Cette chanson de Vinicius de Moraes existait déjà sous le nom de Samba Da Bensao. Elle m'avait vraiment émue. Qu'un compositeur dédie une chanson à ses contemporains, c'est toujours très rare. On rend toujours hommage à des personnes disparues. Vinicius de Moraes, qui était mon ami, me demandait depuis des années de lui faire un texte en français. Il me disait : « Il n’y a que toi qui peux faire ça, fais-le. » Je lui répondais que la chanson était trop brésilienne pour que je l'adapte et que je serais obligé de la trahir. Mais il m’avait mis un poison dans la tête ! Ça a duré des années. J’avais des bribes de phrases qui arrivaient comme ça. Et cette nuit qui a précédé mon retour, comme disent les Brésiliens, Chégé, c’est-à-dire : c’est arrivé. La version qui se trouve dans le film (dans les scènes de Camargue), c’est celle enregistrée à 9 heures du matin, sur un Revox chez Baden Powell, après une nuit sans sommeil !
Samba Saravah n’est pas le tube des chansons du film, mais je vous assure qu'elle a profondément marqué les esprits. Aujourd'hui encore, je rencontre des gens qui me disent : « J’ai changé ma vie sur cette chanson. J’ai arrêté de bosser, je suis parti en voyage. » Mon neveu, qui est décorateur de cinéma, revient de Pologne où il a rencontré une jeune femme journaliste et interprète, qui ne me connaît pas et qui lui a dit : « C'est une chanson qui a changé ma vie. Je suis devenue journaliste. Je ne sais même pas qui l’a écrite. » Elle connaissait les paroles par cœur... A la Rochelle, une jeune journaliste m'a dit la même chose.
C’est ça le miracle d’une chanson : un truc de trois minutes que vous lâchez dans l’air. C'est l’histoire du pollen : le vent souffle dessus et vous ne savez pas où ça se dépose, vous ne savez pas où ça germe, où ça s’épanouit…
Propos recueillis par Raoul Bellaïche
le 14 janvier 1992 à Paris
• Interview parue dans Je chante ! n° 8 (épuisé).