vous avez des thèmes pour les enfants et des thèmes pour les adultes ?&lt;br/&gt;    Oui, quand même ! C’est vrai que les enfants peuvent tout écouter, mais je pense qu’ils ont droit à un répertoire que l’on écrit spécialement pour eux parce qu’ils n’ont pas forcément les mêmes préoccupations, les mêmes centres d’intérêts ni le même vocabulaire que les adultes. Les chansons que je fais pour eux sont faites pour qu’ils les écoutent et pour qu’ils les chantent, et éventuellement pour qu’ils s’amusent avec; je les écris pour qu’elles deviennent un outil, un outil de plaisir, pour les éducateurs, les instituteurs, etc.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Par exemple, les Chansons pour ?&lt;br/&gt;    Les Chansons pour, c’était de petites chansons fonctionnelles pour les relations entre parents et tout-petits. C’était un clin d’œil du style « je sais que tu sais, et je sais que tu sais que je sais », avec l’humour tout particulier des petits enfants. Ils ont une forme d’humour que j’aime bien. Ces chansons, je les écris de la même façon que les autres, à savoir avec autant de respect, autant de soin, autant d’estime pour l’auditeur futur. Dans la réalisation, aussi, c’est pareil. Dans le dernier, Tournez Fabulettes, François Rauber a fait ses orchestrations exactement de la même façon qu'il fait celles des disques du répertoire « adulte ». C’est, par ailleurs, un disque qui coûte aussi cher qu’un disque pour les adultes. Ce n’est pas parce que c’est fait pour les enfants qu’on va mettre trois musiquettes et un petit synthé.&lt;br/&gt;    En réalité, l'écriture est la même, mais dans la même période, je n’écris pas les deux. Depuis qu'on fait des CD, je me suis mis en tête que c'était mesquin de ne mettre que 10 ou 12 chansons, donc je tiens à en mettre 18, et pour faire 18 chansons, comme ça, dans un temps record, j’ai trouvé qu’il était intéressant de choisir une idée générale et de voir tout ce qui pouvait tourner autour de cette idée-là. Dans le précédent, c’était les Fabulettes à Manger, et j’avais traité de toutes sortes de choses qui se mangent. Cette fois-ci, j’ai été aidée par cette idée de tout ce qui tourne, c'était très « riche » !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Le manège est sur la place&lt;br/&gt;    Les chevaux sont blancs&lt;br/&gt;    Le manège est sur la place&lt;br/&gt;    Appelle les enfants&lt;br/&gt;    Entre eux, le voilà qui passe&lt;br/&gt;    Rêve un éléphant&lt;br/&gt;    Une balancelle basse&lt;br/&gt;    Une toupie d'argent... »&lt;br/&gt;    (Le manège est sur la place)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Est-ce qu’elles sont plus faciles à écrire ?&lt;br/&gt;    Non, pas du tout.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous mettez autant de temps à les écrire que les autres ?&lt;br/&gt;    Oui, mais ce n’est pas la même démarche. Par exemple, je n’ai pas envie de chanter les chansons pour enfants sur scène, alors que j’écris les autres pour les chanter sur scène. Il ne se passe pas la même chose dans la tête et dans l’esprit d’un adulte que dans celle d’un enfant. C’est plus direct, un enfant. Dans certaines des petites chansons écrites pour les enfants, je fais passer des choses que je pense importantes, mais pour eux, ce n’est pas nécessaire d’expliquer, c’est-à-dire qu’ils vont les ressentir et ne vont pas poser de questions sur le fond. Ils chanteront les chansons, et les mots qu’ils ne comprennent pas, ils se les feront expliquer par leurs parents, ou bien ça deviendra pour eux des mots un peu magiques qu’un jour, en grandissant, ils finiront par comprendre. Je fais attention de rester dans leur vocabulaire, mais comme il est très limité quand ils sont tout petits, il ne faut pas non plus se restreindre ou ça deviendrait très vite pauvre.&lt;br/&gt;    Dans notre enfance, on a tous eu ça : des chansons dont on s’aperçoit tout d’un coup qu’elles voulaient dire telle chose et non pas telle autre qu’on a fantasmée et qui était peut-être plus belle. Mais il y a des idées qui passent dans les chansons sans qu’on ait besoin d’expliquer. Il y a quelques années, j’ai fait un disque, Fabulettes en couleurs, qui était sur les différences, et qui contenait notamment la chanson Le petit sapin. Un petit sapin était au milieu des autres arbres et était mal vu  jusqu’au moment où tous les autres ont perdu leurs feuilles, et à ce moment-là, le sapin était tout fier. Une autre chanson s’appelait L’oiseau debout et était l’histoire d’un oiseau de nuit, par rapport aux autres oiseaux, etc.  A cette époque, je correspondais avec une classe d’enfants très handicapés. Pour m'envoyer des lettres, les enfants dictaient ce qu’ils avaient à dire à leur institutrice. Je leur avais envoyé ce disque en premier, avant tout le monde, et sans aucun problème, ces enfants ont écouté, et ont dit : « Le petit sapin, c’est nous ». Et l’oiseau aussi. Ça a été leurs chansons préférées.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Est-ce que vous pourriez nous dire quelques mots sur le spectacle que vous préparez, sur l’histoire, sur les personnes qui vont y travailler, ou est-ce encore trop tôt pour en parler ?&lt;br/&gt;    C’est un peu moins « la peau de l’ours » maintenant, parce que les choses se précisent. C’est une aventure pour moi, la première fois que je vais écrire pour le théâtre. Pour La Ballade de Calamity Jane, j’avais écrit les chansons, tandis que là, je vais assurer toute la partie théâtrale et musicale. Ce sera la troisième fois que je travaille avec Viviane Théophilides. Avant, il y a eu Gémeaux Croisées et La Ballade de Calamity Jane. Cette fois-ci, je suis auteur. De son côté, c’est la première fois qu’elle va travailler pour les enfants. C’est très excitant, c’est impressionnant, et en même temps, c’est intéressant de s’adresser à un public de petits, très réceptifs. Ce sera du théâtre musical, c’est-à-dire une pièce de théâtre avec une grande partie chantée et dansée et douze chansons environ. De vrais musiciens sur scène participeront à l’action. Ils ne seront pas là uniquement pour jouer de leurs instruments, ils seront aussi des personnages dans la pièce. Il y aura une guitare et un tuba, et une joueuse d’accordéon qui va jouer, chanter, parler, etc. Michèle Bernard a accepté ce rôle et c'est une joie pour moi. Parmi les acteurs, il y aura une chanteuse-comédienne et danseuse de claquettes, Elodie Béar, et quatre acteurs qui ont déjà joué dans le François d’Assise de Delteil adapté par Viviane, à savoir Stéphan Delon, Mathias Belair, Olivier Chambon et Philippe Houriet qui sera le directeur du cirque. Ça s’appelle Lala et le Cirque du Vent, ça se passe donc dans un cirque et toute l’histoire tourne autour de l’arrivée de ce cirque dans la ville de Saint-Ziquet sur Gadouille. Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire parce que c’est un petit peu compliqué. François Rauber fera les orchestrations.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Justement à propos de votre collaboration avec Viviane, il est dommage que les gens de spectacle ne se mêlent pas davantage, surtout que dans votre cas, il semble que cela ait été fructueux pour toutes les deux. Est-ce que pour vous, ça a changé quelque chose dans votre manière d’être sur scène ?&lt;br/&gt;    Oui, sûrement. Déjà, pour moi, la grande découverte a été Gémeaux Croisées. Quand j’ai commencé à prévoir ce spectacle avec Pauline Julien et Denise Boucher, déjà, j’avais envie d’autre chose. J’en avais un peu assez du tour de chant, j’avais envie de faire quelque chose de différent. D’ailleurs, ça a été le cas pour toutes les deux . Quand on a commencé à travailler, on ne voulait pas faire un double tour de chant ni un récital à deux, mais complètement autre chose. On a dit chacune ce que l’on voulait faire, une vraie folie; on a rempli des cahiers de choses complètement farfelues. Moi, je voulais monter sur un piano et arriver sur scène avec un sac à dos, et c’est ce qui a été fait. Pauline voulait chanter L’Homme à la moto..., enfin, des choses comme ça, un peu incroyables et on s’est dit : « On va les faire ». Puis on a fait une sélection, on a élagué. Pour trouver un metteur en scène, une dame, qui s’occupait des affaires culturelles et qui s’intéressait à mon projet, m’a suggéré de demander à Viviane Théophilides.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous la connaissiez déjà ?&lt;br/&gt;    Non, j’avais entendu parler d’elle mais je ne connaissais pas ses spectacles (et je le regrette !). Je lui ai donc envoyé les textes, c’était en été, elle était en Avignon. Comme j’étais dans la région, je lui ai téléphoné pour lui proposer de la rencontrer, et elle m’a dit : « Vous savez, je suis blonde ! », parce qu’elle avait lu le texte de la chanson Les blondes qui était dans le spectacle. Je lui ai répondu : « Ce n'est pas grave ! » On a déjeuné ensemble, et le soir, c’était comme si on était amies d’enfance. Viviane était très contente de travailler sur ce projet. Pour elle, c’était quelque chose de nouveau de travailler sur un texte qu’elle n’avait pas choisi elle-même. Elle avait toujours eu des parties musicales dans ses spectacles, mais en l'occurrence, il s'agissait simplement de deux chanteuses. Je suis arrivée avec une grande innocence en lui disant : « Je ne sais rien faire, mais ce que tu me diras de faire, je le ferai ». Je venais quand même avec vingt-cinq ans de tour de chant derrière un micro sur pied avec une guitare entre les bras. C’était comme si on m’avait ouvert une porte en me disant : « Tu es capable, tu peux y aller ». Je me suis aperçue que je pouvais bouger. Et puis il y a eu le fameux micro HF qui est une trouvaille parce que c’est la liberté. Sinon, on se plante devant un pied et on chante, c’est tout. Mais si on a envie de bouger, le HF c’est merveilleux.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    En dehors de votre façon de vous accompagner qui a changé, il y a une chose nouvelle : vous chantez les autres.&lt;br/&gt;    Oui, aussi. C’est vrai que je me suis longtemps accompagnée à la guitare, c’était comme ça mais je n’étais pas une très bonne guitariste. Je ne pouvais pas jouer sans y penser, je chantais et en même temps, il fallait que je pense à mes doigts sur les cordes. C’était vraiment très contraignant et je n’étais pas contente de la façon dont je jouais. En laissant tomber ça, j’ai trouvé la liberté de pouvoir uniquement chanter, donc chanter plus. Parce que quand on s’accompagne, on se fait son rythme à soi. C’est difficile de jouer d’une façon et de se « balader », de chanter autrement. Je me suis aperçue que c’était un très grand plaisir d’interpréter. De là à avoir envie d’interpréter quelques chansons des autres, c’était un petit plaisir que je me suis offert.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Aux douze coups de minuit&lt;br/&gt;    Ma femme tomba dans un puits&lt;br/&gt;    Depuis lors, époux fidèle&lt;br/&gt;    Je soupire sur la margelle&lt;br/&gt;    Et pour tromper mon chagrin&lt;br/&gt;    Je fredonne ce refrain :&lt;br/&gt;    Ah si j'avais une échelle&lt;br/&gt;    Brûlant d'amour pour ma belle&lt;br/&gt;    Je m'en irais sans plus de discours&lt;br/&gt;    Rapidement lui porter secours... »&lt;br/&gt;    (La margelle, de Roger Riffard)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Le fait de chanter les autres est aussi un moyen de les faire découvrir au public. Je pense à Roger Riffard. On se souvient peu de Roger Riffard mais La margelle est une chanson qui a été formidablement accueillie.&lt;br/&gt;    Oui, parce que c’est une merveilleuse chanson. Il faudra que je cherche dans les autres chansons de Riffard, d’ailleurs, mais celle-là, je la trouve exemplaire. Elle est parfaite. Roger écrivait tellement bien ! Il n’y a pas beaucoup de chansons que j’ai envie de chanter, mais ça arrive quelquefois, comme ça. Après Gémeaux Croisées et après Calamity Jane, il est certain que le tour de chant que j’ai fait, qui s’appellait Détour de chant, était tout à fait autre chose que ce que j’avais fait avant parce que j’avais envie d’évoluer un petit peu. Pour moi, le tour de chant tel que je l’ai fait pendant longtemps est dépassé. Peut-être que les gens ont envie qu’on fasse quelque chose de nouveau. Se planter là et chanter, faire trois pas en arrière, saluer, revenir, chanter, c’était peut-être très bien, mais quand je vois les cassettes vidéo que j’ai de certains de mes tours de chants, je me dis : « Mon Dieu, ce n’est plus possible ! ». Ce n’est pas du tout pour mettre de la sauce autour, c’est au contraire pour mettre un cadre autour de la photo. Et en effet, je trouve que ce serait bien de mélanger les genres. J’en ai eu souvent envie avant, et je ne pouvais pas, mais, en l'occurence, je pense que ça apporte énormément. Quand nous avons travaillé sur Gémeaux Croisées, Pauline et moi avons bénéficié des conseils du metteur en scène qui avait un autre imaginaire que nous, et nous apportait beaucoup. Viviane reconnaît, elle aussi, avoir appris en nous regardant travailler parce que l'autonomie de la personne qui chante est assez spéciale. Il y a une mise en scène et des mises en scènes à l’intérieur.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Votre collaboration avec Viviane n’est pas encore finie !&lt;br/&gt;    Non, d’ailleurs pour mon prochain tour de chant, je pense lui demander un regard.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous souhaitiez reprendre Y'a un climat  de Jean Guidoni. Est-ce que c’est ça, aussi, l’interprétation : se confronter à un univers qui paraît - du moins dans la forme - complètement différent du vôtre ?&lt;br/&gt;    En fait, c’est cette chanson-là qui me plairait. J’ai essayé de la travailler, mais elle est très difficile et je n’ai pas encore réussi à l’inclure. Dans ce cas, ce n’est pas une personne mais une chanson qui me séduit. C’est comme Présence de Félix Leclerc. D’ailleurs, j’ai aussi l’intention de reprendre une chanson que j’ai eu l’occasion de chanter dans une émission de radio l’année dernière : Les passantes , le poème d'Antoine Pol que Brassens a mis en musique. C’est une merveille à interpréter. C’est surtout ce que je peux en faire qui m’intéresse. Il y a certaines magnifiques chansons que j’adore et que je ne chanterai jamais parce que je n’apporterais rien.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Si vous deviez enregistrer un disque entièrement fait de chansons des autres, lesquelles choisiriez-vous ?&lt;br/&gt;    Il y a déjà celles que je chante sur scène, il y a La margelle de Roger Riffard, A l'envers de France Léa, Amour qui s’enfuit de Michèle Bernard... Il y a aussi Leclerc et Brassens. Et puis je mettrais sûrement une chanson de Boby Lapointe. Je les connais toutes par cœur mais dans mon tour de chant, je ne sais pas si ça passerait... Il y en a certainement d’autres, mais ça ne me vient pas comme ça. J’aimerais bien le faire, mais ça ne se vendrait pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « A l'envers j'ai plus mal au cœur&lt;br/&gt;    A l'envers même quand c'est pas l'heure&lt;br/&gt;    Rêve&lt;br/&gt;    A l'envers j'ai besoin de rien&lt;br/&gt;    A l'envers j'ai plus peur de rien&lt;br/&gt;    Libre&lt;br/&gt;    A l'envers c'est jamais trop tard&lt;br/&gt;    Y'a comme un espoir&lt;br/&gt;    Vivre... »&lt;br/&gt;    (A l'envers, de France Léa)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous avez aussi été interprétée par les autres : Cora Vaucaire, Serge Reggiani, Barbara, Pauline Julien, Brigitte Sauvane, Claude Vinci... Est-ce que cela vous apprend quelque chose sur vos chansons ?&lt;br/&gt;    Ça dépend. Moi je suis toujours contente qu’on me chante. Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui me chantent, sans que ça se sache parce que ce n’est pas enregistré, dans les écoles de chansons, dans les auditions, par plein d’inconnus. Ce que je déplore c’est qu’il y ait si peu d’hommes qui chantent mes chansons. Bien sûr, il y a des chansons qui sont particulièrment destinées à des femmes mais pas autant qu’on le croit, et je trouve dommage qu’elles n’aient pas été interprétées davantage par les hommes. Il y a Reggiani qui a chanté Maumariée après en avoir enlevé un couplet !&lt;br/&gt;    Quand j’ai vu Pauline chanter pour la première fois Une Sorcière comme les autres, je dois avouer que j’ai pleuré, j’étais très émue. Mais quelquefois, c’est un peu déroutant parce qu’il y a des contre-sens. Alors dans quelle mesure est-ce que l’on peut laisser faire les contre-sens...? Quand j’étais à la Colombe, Michel Valette faisait des auditions tous les mois. J’avais une chanson humoristique qui s’appelait Valse marine et un jour Michel me dit : « J’ai eu hier en audition une jeune chanteuse qui a chanté Valse marine sérieusement, au premier degré. C’était terrible ! ». Evidemment, je pense que l’interprète a des droits. Je ne sais pas s’il a tous les droits, mais il a des droits. Celui de se tromper, parfois, semble-t-il !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Il a aussi le devoir de comprendre les chansons.&lt;br/&gt;    Oui, c’est vrai. Souvent, on m’a demandé des explications sur une chanson. C’est éprouvant, ça, parce qu’on fait des chansons pour ne pas expliquer, justement !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment s’est fait le duo avec Boby Lapointe ?&lt;br/&gt;    On était très copains, on passait dans les mêmes cabarets, et à cette époque, les duos romantiques fleurissaient sur les ondes et les disques. Alors j’ai voulu écrire un duo et j’ai cherché un partenaire. J’ai hésité entre Riffard et Boby pour la chanter avec moi. La voix de Riffard était un peu trop proche de la mienne, donc j’ai demandé à Boby de bien vouloir enregistrer cette chanson, Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant. Alain Goraguer avait fait l’orchestration. Ça a été épique ! Boby n’avait pas vraiment le sens du rythme, c’est-à-dire qu’il avait son sens du rythme à lui, il partait comme une locomotive et on ne pouvait plus l’arrêter. Il partait et il arrivait au bout, ça oui, il arrivait au bout, mais pas toujours en même temps que les autres. Et à la fin, on s’est écroulés, les musiciens aussi, enfin tout le monde était par terre ! C’est un souvenir très joyeux.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Je ne savais pas qu'un homme c'était aussi déroutant&lt;br/&gt;    Ce doit être ce qu'on nomme un don juan, et pourtant&lt;br/&gt;    Je pense à ce que ma mère a failli me dire un soir&lt;br/&gt;    Des choses bien singulières que je ne veux pas savoir&lt;br/&gt;    Depuis l'temps que j'l'attends, que j'l'attends&lt;br/&gt;    Depuis l'temps que j'l'attends, j'ai des doutes maintenant... »&lt;br/&gt;    (Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous avez chanté dans toutes sortes de salles.&lt;br/&gt;    Ah oui, des grandes, des petites, des chapiteaux. Maintenant quand je me promène et que je rencontre une salle où je ne suis pas passée, c’est qu’elle est neuve. Il y a eu de tout. Il y avait les salles, mais aussi les coulisses. J’ai des souvenirs d’inondations dans les loges, de pluie sur scène, de réflexions du style « Ah bon, vous avez besoin d’un miroir ? », et puis de temps en temps, ô miracle, de superbes théâtres à l’italienne. Une année, j’ai fait une tournée que j’ai appelée la tournée des gymnases parce qu’on ne passait que dans cette sorte de salles. J’avais même dit que si cela continuait je chanterais avec un jogging et des tennis. On ne pouvait pas régler les éclairages parce qu’il y a toujours des verrières dans les salles de sport. Il y a eu aussi les chapiteaux par temps de grand vent. Les éclairages étaient fixés à des perches et ça se promenait un peu. Il y a eu aussi ce que j’appelais les salles Saint-Joseph, c’est-à-dire les salles paroissiales. Dans mon enfance, il y avait à Suresnes une salle qui s’appelait la salle Saint-Joseph où l’on faisait les fêtes de fin d’année des scouts et des guides, et donc, pour moi, les salles Saint-Joseph, c’est quelque chose de très particulier. Mais ce que j’ai eu de plus frappant, c’était en Suisse. Souvent, en Suisse et en Belgique, les plus jolies salles sont dans les collèges. Il y a de magnifiques salles bien équipées avec un moine qui vous fait la régie, c’est très rigolo. Une fois, en Suisse, pour aller dans les loges, il fallait descendre au sous-sol. Et là, il fallait passer des portes de cinquante centimètres d’épaisseur, et ça avait vraiment une allure bizarre. Les miroirs étaient en métal, tout ça était d’une gaité folle et en regardant de plus près, je me suis aperçue qu’on était dans un abri anti-atomique. Quand je suis arrivée sur scène, je n’étais pas dans un état d’esprit extraordinaire ! Ce que j’ai trouvé un peu difficile aussi, c’était parfois les théâtres en plein air ou alors les fêtes où l’on entend les haut-parleurs.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Je pensais également à la grandeur des salles. Vous avez fait l’Olympia, aussi. Est-ce que ça change votre rapport avec le public ?&lt;br/&gt;    Ça change forcément, parce que cinq cents places et deux mille ça ne fait pas le même effet. C’est en-dessous de cinq cents que ça devient différent. Il y a deux ans, j’ai fait une tournée des petits lieux, et j’ai trouvé ça très intéressant. C’était une façon de renouer avec le public proche parce que je ne l’avais pas fait depuis très longtemps et on est descendu juqu’à une centaine de spectateurs, parfois moins. Alors, d’avoir les gens là, sur les pieds, c’est sûr que ce n’est pas la même chose : un clignement de paupière, ça équivaut à un geste du bras. Mais il n’y a pas que la taille de la salle, il y a aussi sa forme, sa fréquentation, il y a aussi les gens. Moi, j’aime énormément les grandes salles. Mille places, je trouve ça merveilleux. Une salle pleine de mille personnes, c’est beau, ça renvoie une énergie extraordinaire, et on peut donner beaucoup. Je n’ai pas peur de ces dimensions-là, je n’ai pas peur de mon aptitude à capter ça. Mais en ce qui concerne le tour de chant, c’est le même. Ce Détour de chant que j’ai trimballé dans de petits lieux pendant deux ans, j’ai donné rigoureusement le même au festival de Sauve devant trois mille cinq cents personnes et en plein air. On ne remplit pas la scène en bougeant, on la remplit par la présence, par la façon d’être là. Mais si on est là en ayant l’air de dire « Excusez-moi, je ne fais que passer », on laisse la scène vide. Les Québécois qui, contrairement à ce qu’ils veulent laisser croire, emploient beaucoup de mots anglais, disent qu’on est « groundés », c’est-à-dire enracinés dans le sol. Je ne dis pas qu’il ne faut pas bouger, mais si l’on bouge,  il ne faut pas que ce soit uniquement pour faire de l’air. Je pense qu’il faut avoir l’air d’être chez soi sur scène et être capable, par exemple, de laisser un silence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quand vous faites découvrir une nouvelle chanson au public, vous êtes attentive à sa réaction ?&lt;br/&gt;    J’ai tellement le trac que la réaction, je ne la connais qu’après. J’ai le trac et en même temps tellement de bonheur à la chanter que je voudrais la faire dix fois de suite. J’ai le trac avant et j’ai le trac après, alors la chanson d’avant et la chanson d’après s’en ressentent un peu. Quand c’est nouveau, ça crée une émotion, et je pense que les gens le sentent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Je suis le funambule et j'aborde mon fil&lt;br/&gt;    Je le connais par cœur et ce n'est pas facile&lt;br/&gt;    Je suis toujours fragile et puis la terre est basse&lt;br/&gt;    Je pense que mon fil se pourrait bien qu'il casse&lt;br/&gt;    Que j'ai peut-être peur ou bien peut-être pas&lt;br/&gt;    Et puis que je vous aime vous qui êtes en bas... »&lt;br/&gt;    (Sur un fil)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous pourriez changer une chanson si elle avait, sur scène, un accueil qui n’est pas égal à celui que vous attendiez ? Il peut aussi y avoir des contre-sens de la part du public. Est ce qu'il pourrait vous arriver de la réécrire ou d’y changer quelque chose ?&lt;br/&gt;    Si c’est flagrant... J’ai eu ça une fois. Une chanson que j’ai chantée quelques fois et qu’ensuite j’ai supprimée complètement. A tel point que je ne l’ai même plus. Il y a quelqu’un qui l’a sur une cassette. C’était au Forum des Halles, sous un chapiteau. C’est une chanson que j’avais écrite sur les programmateurs, dans laquelle je faisais parler un programmateur et qui commençait par : « Très chers auditeurs, vous êtes bien trop cons... », etc. Le refrain disait : « Heureusement que je suis là pour mieux choisir à votre place ».  Elle était plutôt bien faite, mais il y avait quelque chose qui n’allait pas parce que les gens le prenaient pour eux. Ils croyaient que je les traitais de cons. Il aurait peut-être fallu qu’à l’époque je fasse un « chapeau » pour expliquer... enfin, je ne sais pas, il y avait quelque chose qui ne collait pas. Mais si j’y avait beaucoup tenu, à cette chanson-là, je crois que je l’aurais maintenue. En fait, je l’avais écrite sur un coup de colère et elle était un petit peu trop anecdotique. &lt;br/&gt;    En revanche, il y en a une autre, L’honneur, qui n’a pas marché du tout les premières fois où je l’ai chantée. Comme j’y tenais beaucoup, j’ai persisté. Il y a des chansons qu’on tient tout de suite, et puis il y en a d’autres qui doivent faire leur place, qui doivent venir, se roder. Je crois qu’il faut qu’une chanson fasse son trou, qu’elle vive. De même, parfois, on me demande pourquoi j’ai supprimé telle ou telle chanson. Eh bien, je l’ai supprimée parce qu’elle avait perdu ses couleurs, et il faut qu’elles reviennent. Je crois qu'on doit de temps en temps enlever des chansons, les laisser reposer, et ensuite, elles reviennent d’une autre façon. Il y en a beaucoup que j’ai chantées ces derniers temps que je n’avais pas chantées depuis quinze ou vingt ans et ça redevient un plaisir parce qu’on met dedans tout ce qui s’est passé depuis. C’est-à-dire que la chanson profite de tout ce qui s’est passé d’important. Une chanson se nourrit de la vie. Et puis il y a les nouvelles. Alors là, c’est toujours le même problème : - « Pourquoi est-ce que vous avez enlevé cette chanson ? » - « Parce que j’en ai mis une autre à la place » ... il faudrait toujours chanter les anciennes mais aussi des nouvelles... En général, c’est toujours moi qui choisis.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Pourquoi est-ce que vous avez mis si longtemps à faire un disque enregistré en public ?&lt;br/&gt;    Parce qu’auparavant je n’avais qu'un musicien, et qu’un enregistrement public avec simplement une guitare et une contrebasse, c’était assez pauvre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    EPM vient de sortir deux CD de compilation de vos enregistrements parus dans les années 70 sur votre label, Sylvestre. Qu’en est-il pour Philips ? On verrait bien une intégrale « 1959-1967 »...&lt;br/&gt;    Je n’ai aucune nouvelle de Philips. Il existe une compilation qui a au moins cinq ans et tout le reste, je suppose, est au fond de leurs caves en train de pourrir. Je n’ai rien de prévu avec eux. Quant aux disques Meys... &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Un double compact est sorti il y a quelques années.&lt;br/&gt;    Oui, c'est une compilation que j'ai faite moi-même. Pour ce qui est de Philips, je crois que ça ne les intéresse pas. C’est un peu triste, d'autant plus qu’à une certaine époque, j’aurais pu proposer de racheter les bandes, mais maintenant, c’est trop tard. A partir de l’année prochaine, je crois que je vais réenregistrer toutes les chansons, chronologiquement, en partant du début. C'est un gros travail ! Si je veux sortir un CD par an, j’en ai pour un moment.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous conserverez les mêmes orchestrations ?&lt;br/&gt;    Je referai des orchestrations nouvelles, plus « légères » en musiciens, mais en reprenant tout et en l’interprétant comme j’en ai envie. Je regrette un peu l’aspect « historique » - pour moi, en tout cas - des premiers enregistrements qui datent de trente-cinq ans. Je trouve que c’est intéressant, encore que je n’aime pas les écouter, ça m’agace. Mais ça m’ennuie aussi de penser que toute cette part de moi-même soit perdue. Je me ferai un petit plaisir en les réenregistrant.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Avec une prédominance de guitare ?&lt;br/&gt;    La guitare n’est jamais vraiment prédominante, sauf quand François Rauber en met trois plus une harpe, comme il l’a fait quelquefois. Ce n’est pas une prédominance, c'est une présence et il est vrai que mes chansons ont beaucoup été faites pour être chantées avec une guitare, mais depuis trois ans, depuis que je me fais accompagner au piano après avoir complètement abandonné la guitare, je me suis aperçue qu’elles étaient bien comme ça, aussi. Ça leur donne une nouvelle vie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous pourriez modifier les textes ?&lt;br/&gt;    Oh ! il y aura peut-être un mot par-ci par-là, une phrase... Je l’ai déjà fait dans trois chansons, je crois. J’ai changé des choses et toujours, quelqu’un est venu me voir en me disant : « Tiens, vous avez changé ça » ! Par exemple, dans Les amis d’autrefois, j’ai mis « Nous avons grandi »  au lieu de « Vous avez grandi », parce que je trouvais que c’était un peu dur de m’exclure. Dans Lazare et Cécile, aussi : j’ai mis « Sous la branche d’un hêtre » au lieu de « Sur la branche d’un hêtre »... Et parfois, en réécoutant la chanson, je me dis : « Mais pourquoi je n’ai pas mis ce mot-là ?! » Il y a eu une grosse modification dans L’enfant qui pleure au fond du puits où j’ai complètement changé la fin. J’ai réécrit une fin positive au lieu du désespoir de la première version, mais si je la réenregistre, je ne sais pas laquelle je prendrai. Dans ce cas-là, c’était vraiment une intention de changer, sinon, c’est un détail de puriste, parce que je trouve un mot plus beau qu’un autre.&lt;br/&gt;    Les interprétations seront sans doute différentes. Ce qui est effrayant, c’est que lorsqu’on enregistre un disque, ça correspond à un moment de la chanson. Et quand on la chante une seconde fois, c’est encore différent. C’est pour ça que je n’aime pas beaucoup écouter mes disques au bout d’un certain temps, parce que ce n’est pas « ça ». Il y en a une tout particulièrement que je n’aime pas sur disque, c’est Une sorcière comme les autres parce que lorsque je l’ai enregistrée, je ne l’avais jamais chantée sur scène. C’était long et lent, puisqu’elle durait  sept minutes, et ensuite, en public, elle s’est mise à vivre. Puis je l’ai chantée avec Pauline et c’est devenu quelque chose de complètement différent. Il faut le savoir et l’admettre : l'enregistrement, c'est un moment. Et en scène, c’est encore une autre sorte de moment.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    On a souvent souligné que vous défendiez la condition de la femme et ses droits. N'est-ce pas une erreur de toujours coller cette image-là parce qu’il me semble que ce sont des chansons qui s’adressent avant tout aux hommes.&lt;br/&gt;    C’est très simple, j’ai écrit des chansons sur les femmes à une époque où ça n’existait pas beaucoup. Donc il y avait une grande quantité de femmes et de filles qui ne se retrouvaient pas dans ce qu’on leur donnait comme chansons. Je le sais d’autant plus que moi, j’ai fonctionné avec tout ce qu’écrivaient les hommes pendant des années et des années. Il se trouve que je savais en parler. Je ne peux pas dire que je n’étais pas féministe - enfin, on appelait ça féministe, alors va pour féministe -, disons que j’étais une femme consciente qui se battait pour une reconnaissance et un droit au respect. Pas mal de mes chansons ont reflété ça, bien sûr, mais il y en a qui l’ont reflété plus que d’autres. Je pense que dans tout ce que j’ai écrit, j’ai toujours défendu la dignité - des femmes puisque j’en suis une -, mais aussi des gens. Ce que j’ai fait, c’était écrire des chansons sur les gens. Quand on me disait : « Vous écrivez des chansons pour les femmes, alors évidemment, il n’y a que les femmes qui vous écoutent », je répondais ce que je vais vous répondre maintenant : c’est qu’il me semblait - et il me semble toujours - que de parler des femmes, ça devrait drôlement intéresser les hommes parce qu’assez souvent, ils n’y comprennent pas grand-chose et donc, c’était peut-être une façon de parler de quelque chose qui les préoccupait. Je me souviens qu’une jeune-fille est venue me dire : « Tu comprends, c’est pas facile ! Va expliquer ce que tu es à un mec ! Alors tu le prends, tu l’amènes, il écoute Une sorcière comme les autres et là, il a compris quelque chose ! »&lt;br/&gt;    Bien sûr, tout est réducteur, mais je crois que j’ai écrit des chansons sur les gens, surtout. Il se trouve que je suis une femme, donc je connais mon sujet. Il y a une chose qui m’a toujours agacée, c’est les hommes qui écrivent au nom des femmes. Qu’ils écrivent sur les femmes, qu’ils écrivent pour les femmes, d’accord, mais en leur nom... Toutes ces interprètes qui chantent des chansons écrites par des hommes, ce n’est pas toujours très juste. Par exemple, Non, tu n’as pas de nom, je ne pense pas qu’un homme aurait pu l’écrire. Très souvent, j’ai écrit des chansons pour que les gens ne se sentent pas seuls, pour qu’ils se disent : « Ah bon, je n’étais pas seul à penser ça ou pas seul à être comme ça ! ». Je n’allais pas me retenir sous prétexte qu’on allait me coller une étiquette.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Dans beaucoup de chansons, vous utilisez l’anecdote, les faits divers, avec, comme leçon essentielle, la nécessité d’écouter les autres et de les comprendre. Je pense à des chansons comme Lazare et Cécile ou Rose.&lt;br/&gt;    Dans le cas de Rose, c’est vraiment un fait divers, mais ce n’était pas seulement le fait divers qui m’avait fait réagir, c’était la façon dont il était relaté. C’était un petit article dans un journal qui parlait de cette infanticide qui avait seize ans et qui ironisait sur la pauvre fille en disant : « Alors voilà, elle a dit qu’elle ne l’aimait pas. Elle ne l’aimait pas ! », comme si l’instinct maternel était absolument obligatoire, inné, etc. Cette gamine de seize ans qui s’était fait coller un moutard, elle n’avait pas eu l’instinct maternel, elle n’avait pas su comment faire. J’avais été scandalisée par cette espèce de suffisance du journaliste du haut de son stylo ! Le désarroi, ça existe !&lt;br/&gt;    Sinon, l’anecdote, c’est ce qui arrive aux gens. Pour Clémence en vacances, j’avais entendu parler d’une vieille femme qui ne faisait plus rien. Et les gens disaient : « Mais elle ne fait plus rien ! Elle ne fait plus rien ! ». Je trouvais ça merveilleux, moi, elle ne voulait plus rien faire ! Alors que les gens qui racontaient ça trouvaient que c’était vraiment honteux. Ce sont des petites histoires, les histoires des gens.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Clémence est devenue folle&lt;br/&gt;    Paraît qu'elle ne fait plus rien&lt;br/&gt;    Mais selon l'apothicaire&lt;br/&gt;    Dans l'histoire le plus fort&lt;br/&gt;    N'est pas qu'elle ne veuille rien faire&lt;br/&gt;    Mais n'en ait aucun remords... »&lt;br/&gt;    (Clémence)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Dans votre œuvre, il y a deux chansons qui résument un peu toutes les autres, et toutes vos préoccupations : Lazare et Cécile et Mon mari est parti.&lt;br/&gt;    J’ajouterais Porteuse d’eau. C’était des chansons qui annonçaient, alors, parce que ce sont toutes des anciennes. Je trace des lignes en partant de certaines chansons anciennes, qui repassent dans d’autres... Il y a des lignées, comme ça. Mais c’est vrai qu’il y en a qui annoncent les autres. Lazare et Cécile, ça résume quoi ? Toutes les chansons d’amour ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    L’incompréhension, aussi...&lt;br/&gt;    Oui, le conformisme et l’intolérance. Il y en a une un peu avant Lazare et Cécile qui est Madame ma voisine. Je pense la reprendre, d’ailleurs, celle-là.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Il y a aussi une « ligne » de chansons sociales, de critique de la société comme Un mur pour pleurer ou Pas difficile.&lt;br/&gt;    Oui, je rajouterais Les gens qui doutent, aussi. Vous savez, une vie, c’est fait de tellement de choses, et moi, je fais chansons avec tout.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Ce qui donne beaucoup de force à ce que vous dites, c’est la dignité des constats que vous faites. Il n’y a pas de pleurnicheries.&lt;br/&gt;    Je suis assez pudique. En ce qui me concerne, je trouve qu’un ton retenu me permet de mieux évoquer ce que je ressens. On peut aussi s’indigner et crier. Je l’ai fait aussi dans Un bateau mais demain et Coïncidences.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Oui, il y a des chansons de colère, aussi.&lt;br/&gt;    C’est vrai, mais quelquefois, on est au-delà de la colère. Je crois que Pas difficile, dans son espèce de dénuement, rapporte mieux le propos.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Elle est toujours d’actualité, cette chanson.&lt;br/&gt;    Malheureusement ! Tout comme Non tu n’as pas de nom qui est, aussi, une chanson complètement intérieure.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Quiconque se mettra entre&lt;br/&gt;    Mon existence et mon ventre&lt;br/&gt;    N'aura que mépris ou haine&lt;br/&gt;    Me mettra au rang des chiennes&lt;br/&gt;    C'est une bataille lasse&lt;br/&gt;    Qui me laissera des traces&lt;br/&gt;    Mais de traces je suis faite&lt;br/&gt;    Et de coups et de defaites... »&lt;br/&gt;    (Non tu n'as pas de nom)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Mon mari est parti est une chanson qui évoquait la guerre d’Algérie. Est-ce qu’elle passait à la radio à cette époque ?&lt;br/&gt;    Elle a été perçue comme une chanson qui parlait de la guerre d’Algérie, mais pour moi, c’était une chanson qui parlait de la guerre, de toutes les guerres. C’est une chanson qui a beaucoup été écoutée, qui est beaucoup passée sur les ondes.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Elle n’a jamais été censurée ?&lt;br/&gt;    Non. Malheureusement, je n’ai jamais eu de censures avouées, sinon, j’en aurais profité. Ça m'aurait fait de la publicité !! J’ai été seulement « déconseillée ».&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    A propos de la forme, vous avez traité de façon humoristique et grave des mêmes thèmes. Je pense par exemple à Une sorcière comme les autres, et La faute à Eve. Est-ce que l’humour est un moyen de faire passer le message d’une façon légère, un peu plus facile pour le public ?&lt;br/&gt;    L’humour permet de faire passer des choses horribles, des choses qu’on ne pourrait pas dire autrement, graves ou pas. Je pense à Petit bonhomme, par exemple, si j’avais dit la même chose sérieusement, je me serais fait lyncher ! De toute façon, il faut des chansons d’humour, et là, je parle sur un plan fonctionnel. Dans un tour de chant, il faut de tout, et il faut des chansons qui fassent rire les gens pour les faire exploser un petit peu. Il y en a aussi qui ne sont pas thématiques mais qui sont efficaces comme La lettre ouverte à Elise. Qui n’a pas son pianiste du dimanche ? L’humour est essentiel, mais on ne peut pas traiter tout de cette façon là. Dans mes prochaines chansons, j’en ai deux qui sont rigoureusement sur le même thème, une qui est grave et l’autre qui est humoristique et j’ai l’intention de les chanter l’une derrière l’autre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Est-ce qu’il n’y a pas une certaine injustice lorsque le public retient davantage les chansons drôles ?&lt;br/&gt;    Je ne suis pas sûre que le public retienne davantage les chansons drôles. Quand j’ai fait mes débuts, avec ma guitare et ma jupe plissée, à la Colombe, j’avais déjà plusieurs styles de chansons, et quand les gens appréciaient manifestement les chansons drôles, je me sentais insultée, je leur en voulais terriblement : « Ah bon ! les autres ne vous plaisent pas ! », etc. J’ai mis plusieurs années à reconnaître que les chansons d’humour étaient non seulement nécessaires, mais aussi très bénéfiques, les gens en avaient besoin et en plus ce n’est pas parce qu’elles faisaient rire qu’elles n’avaient pas de contenu.&lt;br/&gt;    Pendant très longtemps, et encore maintenant, il y a des gens qui viennent me voir sur scène et qui me disent en sortant : « Mais vous m’avez fait rire ! ». Dans leur esprit, ils viennent écouter quelqu’un qui chante de la poésie, donc ça va être emmerdant, ou en tout cas sérieux. Alors souvent, dans le tour de chant, après les trois premières chansons, la quatrième fait rire. Ça les frappe, mais ça n’empêche pas que souvent, aussi, ce sont généralement les chansons graves qui leur restent. Dans les dernières années, j’ai fait des trucs plus fracassants quant à  l’humour. Une chanson comme Les blondes ou La faute à Eve, il y a une chute par couplet, ce n’est pas mal.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Est-ce que vous pourriez nous parler de cette chanson un peu particulière qu'est Mousse ? Comment elle est née ?&lt;br/&gt;    Elle est venue avec le mot... je ne sais pas. Peut-être qu’au départ c’était une gageure, un mot par ligne, un mot par phrase.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Peut-être que vous ne la ressentez pas comme une chanson spécialement à part ?&lt;br/&gt;    Si, mais elle fait partie de celles qui sont venues toutes seules. Lazare et Cécile aussi. Il y a des chansons dont on a parfois l’impression qu’elles viennent sous la dictée. Lazare et Cécile, je ne l’ai pas particulièrement voulue, elle est venue comme ça.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Généralement, vos chansons mettent du temps à venir ? Comment travaillez-vous ?&lt;br/&gt;    Je les re-travaille beaucoup. Je les écris lentement, ou quelquefois très vite, mais en général, j’en mets une dizaine en route qui avancent petitement, ligne après ligne ou couplet après couplet. Il faut que je me force. Ce qu’il y a de bien, avec les chansons, c’est que ça reste dans la tête, ce n’est pas très grand ni très long, et en faisant autre chose, en marchant, en conduisant, en peignant un plafond, tout d’un coup, ça vient... un mot ou une phrase. Quelquefois ça vient comme ça, quelquefois, c’est parce que j’ai envie de parler de quelque chose de précis. Mais comment ? D’où viendra l’éclairage ? Est-ce que je vais prendre un personnage ou non ? Est-ce que c’est moi qui vais parler ou bien quelqu’un d’autre ? En fait, ce sont les mots qui amènent les idées, pas le contraire.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    On parle souvent de vos qualités d'auteur et on oublie un peu la musique, alors que dans vos chansons, elle est très importante.&lt;br/&gt;    Je pense que je suis une mélodiste. Mes musiques sont toujours appropriées à ce que je dis. De plus, je ne crois pas me répéter. Mais peut-être qu’on s’en aperçoit mieux, maintenant que je suis accompagnée différemment. Mon pianiste, Philippe Davenet, trouve justement que c’est très varié, mais bien sûr, la guitare aplatissait pas mal les choses, du fait que je ne jouais pas très bien. D’ailleurs, je me méfie, je ne compose pas mes musiques à la guitare, je les compose dans la tête, et ensuite, je les retrouve sur la guitare. La guitare réduit les choses, comme je n’ai pas beaucoup de possibilités d’accords. La musique vient en même temps que j’écris, mais je dois peut-être la préciser plus après, c’est-à-dire que j’écris le texte et la musique avec un rythme dans la tête, et ensuite je cherche un peu plus. Je travaille mes mélodies, je ne fais pas juste le tout-venant, comme ça. Mais pour moi, c’est un peu plus mystérieux, parce qu’autant je sais que je maîtrise les mots, l’écriture, autant la musique... Enfin, j’ai quelques règles parce que j’ai fait quelque dix ans de piano.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Classique ou jazz ?&lt;br/&gt;    J’adore le jazz, je n’ai écouté que ça pendant toute mon adolescence et j’en écoute encore énormément, mais je suis incapable d’en jouer. Ce n’est pas ma musique, ça.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Justement, chez vous, la musique est très importante parce qu’elle participe à ce que l’on pourrait appeler la rêverie. Je pense à Mousse, à La femme du vent où les mélodies sont extrêmement importantes.&lt;br/&gt;    Oui, c’est l’autre dimension, et c’est aussi la porte ouverte au chant. Il faut que la voix s’y retrouve, qu’elle puisse faire ce qu’elle est capable de faire ou plus, d’ailleurs. Je m’écris souvent des choses difficiles à chanter. Je les écris d’abord et ensuite il faut les chanter, alors je les chante. Mais il peut arriver qu’au moment de les chanter, je change quelque chose dans le texte si ça ne tombe pas bien sur la musique. Il faut que les mots tombent en bonne place sur les accents, il ne faut pas que ça soit bancal.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Maman le vent m'aime si fort&lt;br/&gt;    Que je dois ouvrir les fenêtres&lt;br/&gt;    Il ne veut plus coucher dehors&lt;br/&gt;    Et je crois qu'un enfant va naître&lt;br/&gt;    Fille je m'en irai avant&lt;br/&gt;    D'être la grand-mère du vent... »&lt;br/&gt;    (La femme du vent)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Dans la fameuse émission d'Apostrophes où vous étiez invitée, qu’avez-vous pensé de la polémique entre Gainsbourg et Béart sur le thème : « la chanson est-elle un art mineur ? » ? &lt;br/&gt;    Je m’en fiche. Ça n’a aucune importance, art mineur ou pas art mineur ! C’est vrai que la chanson n’est pas considérée comme la littérature ou comme la peinture. Quand on me demande : « Que faites-vous en ce moment ? », je réponds : « J’écris » et on me dit : « Ah bon, vous faites un livre ? ». Quand on écrit des chansons, on n’est pas écrivain. La chanson, c’est un art populaire, ce n’est pas un art mineur, ce n’est pas un Art avec un grand A. La chanson, c’est le truc des gens, c’est le truc de la vie courante. Vous me demandiez tout à l’heure si je chantais, mais oui, je chantonne toujours, et c’est naturel. J’ai une petite fille qui a quatre ans et demi, j’ai passé une semaine avec elle, elle chante sans arrêt. Elle connaît tout son répertoire Sylvestre, elle invente des chansons, et elle chante tout le temps. Eh bien, ce chant des gens, on le casse parce que maintenant, il y a de la musique partout, ou plutôt du bruit. On ne peut pas avoir sa musique dans sa tête, on est court-circuité de partout. Et par quoi ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Et parfois, on se surprend même à avoir des airs dans la tête qu’on n’a pas voulus. &lt;br/&gt;    Mais oui, absolument ! On sait par cœur des trucs qu’on n’a pas eu envie de savoir. La chanson ça fait partie de la vie.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C’est pour ça qu’on la censure.&lt;br/&gt;    Oui, parce que c’est tellement dangereux !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C’est ce que vous disiez tout à l’heure, c’est petit, ça tient dans la tête. C’est la libre circulation des idées par le bouche à oreille.&lt;br/&gt;    On en revient à ce que je disais sur la platitude de ce que l’on entend et de ce que certaines gens s’imaginent être des chansons. Enfin bon sang, A la claire fontaine, c’est quand même quelque chose ! Qu’est-ce que j’aurais voulu l’écrire, celle-ci !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Pourquoi avez-vous choisi tous ces prénoms un petit peu désuets dans vos chansons ?&lt;br/&gt;    Il y a des prénoms désuets ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Disons un peu pittoresques.&lt;br/&gt;    Si j’avais chanté « Raymonde, Raymonde a pris des vacances », je ne sais pas si ça aurait été aussi joli.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Non, pas pour Clémence, mais Eléonore, par exemple.&lt;br/&gt;    Moi, j’ai choisi des prénoms que j’aime. Je ne sais pas si j’aurais pu faire la même chanson avec un autre prénom qu’Eléonore, et la chanson est venue sur le prénom d’Eléonore. J’ai connu plusieurs Eléonore, depuis. C’est toujours pareil, un prénom, ça contient une histoire. Il y a Benoîte, aussi. Benoîte, c’est à cause de la signification. Si ça n’avait pas été Benoîte, la chanson n’existait pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Il y a Philomène, aussi.&lt;br/&gt;    Philomène, c’est parce que c’était une sorcière. J’ai toujours adoré les prénoms, comme les enfants qui demandent : « Comment tu t’appelles ? ». Je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais j’ai une deuxième école maternelle à mon nom ! Une en Bretagne et une en Normandie, et il y aura bientôt en Bourgogne une crêche qui s’appellera Boutchoko. C’est le titre d'une de mes chansons dans les Fabulettes à manger.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Est-ce que vous avez fini par identifier celui qui vous avait appelée « Brassens en jupons » ?&lt;br/&gt;    Non. Mais « Duchesse en sabots », c’était Robert Beauvais. « Brassens en jupons », c’est tout le monde.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Duchesse en sabots », c’était plutôt joli !&lt;br/&gt;    Oui, c’est vrai, mais ça m’a suivie...! J’ai même écrit, pour charger un peu Mes sabots de bois , et tout le monde l’a prise au sérieux. Je n’avais pas frappé assez fort. « Brassens en jupons », au départ, je me suis efforcée de le prendre comme un compliment alors que ça n’en était pas un, parce que le « en jupons », c’est toujours réducteur. Ça veut dire : « Elle n’écrit pas mal pour une femme, dans le genre de Brassens ». Je veux bien que ça dure quelques années parce que les gens ont besoin de références, d’étiquettes et de tiroirs pour ranger tout le monde, mais quand trente-cinq ans plus tard - car ça arrive encore - on parle de moi comme la « Brassens en jupons »...! Il me semble que j’ai gagné le droit d’être moi-même. C’est vrai que Brassens a quelques années de plus que moi, mais je pense que, sans déployer un orgueil démesuré, ce que j’écris est aussi important. J’admire beaucoup Brassens, mais pour moi, ce n’est pas un maître, c’est un contemporain. Il a été très gentil, il m’a écoutée et il a écrit au dos d’une de mes pochettes : « On s’aperçoit qu’avant sa venue, il nous manquait quelque chose, et quelque chose d’important ». Merci, Georges, et puis c’est tout ! J’aurais voulu qu’on me foute la paix avec ça et qu’on veuille bien reconnaître que j’existe et que j’ai peut-être aussi montré un chemin. Mais en tout cas, à mes débuts, je me suis efforcée de me débarrasser de tout ce qui pouvait être une influence de qui que ce soit, parce que je n’avais pas envie de ressembler à quelqu’un, j’avais envie d’être moi.&lt;br/&gt;    Il y a eu quelqu’un qui ne m’a pas influencée mais qui a eu une importance pour moi, c’était Nicole Louvier. En entendant Nicole Louvier, à une époque où je commençais à grattouiller ma guitare en écrivant quelques chansons, je me suis dit : « Ah bon, ça existe ! Une fille qui a mon âge, qui écrit des chansons et qui va les chanter devant des gens ». Et c’est là que je me suis décidée. Je ne connaissais rien à tout ça, je ne savais pas qu’on pouvait passer des auditions, je ne savais pas qu’on pouvait se faire accompagner... je ne connaissais rien. J’avais entendu Brassens à la radio, mais Brassens, c’était un monsieur moustachu qui chantait Le gorille, et je ne me sentais aucun point commun avec lui. Nicole Louvier, c’était déjà quelque chose de proche de moi, et c’est peut-être son existence qui m’a donné l’envie de franchir le pas et d’aller montrer à quelqu’un ce que j’avais écrit.&lt;br/&gt;    Dans le genre étiquette, il y a eu aussi le genre folklore, campagne, sabots, etc. Tout le monde a cru que je vivais au fin fond de la campagne alors que je n’aime que la ville. Je m’ennuie, à la campagne. C’est vrai que c’est plus joli de parler d’un saule que d’un réverbère, mais on peut parler aussi de Paris de façon remarquable. Francis Lemarque, dont je me suis aperçue un jour que je connaissais toutes les chansons par cœur, c’est merveilleux ! Dans mon écriture je ne parle pas de la nature, mais d’une nature imaginaire. Ma campagne est un décor. On a dit aussi que c’était médiéval.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C’est à cause des Cathédrales ?&lt;br/&gt;    Mais oui, ces maudites Cathédrales ! J’ai écrit cette chanson à mes débuts parce qu’il est vrai que j’ai beaucoup aimé le moyen-âge, dans mon adolescence, les cours d’histoire avec les châteaux, etc. Chez les gens qui écrivent des chansons, on s’aperçoit au début qu’il y a quelques thèmes qui reviennent tout le temps. Alors voyant que j’allais coller du moyen-âge partout, je me suis dit : « Non, ma fille, tu ne mets ça que dans une seule chanson ! », et j’ai écrit Les Cathédrales en mettant pratiquement tout mon moyen-âge dedans.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Une très belle chanson. C'est aussi un hommage aux artistes : « Sans le chant des troubadours / N'aurions point de cathédrales ».&lt;br/&gt;    Oui, c'est la justification du rôle de l'artiste. Pour la chanter sur scène, il faudrait un orgue. Alors pas d’orgue, pas de Cathédrales ! Et puis il y a des chansons - comme celle-là -, qui ne sont pas des chansons de scène. T’en souviens-tu la Seine, je l’aime bien et je l’ai chantée récemment à une émission de Sevran parce qu’il me l'a demandé, mais cette chanson, je m’ennuie si je la chante sur scène. Pourquoi ? Je n’en sais rien ! Il faudrait que je fasse quelque chose d’autre. Je ne sais pas pourquoi, mais il y en a qui sont lourdes à porter sur une scène.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « T'en souviens-tu la Seine&lt;br/&gt;    T'en souviens-tu comme ça me revient&lt;br/&gt;    Me revient la rengaine&lt;br/&gt;    De quand on avait rien&lt;br/&gt;    De quand on avait pour tous bagages&lt;br/&gt;    Tes deux quais pour m'y promener&lt;br/&gt;    Tes deux quais pour y mieux rêver... »&lt;br/&gt;    (T'en souviens-tu la Seine)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Les gens qui doutent, vous avez l’intention de la garder ?&lt;br/&gt;    Non, justement, j’avais l’intention de la mettre au placard.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Certaines chansons vous pèsent ?&lt;br/&gt;    Non, mais il faut aussi qu’elles aillent avec les autres. On n’a pas beaucoup parlé de la manière dont on faisait un spectacle; il y a une chose qui est très importante, c’est la manière d’articuler les chansons. Quand j’ai bâti Détour de chant, je crois que c’était parfaitement fait, et à partir du moment où j’ai déplacé une chanson pour en mettre une nouvelle, tout d’un coup, ça ne tenait plus aussi bien. Je crois qu’on ne peut pas changer impunément. Il y a des chansons qui vont à telle place, et ça, on s’en rend compte après le premier soir. Il y a les thèmes et les musiques, qui entrent en ligne de compte, mais il y a aussi l’énergie qui est propre à chaque chanson. Il doit y avoir des ruptures, mais si l’on se trompe d’endroit pour faire cette rupture, ça peut ne plus fonctionner. Il y a un moment, dans un tour de chant, surtout s’il est long, où il faut choisir de laisser les gens s’évader un peu. On peut permettre un moment de flottement à condition de savoir que juste après, on va les reprendre avec quelque chose. Laisser la courbe descendre, à condition que ça soit voulu. Si c’est involontaire, c’est que quelque chose n’a pas fonctionné ou qu’une chanson n’est pas à sa place.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Pour qu’on m’apprivoise au début, et La faute à Eve à la fin, vous l’avez trouvé tout de suite ?&lt;br/&gt;    Pour qu’on m’apprivoise a toujours été une chanson d’entrée. C’est un petit clin d’œil que je faisais à ma jeunesse. C’est très difficile, une chanson de début, et très souvent, elle a été écrite exprès. La chanson d’entrée, c’est à la fois un bonjour et une approche des gens. Et en même temps, il ne faut pas qu’elle soit très importante, parce qu’on sait que les gens regardent comment on est, ce qu’on a de changé, etc. Mais il faut quand même leur dire des choses et il faut aussi que cette chanson-là permette au chanteur de se mettre en place. Pour qu’on m’apprivoise, avec un bouquet de fleurs, c’était une arrivée dans le charme. Mais j’ai fait d’autres arrivées plus périlleuses, comme par exemple avec Sur un fil qui est une chanson dont je chante la première moitié a cappella. Alors il fallait arriver pile sur la note, parce qu’à la fin du premier couplet, la contrebasse reprenait. Dans une salle que l’on connaît, ça va encore, mais autrement, on peut se retrouver n’importe où par rapport à la note. Je me suis plantée une ou deux fois, et ensuite, j’ai arrêté. A l’Eldorado, j’arrivais avec Trop tard pour être une star, et je partais avec la même. C’était très drôle.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Je voulais la lune&lt;br/&gt;    Gardez-la&lt;br/&gt;    Quant à la fortune&lt;br/&gt;    Ça ira&lt;br/&gt;    Si ma cave est pleine&lt;br/&gt;    Si mes amis viennent&lt;br/&gt;    Et si penser j'ose&lt;br/&gt;    Avoir servi à quelque chose&lt;br/&gt;    Ça va ça va ça va... »&lt;br/&gt;    (Me v'là)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Et Me v’là ? Vous l’avez chantée en entrée ?&lt;br/&gt;    Ah oui, bien sûr ! Aux Capucines, à une époque ou j’avais décidé de revenir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Cette chanson était perçue comme le retour d’Anne Sylvestre. En plus, vous y régliez un peu vos comptes.&lt;br/&gt;    Oui, et comment ! Ce n’est pas toujours facile d’entrer avec la fragilité, mais entrer avec la cravache, ce n’est pas facile non plus !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Qu’est-ce que vous pensez de ce que l’on appelle la crise de la chanson française ?&lt;br/&gt;    Ça fait un moment qu’elle dure. Il me semble que j’ai toujours entendu parler de ça. Ça fait au moins vingt ans qu’on en parle. Je crois que je n’en pense rien.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Et les jeunes chanteurs ?&lt;br/&gt;    Je les plains bien, les jeunes chanteurs ! Enfin, peut-être que nous aussi, on était à plaindre. Mais quand même, on avait un public qui venait, qui se déplaçait pour écouter des débutants, alors que maintenant, les gens sont devant leur télévision, et puis voilà.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Il me semble que les jeunes chanteurs ne se connaissent pas, ils ne se rencontrent pas.&lt;br/&gt;    C’est-à-dire que nous, on se rencontrait dans les cabarets.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Tout de même, on vous entendait à la radio, Boby Lapointe, Jacques Debronckart, et d'autres, aussi. On les connaissait parce qu’on les entendait. Maintenant, si on veut écouter des chanteurs qui nous intéressent, il faut se déplacer. &lt;br/&gt;    Oui, c’est vrai, mais je crois qu’il y a maintenant une dichotomie absolument totale entre une certaine forme de production qui est complètement fabriquée et des gens qui continuent à survivre. C’est ça que je trouve admirable. Il y a encore des gens qui chantent et d’autres qui vont les écouter. Il y a du public mais il a bien du mérite et bien de l’imagination pour arriver à se tenir au courant !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quand on parle aux gens d'Anne Sylvestre, même  s’ils ne vous entendent pas beaucoup, ils vous connaissent, alors que si on leur parle de Véronique Pestel ou d’Allain Leprest, ils vous regardent avec des yeux ronds, ils ne savent pas qui ils sont.&lt;br/&gt;    Ceci dit, pour mes trente-cinq ans de chansons, il y a des gens qui viennent me dire : « J’ai élevé mes enfants avec vos Fabulettes » et qui ignorent complètement mon autre répertoire. A peu près toutes les semaines, il m’arrive aussi de rencontrer des gens qui me disent : « On ne vous entend plus, comment ça se fait ? », ou « J’ai tellement aimé vos chansons, vous faisiez de si belles chansons ! ». Je leur dis : « Mais j’en fais toujours. Vous m’avez aimée, alors continuez ! Vous avez mes disques, mais lesquels ? » En général, ils ont vingt ans, leurs disques ! Quand les gens me disent : « Pourquoi vous ne chantez plus ? », je leur réponds : « Je chante, mais pas devant votre fenêtre. Vous pouvez bouger, vous aussi ». Quand on me demande : « Pourquoi est-ce que vous ne passez plus à la télé ? », j’ai envie de leur répondre : « Plaignez-vous, c’est de votre faute ! » C’est vrai que c’est un petit peu de leur faute.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Le public est passif, mais on ne lui donne pas le choix. Encore pire : on ne lui laisse pas penser qu’il peut avoir le choix.&lt;br/&gt;    Les gens ne savent pas qu’ils ont le choix. Ce qui me rend enragée, c’est de savoir qu'il y a tout un public potentiel qui apprécierait s’il avait la chance de connaître.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    C’est peut-être parce qu’on n'a pas envie qu’il sache. Je pense que la chanson est un art subversif, et que ce n’est pas dans l’intérêt d’un pouvoir, quel qu’il soit, de laisser des gens subversifs s’exprimer. Quand on parle de la crise de la chanson française, j’ai l’impression que c’est quelque chose de voulu. Ce n’est pas l’effet du hasard. Les gens qui dirigent les chaînes de télé savent très bien ce qu’ils doivent diffuser ou pas.&lt;br/&gt;    Oui, bien sûr, ils savent très bien ceux qu’ils vont pouvoir manipuler et les autres. Moi, j’ai toujours été assez irrécupérable, ce qui veut dire qu’on ne peut pas me faire faire ce que je ne veux pas. Mais au bout d’un certain temps, on me met de côté. Sans cette liberté d’accès, c’est difficile d’aller voir des spectacles confidentiels. Je trouve que cette occultation de la part des médias de toute une catégorie d’artistes est une atteinte à la liberté du travail, parce que ça fait partie de notre travail de nous faire connaître. Si on ne passe pas dans les médias, ça veut dire qu’on ne vend pas de disques, qu'on ne fait pas de spectacles. Il y a quand même pas mal d’artistes au chômage qui ne le seraient pas. Une grande partie du chômage des artistes est liée à cela. Et puis ensuite, on va traîner les intermittents dans la boue. S’ils sont intermittents, c’est parce qu’ils n’ont pas accès à leur travail, les musiciens non plus, les techniciens non plus. Et les salles ferment, etc.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    On en arrive à plaindre les jeunes de quinze ou vingt ans qui n’ont plus que Bercy ou le Zénith...&lt;br/&gt;    Pourtant, quand je fais des spectacles,il y a beaucoup de jeunes qui viennent m’écouter. Vraiment, je me demande comment ils ont fait ! Evidemment, il y en a un ou une qui me dit : « Dans ma classe, personne ne vous connaît ». Dans mon cas, je crois qu’il y a beaucoup de jeunes qui viennent parce que leurs parents m’écoutaient et ils ne sont pas systématiquement opposés à cela. Et aussi, il y a une chose qui me ravit, c’est qu’il y a tous les anciens « petits fabulettes » qui maintenant ont entre vingt et trente ans.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quelles sont vos chansons dont vous voudriez qu’on se souvienne ?&lt;br/&gt;    Lazare et Cécile... et puis je ne sais pas.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « On dit que Lazare et Cécile&lt;br/&gt;    Se sont enfuis cette nuit&lt;br/&gt;    Il y a bien des imbéciles&lt;br/&gt;    Pour en sourire aujourd'hui&lt;br/&gt;    Pourtant jusqu'au bout des saules&lt;br/&gt;    Ils se sont tenu la main&lt;br/&gt;    Puis épaule contre épaule&lt;br/&gt;    Ils ont suivi leur chemin... »&lt;br/&gt;    (Lazare et Cécile)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis à Paris le 5 janvier 1993 &lt;br/&gt;par Medhi Ahoudig, Raoul Bellaïche, &lt;br/&gt;Colette Fillon, Laurent Luneau.</description>
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      <title>Anne Sylvestre. Tournez Fabulettes</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Tournez_Fabulettes.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 21:22:14 +0100</pubDate>
      <description>Le dernier album d’Anne Sylvestre, « Tournez Fabulettes », est sorti à la fin de l’année dernière. Pour les enfants, bien sûr... et tous ceux qui le sont restés.  &lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    La ronde des Fabulettes n’en finit plus de tourner. Déjà trente ans qu’Anne Sylvestre écrit pour les plus petits. Trente ans, et le dernier volume des Fabulettes garde toute la fraîcheur de l’enfance. &lt;br/&gt;    Comme le disque sur sa platine, les nouveaux titres se déclinent autour d’une même idée : ils tournent. Chaque chanson est un petit bonheur d’invention. Les ailes des moulins, les pétales du tournesol, les cuillères des cuisines, tout ici entre dans la danse. Suivez donc les conseils de l’artiste : « Pour faire une mayonnaise/ c’est important qu’on se taise/ qu’on reste sérieux/ ne pas dire de fadaises ». &lt;br/&gt;    Rester sérieux... mais aux dernières notes d’une chanson la voix d’Anne Sylvestre éclate en un rire généreux. Ses Fabulettes sont un petit hymne de gaieté, même si perce ici ou là une pointe de nostalgie; là où les parents regardent valser le manège. « Et les grands dans un sourire/ comme en s’excusant/ montent les chevaux sans dire/ qu’ils sont bien contents »... Nous aussi.&lt;br/&gt;    Dix-huit titres sur le même thème, c’est beaucoup. Et pourtant Anne Sylvestre réussit la gageure de ne jamais tourner en rond, à force d’une imagination qui rebondit de titre en titre. La chanteuse signe bien sûr paroles et musique. Des mélodies à l’image des textes, tout en finesse, portées par des arrangements qui tombent toujours pile. Au fait, la direction musicale a été confiée à François Rauber. Un gage de qualité. &lt;br/&gt;    Le disque est sorti depuis quelques semaines, et déjà Anne Sylvestre vient de boucler l’écriture d’un nouveau spectacle. Lala et le cirque du vent (création à la rentrée) reprendra au moins un titre de l’album, Roule Tourneboule, l’histoire fascinante et pas toujours facile des enfants du cirque. On rêve aussi d’y retrouver Le Manège est sur la place, le plus beau moment du disque. Une de ces chansons qu’on a du mal à quitter.&lt;br/&gt;    Nul doute, les années ont beau passer, elles ne posent pas une ride sur la plume d’Anne Sylvestre. La preuve ? On la devine dans la virtuosité des mots et des sons de La Toupie de Wapiti (« Y a-t-y pas la toupie/ la toupie qui t’épata/ quand Pitou l’attrapa... »). Le rythme, d’abord tranquille, va en s’emballant et la chanson donnerait presque le tournis. Un joyeux tournis où il fait bon se laisser entraîner. Et où nous vient une envie : re-tourner en enfance.&lt;br/&gt;V. L.&lt;br/&gt;◊ CD Sylvestre/EPM 982.542..</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Repères 1957-1992</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Reperes_1957-1992.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 21:17:11 +0100</pubDate>
      <description>Après une enfance passée à Tassin-La-Demi-Lune, la famille s’installe à Suresnes puis à Paris où Anne délaissera peu à peu ses études de lettres pour la chanson...&lt;br/&gt;    1957. Débuts à la Colombe - où elle chantera régulièrement par la suite - avec Madame ma voisine, Histoire ancienne, Maryvonne, Les cathédrales et On s’est connus. Bien avant qu’elle ait un disque, un premier passage radio la fera remarquer.&lt;br/&gt;    1959. Guy Béart lui conseille d’aller voir Jacques Canetti qui l’engage aux Trois-Baudets et réalise son premier 17 cm à l’occasion de l’« Opération trèfle à quatre feuilles ». Elle chante alors dans les cabarets rive gauche habituels : chez Moineau, la Contrescarpe, le Port du salut, le Cheval d’or...&lt;br/&gt;    1960. Entre Eléonore, Valse marine, Si la pluie te mouille naît Mon mari est parti : première chanson qui fera parler d’elle. Il y aura alors plusieurs 25 cm - le second sera préfacé par Georges Brassens et obtiendra le prix de l’Académie de la chanson française. Viennent ensuite Faluron-Lurette, La femme du vent, Benoîte... Anne Sylvestre chantera aux Trois-Baudets jusqu’en 1962.&lt;br/&gt;    1962. Premiers Bobino et Olympia (en co-vedette avec Gilbert Bécaud). La presse, unanime, parle abondamment de ces prestations. Premières tournées en province et dans les pays francophones. Ses camarades sont Georges Brassens, Pierre Perret, Raymond Devos, Hélène Martin, Jean Ferrat, Ricet Barrier, Serge Gainsbourg, Pierre Etaix, Jacques Brel et tous les autres artistes de cette époque. Nombreux sont ceux qui, déjà, interprètent ses chansons (Claude Vinci, Pauline Julien, Barbara...).&lt;br/&gt;    1963. Ecriture d’un spectacle musical avec Jacques Grello.&lt;br/&gt;    1964 est une année importante. En effet, elle enregistre ses premières chansons pour les enfants. Les Fabulettes sont nées : Hérisson, veux-tu monter dans mon bateau, Muse-musaraigne, Mouchelette... qui sont devenues des classiques, le patrimoine des enfants, en quelque sorte ! Philips n’y croit guère et sort le disque pour lui faire plaisir ! Néanmoins, ces chansons obtiennent le grand prix international du disque de l’Académie Charles Cros.&lt;br/&gt;    Entre 1963 et 1967 : parution annuelle d’un 30 cm, chaque fois primé par l’Académie Charles Cros.&lt;br/&gt;    1966. Nouvel album avec Lazare et Cécile. Jean Monteaux lui consacre un ouvrage aux éditions Seghers : elle est la première femme à rentrer dans la collection « Poésie et Chansons » (n° 144 de la collection « Poètes d’aujourd’hui »). Comme les blés : adaptation d'un traditionnel hébreu, Erev Shoshanim, pour Eva.&lt;br/&gt;    1967. Nouvel album avec Berceuse pour moi, La serpente, Baptiste, Le géranium. Bobino en mars avec Félix Leclerc en co-vedette. En septembre, série de récitals pour la réouverture du théâtre de Suresnes-Jean Vilar.&lt;br/&gt;    1968. Anne Sylvestre quitte Philips (non sans problèmes) et rejoint les disques Meys nouvellement créés. Enregistrements de Mousse, Priez pour la terre, Chansonnette franco-québécoise... entre autres.&lt;br/&gt;    1969. Elle retrouve Boby Lapointe pour le savoureux Depuis l’temps que j’l’attends mon prince charmant. Elle enregistre aussi Aveu, La rose de décembre, La chambre d’or, Maumariée... Prix Loisirs-jeunes pour l’ensemble de ses fabulettes.&lt;br/&gt;    1970. Abel, Caïn, mon fils, Des fleurs pour Gabrielle, Pour une petite chanteuse... Mais Anne Sylvestre n’a pas cessé d’écrire pour les enfants : Mon vélo est blanc, C’est un veau, J’ai une maison pleine de fenêtres... pour citer les plus connues. Le 25 décembre, participation à trois émissions de télévision où elle interprète Aveu, Abel, Caïn, mon fils, Noël nouvelet, Famille pour famille et quelques fabulettes. Egalement présente avec Boby Lapointe pour un « Top à la Une » : ils interprètent leur duo. Rupture avec Meys : son exigence la pousse à partir. Elle connaît alors plusieurs années difficiles et sans production !&lt;br/&gt;    1971. Invitée de « Folk-Folklore » en février sur la seconde chaîne où elle interprète Les filles de la Rochelle et La belle Françoise.&lt;br/&gt;    1973. Un Sicilien, prénommé Salvatore, amoureux de la chanson, qui la connaissait par ses disques, finit par la convaincre de remonter sur scène au Théâtre des Capucines. Anne constate que le public l’avait attendue : elle obtient un triomphe ! Elle fonde alors sa propre maison de disques, Sylvestre. Elle est enfin libre de gérer sa production comme elle l’entend. Ses premières chansons seront pour les enfants : elle crée les Mercredisques.&lt;br/&gt;    1974. Premier album pour les adultes sous son label : Les pierres dans mon jardin, qui comprend La lettre à Elise, Un mur pour pleurer, Plus personne à Paris et Non tu n’as pas de nom (qui fera parler d’elle). Récitals au Théâtre des Champs-Elysées et au Théâtre de la Renaissance. Elle anime quelques émissions pour la jeunesse sur la première chaîne.&lt;br/&gt;    1975. Nouveau 30 avec Une sorcière comme les autres. Le monde de la chanson est unanime : il s’agit d’un chef d’œuvre ! Au mois de novembre, récital au Théâtre Montparnasse : on refuse du monde... « Pop Club » spécial Anne Sylvestre. Parution en Suisse d'une plaquette aux éditions Montalba.&lt;br/&gt;    1976. Co-récital avec Dick Annegarn au Stadium en novembre.&lt;br/&gt;    1977. Mars : nouveau disque (Comment je m’appelle) et récital au Palais des Arts (du 1er au 26). Jacques Chancel l’invite dans son émission, « Radioscopie ». Participation au « Numéro Un » de Guy Bedos sur la première chaîne. Invitée au « Top à Brassens », elle interprète Les gens qui doutent.&lt;br/&gt;    1978. Du 2 novembre au 9 décembre : cinq semaines sous le chapiteau du Forum des Halles. Participation à l’émission « Musique and Music » de Jacques Martin pour un spécial Aznavour. Le 25 décembre, sur la deuxième chaîne, Sapin-Sapin : une heure d’émission qu’elle écrit, produit et anime.&lt;br/&gt;    1979. Juillet : nouveau disque (J’ai de bonnes nouvelles). Depuis la création du label Sylvestre, Anne a continué d’écrire et composer pour les enfants. De nouvelles collections voient le jour : La Petite Josette et Les Chansons Pour... Ses filles, Alice et Philomène, participent activement à ce répertoire. Parution d’un 45 tours avec Ma chérie et La chanson de Bertille, deux chansons qu’elles a écrites pour deux films de Charlotte Dubreuil : Ma chérie et La peine perdue.&lt;br/&gt;    1980. Pour la création de Paroles et Musique (juillet-août), Fred Hidalgo lui consacre la Une et le premier dossier.&lt;br/&gt;    1981. Janvier : nouveau disque (Dans la vie en vrai). Récital au Palais des Glaces. Sur FR 3 Dijon, Hélène Martin lui consacre un numéro d’ « Ecoutez le pays chanter ». Le 23 décembre (... à 20 h 30), Antenne 2 propose une émission de Michel Valette, « Il y a 25 ans... La Colombe », qui réunit des artistes ayant débuté dans ce cabaret. Anne y interprète Porteuse d’eau, Lazare et Cécile et Valse-marine. Un livre d’entretiens avec Monique Détry paraît aux éditions du Centurion : Pour de vrai.&lt;br/&gt;    1982. Pour la sixième édition du Printemps de Bourges - Anne Sylvestre y a chanté régulièrement depuis sa création -, deux soirées triomphales avec Mahaléo en première partie. En décembre, elle préside les premières Assises de la chanson pour enfants.&lt;br/&gt;    1983. Spécial Anne Sylvestre dans « Vagabondages », l’émission de Roger Gicquel qui préfacera le programme de l’Eldorado. En décembre et janvier, série d’émissions de Jacques Brialy : Anne chante une fabulette mise en scène par jour.&lt;br/&gt;    1984. Galas pour Amnesty International à Saint-Etienne (mars) et à Beauvais (novembre). Participation à la chanson La muraille de Christine Authier (texte d’Henri Gougaud) en compagnie d’une cinquantaine de chanteurs (entre autres, H. Gougaud, D. Desmas, B. Haillant, J. Favreau, M. Bernard, P. Julien, M. Ogeret, G. Servat...).&lt;br/&gt;    1985. Avril : Nouvel album (Ecrire pour ne pas mourir). Récital à l’Eldorado du 15 au 27 avril. Pour la première fois, Anne est accompagnée par quatre musiciens. Ce récital sera retransmis sur France-Culture le 22 septembre.&lt;br/&gt;    1986. L’Olympia. Premier enregis-trement en public et nouvel album : Tant de choses à vous dire. Invitée de Michel Drucker, le 5 avril, à « Champs-Elysées », elle interprète Que vous êtes beaux. En mai, opération « décou-vertes » au Théâtre du Tourtour : Jacques Higelin, Jean Guidoni et quelques autres présentent de jeunes talents. Elle choisit France Léa. Printemps de Bourges avec Yvette Théraulaz. Septembre : hommage à Brassens à l’Olympia avec Joël Favreau, Romain Didier, Georges Moustaki, Roger Gicquel, Maxime Le Forestier, Karim Kacel. Elle chante Embrasse-les tous et Grand-père. Au mois de décembre, Anne Sylvestre est (avec Guy Béart, Serge Gainsbourg, Pierre Perret, Maxime Le Forestier), l’invitée de l’émission « Apostrophes » pour parler de la chanson et de l’écriture. Elle y interprète Ecrire pour ne pas mourir, accompagnée par Maxime Le Forestier.&lt;br/&gt;    1987. Spectacle avec Jacques Haurogné et France Léa à Bar-le-Duc. Elle retrouve Pauline Julien pour la création, en Belgique, de Gémeaux Croisées. Enregistrement public intégral du spectacle. Il y aura une centaine de représentations en France et à l’étranger. La mise en scène est assurée par Viviane Théophilides : cette rencontre sera décisive. Publication, par le Centre culturel français de Berlin, d’un recueil bilingue de ses chansons (Anne Sylvestre : Chansons).&lt;br/&gt;    1988. En mai, reprise du spectacle Gémeaux Croisées au TLP-Déjazet.&lt;br/&gt;    1989. Elle joue et chante dans La Ballade de Calamity Jane qui sera créée à La Rochelle puis reprise au Bataclan du 16 novembre au 31 décembre, et en tournée. Ce spectacle fera l’objet d’un album en studio. Les disques Sylvestre sont désormais distribués par EPM. Sortie d’une première compilation, J’ai de bonnes nouvelles.&lt;br/&gt;    1990. Invitée de « Regard de femmes », l’émission d’Anne Pailler sur FR 3 en janvier. Sortie de Fabulettes à manger.&lt;br/&gt;    Depuis 1989, accompagnée au piano par Philippe Davenet, Anne Sylvestre promène son récital Détour de chant en France, en Europe, au Canada et jusqu’au Festival de Sauve où elle chante en co-vedette avec Serge Reggiani devant 3000 personnes. Désormais, Anne bouge de plus en plus et interprète ses amis : France Léa, Roger Riffard, Félix Leclerc, Michèle Bernard. Au festival « C’est dans l’air », Jacques Haurogné interprète avec elle Depuis l’temps que j’l’attends mon prince charmant. Participation à un hommage à Brassens au Faux-Nez à Lausanne avec Sarcloret, Michel Bühler et Julos Beaucarne.&lt;br/&gt;    1992. Au mois de novembre, Pascal Sevran lui consacre trois émissions de « La chance aux chansons ». Elle y interprète, notamment, une chanson inédite, Belle parenthèse, et Lazare et Cécile en duo avec Jacques Haurogné.&lt;br/&gt;    Aujourd’hui, alors qu’un nouvel abum de fabulettes vient de sortir et qu’EPM réédite les titres de sa production, Anne nous prépare une comédie « miousicole » qui s’adressera à tous les publics. Texte et chansons (signés Anne Sylvestre) seront mis en scène par Viviane Théophilides.&lt;br/&gt;    ... Pour résumer ces quelques dates, disons qu’Anne Sylvestre, c’est quelque 350 chansons, traduites en une dizaine de langues, que cinq universités étrangères ont inscrit ses textes à leurs programmes et que de la France à l’Océan indien, en passant par l’Afrique, la Pologne, le Canada, elle a donné environ 3000 spectacles...&lt;br/&gt;    Une biographie est souvent restrictive et toujours incomplète ! Pour mieux connaître Anne Sylvestre, écoutez ses chansons. Alors, vous saurez l’essentiel !...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Je chante&lt;br/&gt;(chronologie établie avec la précieuse collaboration de Pascal Buttin)</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de Claude Vinci</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Temoignage_de_Claude_Vinci.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 21:12:46 +0100</pubDate>
      <description>Anne Sylvestre... Je la connaissais en simple auditeur dès ses premiers disques et j’aimais fort... Nous nous étions croisés également dans quelques cabarets « rive-gauche », mais sans plus. Par timidité réciproque, sans doute. C’est en 1962, je crois, que Michel Valette tint à ce que nous nous rencontrions « pour de vrai », un après-midi à La Colombe. Michel m’obligea à chanter devant Anne, seule dans la salle du premier étage. Quelle épreuve ! Elle aima ce que je faisais et, de plus, de ce jour-là naquirent entre nous une profonde amitié et des rapports presque frangin-frangine qui se sont choisis. Ces liens ne se sont jamais démentis, se sont même bonifiés avec les ans malgré, de ma part, une certaine retenue, une sorte de complexe d’infériorité face à cette immense faiseuse de chansons, à cette adepte de la haute qualité. Trente ans après, je suis encore étonné que Sylvestre ait pu m’accorder tout ça, avec autant de chaleur, sans la moindre faille, sans la moindre petite ombre. Ça n’en a que plus de valeur.&lt;br/&gt;    En 1963, lorsque je signai mon premier contrat de disque chez Philips, je retrouvai Anne dans « l’écurie Claude Dejacques ». Et sur les années 63, 64 et 65, nous allions, à sa demande je suppose (grand merci, Anne), travailler énormément ensemble : notamment tournée dans toute la France pour l’UNEF, tournées en Suisse, en Belgique, tournées avec le Théâtre de Bourgogne où nous ne réussîmes même pas à déguster ensemble une « Romanée Conti ». Anne, j’ai alors appris à bien la connaître. La femme, d’abord. Son prétendu « mauvais caractère »... connais pas ! Du caractère, ah oui ! Tant dans le sérieux que dans l’humour, tant dans la fidélité à tous ses choix que dans le doute, tant dans « le cœur gros comme ça » que dans les grosses parties de rigolades, de déconnades même et, à mon avis, c’est plutôt du très très positif. La chanteuse, l’interprète... je l’ai appréciée des dizaines de fois, des coulisses, en toute quiétude puisque, assurant la première partie, je n’avais plus la moindre once de trac quand, elle, elle entrait en scène. J’affirme que, bien que « bridée » par sa guitare sur le ventre, bien que collée immobile au micro sur pied, elle s’exprimait déjà gestuellement fort bien, dans une grande sobriété générant encore plus de force. J’ai beaucoup appris d’elle. Et je ne fus absolument pas étonné qu’elle se « révélât » très grande comédienne quand elle abandonna la guitare et adopta le micro HF.&lt;br/&gt;    Sylvestre, chanteuse désengagée ? Faux ! malgré sa chanson du même nom qui, pour moi, est au contraire une espèce de manifeste de la chanson engagée mais rejetant violemment, c’est sûr et c’est bien, la chanson-tract. Elle a écrit et chanté de nombreuses chansons défendant indirectement les droits de l’homme en général et les droits de la femme en particulier. Je connais peu de chansons anti-racistes de la qualité et de la force de Café au lait, chanson tous âges, de plus. Et l’auteur-chanteur pourtant réputé engagé qu’est Claude Vinci aimerait bien assimiler les leçons de l’auteur-chanteuse engagée qu’est Anne Sylvestre.&lt;br/&gt;    Sylvestre, femme-citoyenne indifférente ? faux ! Elle s’est engagée intellectuellement et physiquement dans toutes les grandes luttes pour le respect de l’humain. Elle a toujours été, au et avec le Syndicat, dans toutes les luttes de dimension ou quotidiennes de défense de la profession. Et pourtant, il est des grèves qu’elle a suivies, sans se poser la moindre question, qui lui ont coûté fort cher, et pas seulement en fric. Elle a présidé magistralement, en y mettant beaucoup du sien, une Commission de travail du Conseil Supérieur de la Musique, tout en sachant, à juste titre, que ça ne donnerait pas une grande récolte... mais il fallait le faire.&lt;br/&gt;    Anne m’a fait l’honneur de me confier, il y a trente ans, quelques chansons dont Les amours de l’été que j’ai chantée et enregistrée avant elle. Mais, par manque de temps et de moyens financiers, ce disque a été bâclé. Et j’en ai d’autant plus honte que, dans sa préface, Anne écrit qu’elle me sait incapable de trahir. Avant de mourir, il me faudra absolument effacer cette honte ancienne mais tenace... par exemple en chantant et en enregistrant, sans trahir, cette fois-ci je l’espère, ce que je considère comme l’une des plus grandes chansons... Ecrire pour ne pas mourir.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Claude Vinci &lt;br/&gt;13 novembre 1992</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de Pauline Julien</title>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 21:09:20 +0100</pubDate>
      <description>Chanteuse, comédienne, auteur, c’est à Paris que débute Pauline Julien. Elle devient une figure importante des cabarets d’alors et côtoie Mac Orlan, Jacques Prévert ou encore Léo Ferré qu’elle inscrit à son répertoire aux côtés de Boris Vian, Bertolt Brecht... et Anne Sylvestre. Elle retournera ensuite au Québec où elle deviendra une des interprètes majeures de la chanson.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La rencontre, la sorcière...&lt;br/&gt;    « Nous nous sommes rencontrées dans les cabarets à la fin des années 50. J’ai débuté à Paris un peu avant elle. On se retrouvait à la Colombe, chez Moineau, à la Contrescarpe; il y avait là Jean Ferrat, Ricet Barrier, Pierre Perret, Boby Lapointe... Je me souviens que je l’ai tout de suite remarquée pour ses qualités. Très vite, je l’ai chantée : Mon mari est parti, Tiens-toi droit, entre autres,... jusqu’à La sorcière comme les autres et là, au Québec, tout le monde a été émerveillé par cette chanson... Jacques Chancel m’avait invitée dans son émission : je chante La sorcière et après, il vient vers moi, bras ouverts (elle mime !) : « Quelle merveille, c’est magnifique... Mais qui vous a écrit cette chanson ? » Naturellement, je lui ai répondu qu’il y avait déjà deux ans qu’Anne l’avait signée et qu’il aurait peut-être pu l’inviter elle aussi !... Une autre fois, on est venu me demander de chanter à Europe 1; j’ai interprété Non, tu n’as pas de nom et là, Anne m’a dit : « Si je l’avais chantée, moi, on m’aurait flanquée à la porte ! » Là-dessus, elle a écrit Dis-moi Pauline ! Au Québec, elle est merveilleusement bien accueillie : les salles sont pleines et les gens l’adorent; ses chansons sont très bien reçues et je trouve qu’elles sont de plus en plus belles...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Gémeaux croisées...&lt;br/&gt;    En 1985, j’ai énormément travaillé (un disque et beaucoup de tournées). On nous avait proposé de faire un spectacle ensemble. Cela ne nous disait rien ni à l’une ni à l’autre. Et puis, je suis partie au Népal; en rentrant, j’avais décidé de ne plus chanter et j’ai retrouvé Anne qui était chez moi. Pour elle non plus, cela n’allait pas bien fort. On a reparlé de cette idée et finalement, on s’est décidées ! Mais dès le départ, on ne voulait pas de co-récital; plutôt quelque chose de qualité où on aurait joué, bougé et chanté ensemble. Denise Boucher nous a rejoint puis Viviane Théophilides qui a été très importante parce qu’elle est arrivée avec son œil extérieur au dernier moment. Il y avait une grande franchise entre nous ! Le travail nous a pris deux ans et demi et s’est fait au fur et à mesure : on choisissait des textes, on les mettait ou on les enlevait. S’il est resté quarante pages, il y en avait plus de deux cents. Le spectacle a été très bien accueilli partout, avec environ cent représentations... Je me souviens aussi qu’on s’était retrouvées en tournée en Pologne dans les années 60 : ça a été une belle aventure. On allait de ville en ville et souvent, on se perdait sur les routes ! (rires)&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;La femme, l’amie, l’artiste...&lt;br/&gt;    Avec Anne, c’est une amitié qui dure. Une amitié fidèle ! On se voit régulièrement... Et puis, je trouve qu’avec l’âge, elle se « bonifie » ! Elle est de mieux en mieux ! Et puis, elle est entourée de gens qui l’aiment et avec qui elle travaille comme Viviane ou Philippe Davenet, son pianiste depuis Gémeaux croisées... Et peut-être qu’aujourd’hui, elle a conscience que son public l’aime et la suit... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Laurent Luneau &lt;br/&gt;et Mehdi Ahoudig,&lt;br/&gt;le 18 décembre 1992 à Paris.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Extrait de Gémeaux Croisées&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Anne : Moi, quand je serai grande...&lt;br/&gt;Pauline : Moi, quand je serai belle...&lt;br/&gt;A : Moi, quand je serai grande, je serai professeuse.&lt;br/&gt;P : Moi, quand je serai belle, je serai danseuse.&lt;br/&gt;A : J'apprendrai les mots aux enfants.&lt;br/&gt;P : Pour danser, il faut commencer très jeune. Mais on n'a pas d'argent.&lt;br/&gt;A : C'est drôle les mots; on ne sait pas d'où ça vient. Peut-être quelqu'un les a inventés.&lt;br/&gt;P : En attendant, je vais commencer toute seule à m'entraîner chez nous.&lt;br/&gt;A : Il y en a des jolis; il y en a des drôles et puis il y en a que je ne pourrai jamais dire.&lt;br/&gt;P : Je vais travailler tellement fort que je pourrai peut-être me rattraper.&lt;br/&gt;A : C'est pas tellement pour les enfants, c'est pour les mots.&lt;br/&gt;P : As-tu vu une danseuse ?&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Pauline chante en dansant :&lt;br/&gt;C'est comme un oiseau rebelle&lt;br/&gt;Que nul ne peut apprivoiser&lt;br/&gt;L'amour, l'amour...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;A : Moi, je veux qu'on m'aime.&lt;br/&gt;P : Pourquoi ?&lt;br/&gt;A : Je veux qu'on m'aime.&lt;br/&gt;P : Pourquoi ?&lt;br/&gt;A : Pourquoi !&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Anne bat ses cartes&lt;br/&gt;A : Prends une carte au hasard.&lt;br/&gt;P : Tu pourrais gagner ta vie avec ça.&lt;br/&gt;A : Je vois un jeune homme brun moustachu qui pense à vous.&lt;br/&gt;</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Témoignage de Michèle Bernard</title>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 21:06:40 +0100</pubDate>
      <description>Comédienne, auteur-compositeur-interprète, Michèle Bernard signe également des musiques pour le théâtre et la télévision. Artiste complète, elle ne cesse de rechercher de nouvelles formes de spectacles. Sa dernière création - Des nuits noires de monde -  est une réussite exceptionnelle. Michèle Bernard participera au prochain spectacle d’Anne Sylvestre, Lala et le cirque du vent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Les disques d’Anne Sylvestre font partie de ceux dont les sillons sont usés à force de les avoir écoutés !&lt;br/&gt;Quand je l’ai découverte, j’ai été prise par le charme d’une personnalité avec laquelle je me sentais en harmonie. C’est la pudeur et l’intime des sentiments qui me touchent beaucoup. C’était la personne qui exprimait au plus près ce que je ressentais ou ce que j’aurais pu écrire, jusqu’au moment où j’ai trouvé la force de mes propres mots et où j’ai décidé de voler de ma propre plume. Elle m’a sans doute permis de décoller. Je lui dois beaucoup.&lt;br/&gt;    Ce que j’aime dans son style d’écriture, c’est le côté hyper-classique, hyper-cadré et en même temps le fait qu’il y ait toujours quelque chose qui échappe à ce cadre, c’est-à-dire un choix de mots ou un sentiment exprimé qui font que cela dépasse le carcan de la forme. C’est quelquefois une chose moins bien finie, moins bien polie que le reste, mais qui donne du charme à l’ensemble.&lt;br/&gt;    Il y a une immense cohérence de la personnalité inscrite dans ses premières chansons et ensuite elle n’a fait que développer son talent au même rythme qu’elle enrichissait sa personnalité. Je pense que le style est resté le même et qu’elle est allée dans le sens d’une certaine épuration.&lt;br/&gt;    Sa voix est, au départ, rugueuse et écorchée. C’est-à-dire quelque chose qui fait mal quand on passe la main dessus et quelque chose qui se fait mal, aussi. Avec le temps, elle est plus ample, plus large, plus belle et peut-être qu’elle a accédé à une certaine douceur qu’elle se refusait au départ.&lt;br/&gt;    Le géranium, c’est une superbe chanson d’amour. Je suis incapable de dire pourquoi elle me touche parce que cela s’appuie sur des petits détails quoti-diens, des petites images, mais qui font mouche. C’est ça la poésie : comment les mots du concret peuvent arriver à décrire des sentiments impalpables.&lt;br/&gt;    Je cherche un mur pour pleurer... Elle exprime des choses assez graves dans cette chanson. La dureté de la société, son mode de pensée standardisé, son refus du sensible, son rejet du faible, du flou. Ça, c’est quelque chose qu’elle revendique, le faible, le flou, comme dans cette chanson magnifique aussi : Les gens qui doutent.&lt;br/&gt;    Il y a une double nature chez Anne Sylvestre : une sensualité, une femme terrienne et pleine de santé et le regard un peu noir qu’elle pose sur le monde, sa rage contre la bêtise humaine.&lt;br/&gt;    Je crois aussi qu’elle exprime souvent le fait que l’écriture est un rempart contre le désespoir mais que c’est aussi une manière de construire l’espoir. Si cela aide à ne pas mourir, cela aide aussi à vivre en montrant la beauté des choses.&lt;br/&gt;    Finalement, ce que j’aime chez cette femme, c’est sa capacité à préserver sa part d’enfance. »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Zoé Turnoc&lt;br/&gt;en janvier 1993.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre. Entretien avec Viviane Théophilidès</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre._Entretien_avec_Viviane_Theophilides.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 20:58:51 +0100</pubDate>
      <description>Metteur en scène, comédienne et professeur au Conservatoire, Viviane Théophilides commence par monter une compagnie à Pau : Le Théâtre Populaire des Pyrénées où elle monte et joue, entre autres, Armand Gatti, Boris Vian et Molière. Répertoire éclectique mais déjà évident dans sa modernité et son propos. Elle revient à Paris où elle fonde avec Micheline Uzan La Compagnie des Femmes dans le texte qui montera Joseph Delteil, Roger Vitrac ou encore Lorca. En 1984, elle crée la Compagnie qui porte son nom. Parallèlement à ses mises en scène et ses rôles au théâtre, depuis 1987 - date de Gémeaux Croisées -, elle travaille avec Anne Sylvestre. Leur collaboration donnera également la comédie musicale La ballade de Calamity Jane en 1989. Ensemble, elles préparent aujourd’hui un spectacle écrit et composé par Anne Sylvestre : Lala et le cirque du vent... En 1991, Viviane Théophilides a signé son premier texte de théâtre consacré au poète Joë Bousquet qu’elle a mis en scène et dans lequel elle incarne la philosophe Simone Weil.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Qu’est-ce qui a provoqué votre rencontre ?&lt;br/&gt;    Le hasard !... qui fait bien les choses. Anne et Pauline, avec Denise Boucher, avaient  écrit leur spectacle Gémeaux Croisées, elles cherchaient un metteur en scène. Anne m’a téléphoné : j’étais sidérée ! J’avais une réelle passion pour ses chansons et j’ai découvert qu’entre la femme et son œuvre, il y avait une vraie cohérence.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment êtes-vous intervenue sur son travail ?&lt;br/&gt;    En ouvrant grand mes oreilles et mes yeux ! Dans le dialogue de Gémeaux Croisées, Pauline demandait : « Anne, c’est quoi une femme libre ? » Et Anne répondait : « C’est une femme qui n’a pas de sac ! » Je crois qu’Anne avait envie de poser son sac.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous avez été celle qui le lui permettait ?&lt;br/&gt;    Non ! Je n’ai pas cette prétention ! Je me suis seulement mise à l’écoute de quelqu’un qui voulait rester intérieurement fidèle à un certain parcours, mais qui se posait les questions autrement. Quelqu’un de vivant quoi ! Un artiste marche toujours au bord d’un précipice ; c’est la notion du danger, de l’urgence, qui fait avancer. Dans ces moments-là, il vaut mieux avoir quelqu’un qui vous tienne la main. C’est ce que j’ai fait.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Votre travail de mise en scène, est-il le même, qu’il s’agisse d’un comédien ou d’un chanteur ?&lt;br/&gt;    Exactement le même. Cependant, les chanteurs sont des gens plus autonomes. Anne Sylvestre est sûre de son univers et elle est disponible à l’œil extérieur. Quand elle arrive avec ses chansons, moi, je n’ai plus qu’à écouter. Et puis, de toute façon, de bonnes chansons bien interprétées n’ont besoin que de peu de mise en scène. De la même façon, il y a des auteurs que je relis et des chansons que je réécoute : il y a quelque chose de commun à tout cela qui est de l’ordre du talent.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    A votre avis, interprète d’un texte ou d’une chanson, est-ce comparable : s’agit-il avant tout d’apporter une dimension personnelle ?&lt;br/&gt;    Je pense que oui. Bien sûr. C’est un travail identique. Certains comédiens comme Gérard Depardieu ou Denis Lavant marquent un texte. Eh bien, quand France Léa chante Mousse ou qu’Anne reprend Présence de Félix Leclerc, elles apportent une vision toute personnelle, elles éclairent ce qu’elles interprètent de façon différente.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    On voit peu de travail en commun entre le théâtre et la chanson...&lt;br/&gt;    Heureusement ! Car les metteurs en scène récupèrent vite les choses pour faire apparaître leur griffe. Il faut faire attention; un auteur-compositeur-interprète a son propre monde. Il ne faut pas l’abîmer en imposant le sien. L’intervention doit être discrète.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Comment est née La Ballade de Calamity Jane ?&lt;br/&gt;    Très simplement : Après Gémeaux Croisées, Anne a eu l’idée, l’envie de faire quelque chose à propos de Calamity Jane. J’ai donc demandé à un auteur d’écrire un texte et Anne a fait les chansons. Alors, je l’ai entraînée dans mon univers théâtral parce que là, il y avait une part plus importante de la mise en scène. Anne est une vraie comédienne, à part entière et sans aucun problème parce qu’elle a un vrai sens du public, du plateau et une forte personnalité. Et puis elle ne triche jamais.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Est-ce que d’autres chanteurs vous ont sollicitée depuis cette rencontre ?&lt;br/&gt;    Non. Sauf Michèle Bernard, mais cela ne s’est pas fait. J’aime les rencontres différées.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quels sont les autres artistes que vous aimez dans la chanson ?&lt;br/&gt;    J’ai des goûts très « rétro » : j’adore Brassens, Boby Lapointe, Christine Sèvres, Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Félix Leclerc, certaines chansons de Trenet. Je m’aperçois en parlant que j’en suis restée aux coups de cœur de mes vingt ans ! Peut-être qu’après, on prend moins le temps d’écouter des chansons. On croit qu’on a des choses plus importantes à faire. Anne m’a fait découvrir Jean Guidoni, Michèle Bernard, France Léa...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    D’après vous, est-ce Gémeaux Croisées qui a influencé Anne Sylvestre lorsqu’elle a changé la fin de L’enfant qui pleure ?&lt;br/&gt;    Si elle a changé la fin de cette chanson à ce moment-là, ce n’est sûrement pas un hasard ! Cela fait partie d’une réconciliation avec elle-même dans sa carrière : ne pas murer le puits, écouter, toujours, l’enfant qui pleure...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Vous parlez de réconciliation... comme dans sa chanson Carcasse ? &lt;br/&gt;    C’est exactement ça ! Deux côtés d’une même personne qui finissent par s’harmoniser : Anne s’est réconciliée avec Sylvestre.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Quelles sont les chansons d’Anne que vous préférez ?&lt;br/&gt;    Je vais sûrement en oublier beaucoup ! J’aime La femme du vent, Aveu, Pas difficile, et puis aussi toutes celles qui parlent de la chanson comme La Douzième, et aussi Marine, Mousse, que j’adore ! Et puis Une sorcière comme les autres qui est une des plus belles chansons que je connaisse. Dans Gémeaux Croisées, Anne et Pauline l’interprètent en duo. C’est très émouvant, très fort... comment peut-on dire autant de choses le temps d’une chanson ? Marie Chaix raconte dans ses livres qu’Anne trouvait sans cesse des billes partout où elle allait. Eh bien elle continue d’en trouver systématiquement, mystérieusement, dès qu’elle est quelque part. Un bille - c’est comme les parapluies quand on est plus grands - on finit toujours par la perdre ! Anne, elle, les trouve dans les endroits les plus insolites, comme des traces d’enfance. Je ne sais pas pourquoi cette histoire me fait penser à ses chansons... peut-être parce qu’elle nous restitue ce qu’on a un jour perdu...&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Propos recueillis par Mehdi Ahoudig &lt;br/&gt;et Laurent Luneau en octobre 1992 à Paris.</description>
    </item>
    <item>
      <title>Anne Sylvestre, une place de choix dans la chanson française</title>
      <link>http://www.jechantemagazine.com/Dossier_Anne_Sylvestre/Dossier_Anne_Sylvestre/Entrees/2010/1/10_Anne_Sylvestre,_une_place_de_choix_dans_la_chanson_francaise.html</link>
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      <pubDate>Sun, 10 Jan 2010 20:47:18 +0100</pubDate>
      <description>« Ce n'est que moi&lt;br/&gt;    C'est elle ou moi&lt;br/&gt;    Celle qui aime ou n'aime pas&lt;br/&gt;    Celle qui règne ou qui se bat&lt;br/&gt;    C'est Joséphine ou la Dupont&lt;br/&gt;    Fille de nacre ou de coton&lt;br/&gt;    Et c'est mon cœur ou bien le leur&lt;br/&gt;    Celle qui attend sur le port&lt;br/&gt;    Celle des monuments aux morts&lt;br/&gt;    Celle qui danse et qui en meurt&lt;br/&gt;    Fille bitume ou fille fleur&lt;br/&gt;    Et c'est ma mère ou la vôtre&lt;br/&gt;    Une sorcière comme les autres... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    En constante recherche, sans concession, Anne Sylvestre passe sa carrière à rompre pour mieux inventer. Relativement à l’abri chez Philips et Meys, elle part pour fonder sa propre maison de disques afin de parfaitement maîtriser sa production. Après le succès de son récital à l’Olympia, elle exploite une nouvelle forme de spectacle enrichie de théâtre.&lt;br/&gt;    On a souvent parlé d’elle comme d’une conteuse - avec ce que cela suppose de talentueux savoir-faire narratif. C’est ignorer un aspect réaliste de son propos qui énonce une vision extrêmement lucide des choses. Préoccupée par une grande diversité de sujets, douée d’un imaginaire vaste lui permettant de créer sans faille des univers aux formes variées, Anne Sylvestre est sans conteste, et depuis ses débuts, l’égale d’un Brel, d’un Brassens ou d’un Ferré. Enfin, il suffira de rappeler qu’elle est l’initiatrice de la chanson destinée aux enfants pour apercevoir l’importance de sa présence et l’ampleur de sa carrière.&lt;br/&gt;    Peut-être les médias n’ont-ils pas toujours admis son intransigeance et son souci d’authenticité. Mais le public n’est pas dupe, qui lui fait fête à chacun de ses passages sur scène, approuvant l’indocilité dont elle fait preuve.&lt;br/&gt;    Si dans les années 70, Anne Sylvestre est associée au mouvement féministe, il est temps de souligner qu’elle n’a pas attendu cette effervescence pour dénoncer les problèmes des femmes. Ni ceux des hommes. Ni aucun autre problème d’aucune sorte. Mon mari est parti, Lazare et Cécile, Porteuse d’eau, S’ils filent tous dans la lune, Eléonore, Marie ou encore Des fleurs pour Gabrielle datent des années 60.&lt;br/&gt;    Qu’elle exprime la femme incomprise et flouée, le ton n'est jamais manichéen. Trop vigilante pour tomber dans ce piège. Il ne s’agit jamais d’une guerre des sexes mais bien au contraire d’une égalité à construire ensemble.&lt;br/&gt;    Exemplaire, Une sorcière comme les autres nous enseigne les conditions universelle et intemporelle des femmes. Chanson pleine, dense et précise. Chanson ronde qui se conclut par sa mélodie d’introduction. Chanson fleuve par son centre qui dresse la gamme contrastée des sentiments, exprimant alternativement le bonheur et la violence, la plénitude et la souffrance. Enfin, chanson manifeste de révolte et d’espoir.&lt;br/&gt;    Très attentive à la société, femme s’exprimant par un moyen privilégié, elle se devait d’aborder ce sujet. Mais répétons-le : en prenant soin de ne jamais occulter un problème pour un autre.&lt;br/&gt;    En 1960, au tout début de sa carrière, naît Mon mari est parti qui attire l’attention. Il est vrai que cette chanson étrange qui superpose réalisme et symbolisme dut surprendre alors qu’on découvrait Anne Sylvestre. Elle contenait déjà bien des thèmes à venir et son style annonçait les différentes formes qui seraient développées ultérieurement.&lt;br/&gt;    L’argument est aussi simple qu’efficace : une femme attend simultanément un enfant et le retour de son mari parti à la guerre; l’enfant vient au monde mais son père restera au champ de bataille. Paradoxe cruel, déchirant, jusqu’au suicide avoué de façon surprenante, réhaussant la violence de l’acte :&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Pour moi en attendant que mon amour revienne&lt;br/&gt;    Je vais près de l’étang&lt;br/&gt;    Je reste près du bord je joue et me promène&lt;br/&gt;    Je parle à mon enfant&lt;br/&gt;    Mon mari est parti un beau matin d’automne&lt;br/&gt;    Parti je ne sais quand&lt;br/&gt;    Si les bords de l’étang me semblent monotones&lt;br/&gt;    J’irai jouer dedans... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Si la chanson reste ouverte, plusieurs années après vient Rose, qui affirme clairement une des constantes - sinon la constante, au risque d’être réducteur - du discours d’Anne Sylvestre :&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    « Le malheur voyez-vous est une autre planète&lt;br/&gt;    Et nous devrions bien la découvrir un jour... »&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;    Qu’elle manie l’anecdote, la fable, avec bonheur (sur les registres de la gravité ou de l’humour), ses chansons sont constamment baignées d’une rêverie élaborant un monde aux facettes multiples, fantasques, traduisant justement et singulièrement des préoccupations bien terriennes.&lt;br/&gt;    C’est là une des particularités majeure de son œuvre : l’onirisme s’harmonise à la lucidité; sa poésie surgit alors, et de façon rare, entre la suggestion inconsciente et la description exacte, magistrale. En témoigne précisément Mon mari est parti. Mais aussi Regarde-toi vieille bête, Bleu, Porteuse d’eau, La rose de décembre, Le centre du motif, Flou, Abel, Caïn, mon fils, Carcasse.&lt;br/&gt;    Ceci jusqu’à l’abstraction de Mousse (il semble qu’en 1968 elle soit la seule à avoir utilisé cette forme-là). Difficile de décrire cette chanson : sorte de collage de mots aux sonorités évocatrices inextricables de la mélodie et des inflexions vocales. Le tout évoquant un état d’âme en forme de paysage rêvé. Œuvre curieuse et unique dans la chanson actuelle et passée.&lt;br/&gt;    Si elle cultive avec excellence un goût des mots, qu’elle maîtrise une forme d’écriture (textuelle et mélodique) très personnelle à la fois contrastée,recherchée mais accessible - toujours concise - et qu’elle exige une haute qualité quant à sa production, les aspects universel et intemporel de son œuvre ne sont pas à confondre avec un quelconque passéisme : la femme, l’artiste sont rigoureusement conciliées à leur époque et leur société. L’éventail des thèmes est révélateur (qu’il s’agisse de la misère sociale, de l’avortement, de la difficulté de communiquer ou de l’écologie...).&lt;br/&gt;    Le regard porté reflète avant tout l’expression d’une personnalité clairvoyante et entière qui par définition dépasse toute récupération. Son œuvre - certes déjà classique - est parfaitement contemporaine.&lt;br/&gt;    Cette volonté débarrassée de tout artifice s’épanouit et prend son évidence sur scène où, là encore, elle prouve la cohérence de sa personnalité. Chez elle, le spectacle est affaire de rencontre et d’échange : une conversation s’enracinant sur les registres de l’émotion, de la poésie et qui redoute par dessus tout la contrefaçon.&lt;br/&gt;    Libre et digne, rétive à toute imagerie falsifiée qui ne lui correspondrait pas, profondément humaine - avec ce que cela comporte de force et de doutes -, Anne Sylvestre a tracé son chemin avec une constance, une générosité exemplaires; et cette droiture-là n’exclut surtout ni l’humour ni la fantaisie.&lt;br/&gt;    Désormais la place de choix qu’elle occupe dans la chanson est définitive; l’importance et la richesse de son œuvre - tant par sa qualité que sa quantité - sont incontestables.&lt;br/&gt;&lt;br/&gt;Laurent Luneau</description>
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