Régine

Biographie

 

1929. Le krach de Wall Street plonge l’Amérique, et bientôt l’Europe,  dans la dépression et ouvre une période d’incertitudes. C’est le jour de Noël que Régine Zylbergerg naît à Anderlecht, petite ville de la banlieue de Bruxelles. Son père, boulanger, est originaire de Pologne. Trois ans plus tard, la famille s’installe à Paris. « Ce père courant d’air, raconte-t-elle dans son livre de souvenirs (Appelle-moi par mon prénom, Robert Laffont, 1985) va faire de mon enfance une douche écossaise. Un jour là, un jour ailleurs, il va et vient comme un homme que tout amuse et que rien n’attache, sauf les cartes. »

  

    L’histoire de son père et son enfance, elle les raconte dans Azoy, une chanson concoctée par Charles Level et Roland Vincent en 1971 : « La vie, c’est comme ça, il y a toujours des hauts et des bas ». Peu de temps avant la guerre, Joseph le boulanger acquiert une fabrique de confitures (les Confitures Villiers) mais la confiscation des biens juifs l’amène à interrompre ses affaires. La famille se disperse et Régine trouve refuge à Aix-en-Provence puis à Lyon. À la Libération, elle retrouve son père, qu’elle croyait disparu. Retour à Paris où Joseph à ouvert un café, La Lumière de Belleville. Là, la future « reine de la nuit », au comptoir dès cinq heures du matin, essuie les verres et sert des cafés-crèmes... « À ce rythme-là, mes ongles se cassent, mes mains gercent, j’ai l’impression de sentir le graillon jour et nuit, bref, tous mes rêves de star s’effondrent au fil des jours. Pour me consoler, je me bourre de gâteaux », écrit encore Régine.

    Le 7 novembre 1947, elle se marie. Son fils, Lionel (Rotcage) naîtra l’année suivante.

Les pieds sur terre mais la tête dans les étoiles, Régine dévore Autant en emporte le vent, ingurgite film sur film, ne rate aucune occasion de voir, « pour de vrai », les vedettes de la chanson de l’après-guerre et fréquente les dancings de la capitale. « Moi, un jour, je serai connue ! », se répète-t-elle comme un leitmotiv, avant de reconnaître, lucide : « Je sais qu’à vingt ans certains vont soigner les lépreux et je ne prétends pas que mon ambition soit la plus haute. Mais c’est la mienne, et je m’y accroche, comme à une bouée de sauvetage. »

   

« Toupie tournante ! »

    L’été 1951, on la retrouve vendeuse dans une boutique de Juan-les-Pins. Mais le soir, au Vieux Colombier, une nouvelle boîte à la mode, elle se découvre une vocation de boute-en-train et un goût pour la vie nocturne. « Je dors de moins en moins, dit-elle, mais c’est le cadet de mes soucis. » Chargée de créer l’ambiance en début de soirée, on finit par la surnommer...« Toupie tournante » ! Elle observe et apprend « l’art de la fête ».

     À Paris, un ami la conseille : « Tu es faite pour vivre la nuit, pourquoi ne trouves-tu pas quelque chose à faire entre huit heures du soir et six heures du matin ? » Régine convainc Paul Pacini de rouvrir le  Whisky à Gogo rue du Beaujolais (anciennement le Plancher des vaches) au Palais Royal. Maîtresse des lieux, elle est aussi disquaire (et parfois videur) et lance le cha cha cha qu’elle enseigne. Les célébrités commencent à affluer : showbiz, cinéma, théâtre, médias, politique, milliardaires... L’un d’entre eux, Porfirio Rubirosa, lui dira : « Ne suis pas la mode, deviens un classique », Françoise Sagan, qui vient de publier Bonjour tristesse, devient une habituée des lieux qu’on désigne de plus en plus par le nom de son animatrice : « Chez Régine ».

    En 1956, elle quitte le Whisky et reprend l’Arlequin, un club de la rue du Four, à Saint-Germain-des-Prés, qu’elle transforme en Chez Régine.  L’été 1961, à Cannes, elle fait découvrir et apprend, une nouvelle danse. Nice-Matin publie le premier article consacré à « cet air nouveau qui nous vient de là-bas » : « Régine lance le twist, la danse qui fera fureur... » La folie du twist passée (elle fera aussi danser les Russes en 1963), elle ouvre, à Montparnasse, le New Jimmy’s où un ex-avocat devenu journaliste, Honoré Bostel, lancera une danse éphémère, la bostella.


Nounours

    C’est en 1965 que Régine « entre en chanson », encouragée par la chanteuse Renée Lebas qui vient de découvrir et lancer Serge Lama. Elle achète un piano, prend des cours de chant chez Tosca Marmor et enregistre bientôt son premier disque. Sur ce super 45 tours  Bel-Air (211.297), dédicacé par une dizaine de célébrités (entre autres Aznavour, Chevalier, Gréco, Hallyday, Salvador, Sagan, Jean Sablon, Maria Callas), qui lui « souhaitent bonne chance », Régine interprète quatre chansons, notamment deux titres signés Jacques Mareuil-Charles Aznavour : Nounours et Tu n’bats plus. Régine passe à Musicorama, l’émission de Denise Glaser, interviewée par Jacques Chazot. Peu après, elle rencontre Serge Gainsbourg, déjà croisé au New Jimmy’s. Le créateur de La chanson de Prévert, qui sort de sa période maudite (il est sur le point d’écrire pour France Gall)  lui propose une chanson, Il s’appelle reviens, puis une autre : Les p’tits papiers. Régine a changé de maison de disques, entre-temps, et son nouveau 45 tours sort en juillet 1965 chez Pathé Marconi, orchestrations d’Alain Goraguer. Un auteur de renom rejoint l’équipe Régine : Eddy Marnay.

    « Débutant tard dans le “métier”, rappelle-t-elle, je veux absolument des paroliers hyper-doués, qui me fabriquent rapidement un vrai répertoire. (...) À l’époque, tout le monde ou presque fait des adaptations de chansons anglaises ou américaines mais avec mes jambes qui bougent tout le temps et ma tête de chanteuse de rues, je préfère chanter français. Tant pis alors pour la course au hit-parade. J’espère simplement que mes chansons qui viennent de la rue et sont faites pour elle y redescendront un jour.»


Gainsbourg

    Sur son deuxième disque Pathé, en novembre 1965, une chanson de Françoise Dorin et Francis Lai, Qu’est-ce que vous voulez qu’j’en fasse, à nouveau Gainsbourg avec Si t’attends qu’les diamants t’sautent au cou et une première chanson du duo Serge Lama-Emil Stern (Ça n’sert à rien). De gros succès l’année suivante : Pourquoi un pyjama ? (Gainsbourg), La grande Zoa (Frédéric Botton), Ne fais pas d’l’œil à Lili (Nicolas Péridès-Georges Garvarentz). Toujours en 1966, le journaliste et romancier Gaston Bonheur lui écrit Rue des Rosiers, une chanson qui évoque avec émotion l’âme de ce quartier juif de Paris.

    En 1967, Régine obtient le prix de l’Académie Charles Cros dans la catégorie « consécration » et sort, en novembre, son premier album, douze chansons et de grands auteurs : Barbara (Gueule de nuit), Henri Tachan (Quelque part à Paris), Michèle Senlis (Les cafés), Serge Lama (Les maisons grandes et L’amour à contre-cœur), Jacques Lanzmann (De deux choses l’une), Pierre Delanoë (Eugène), Françoise Dorin (Moi, j’aime ça), et toujours Frédéric Botton et Serge Gainsbourg (Ouvre la bouche, ferme les yeux).

    En 1968, Régine « la joue » rétro  sur un rythme de tango (J’ai la boule au plafond), reprend My yiddishe momme, et pour le film de Claude Berri, Mazel Tov ou le mariage, elle chante Le jour où tu te maries. L’année suivante, le 6 décembre 1969, c’est elle qui se (re)marie. Elle chante à nouveau Eddy Marnay (Patchouli chinchilla) et l’adaptation d’une chanson italienne de Paolo Conte, Azzuro, dont elle fait un succès. Michel Rivgauche lui écrit Tu arrives trop tard, tu pars trop tôt.


Cinéma

    À l’Olympia, en 1968, lors d’un Musicorama, Régine est plébiscitée : dix-sept rappels ! Bruno Coquatrix l’engage illico pour la saison suivante, en co-vedette avec Raymond Devos.

Dans les années 70, Régine poursuit sa carrière de chanteuse : elle interprète Pierre Vassiliu (Mon accordéon), Patrick Modiano (L’aspire-à-cœurs), Vline Buggy (J’ai toujours porté bonheur aux hommes).

    Elle s’essayera aussi au cinéma, le temps de quelques films : Sortie de secours, de Roger Kahane (1970), Le train, de Pierre Granier-Deferre (1973), Robert et Robert de Claude Lelouch (1977).

    En 1977, Philippe Adler et Mort Shuman lui écrivent L’emmerdeuse. Pendant la vague disco, Claude Carrère lui adapte I will survive, le tube de Gloria Gaynor (Je survivrai) et dans les années 80, Didier Barbelivien lui écrit un titre sur mesure : Reine de la nuit. En 1984, alors qu’elle renoue avec le cinéma en tournant Les ripoux, de Claude Zidi, Régine fonde S.O.S.Drogue International, une association destinée à combattre ce fléau.

    En 1993, sur son dernier album paru à ce jour, la chanteuse se faisait plaisir en reprenant les succès des chanteuses de rues des années 30 (« Méli-Mélo »).


Raoul Bellaïche


Note : cette « bio » a été rédigée en 1997.