Biographies : Lény Escudero

Retour accueil      Retour liste

 

    Ses parents qui fuient le franquisme arrivent en France au moment où la Seconde guerre mondiale éclate. Il a alors sept ans. Il grandit à Belleville. Adulte, il exerce plusieurs métiers manuels (carreleur, cantonnier). A la fin des années 50, tout en continuant à travailler dans le bâtiment, Lény Escudero auditionne dans les cabarets parisiens, sans succès. Il rencontre deux éditeurs de musique, Barnatier et Poggi, qui viennent de créer une école de music-hall à Bobino. Il y chante. Accompagné par un ami à la guitare, il enregistre, sous le nom de Lény Varin, un disque souple qu'il envoie à Jacques Canetti. « Avec un nom pareil, lui dira Canetti, on ne prend pas de pseudonyme ! » Il l'engage aux Trois-Baudets, le fait tourner aux côtés de Raymond Devos et Jacques Brel, en lever de rideau. Un contrat est signé. Canetti, malade, part se reposer pendant un an. A son retour, il retrouve les dirigeants de chez Philips acquis à la « cause » yéyé et s'apprête à quitter la maison de disques. On demande alors à Escudero d'enregistrer des adaptations de succès américains, il refuse : ce sera ses propres chansons ou rien.

    Libéré au bout de trois ans de « frigo » — avec interdiction d'enregistrer ailleurs —, Lény est bientôt découvert par la femme du directeur artistique Léo Missir dans une maison d'édition où il venait essayer de placer ses chansons. Léo Missir l'engage sur le nouveau label, Bel Air. Au mois de mai 1962 paraît son premier super 45 tours sur lequel se trouvent trois succès : Ballade à Sylvie, Pour une amourette, Parce que tu lui ressembles, des ballades romantiques qui contrastent avec l'univers musical dominant en 1962, l'année de la création du mensuel Salut les Copains. Un premier album 25 cm voir le jour au mois de novembre. Accompagné par Paul Mauriat et son orchestre, Escudero enregistre une trentaine de titres pour Bel Air en deux ans. Plusieurs de ses chansons sont reprises : À Malypense (Simone Langlois), Ballade à Sylvie, Pour une amourette (Michèle Arnaud, Danielle Darrieux et... Sarah Vaughan qui en enregistre l'adaptation américaine sous le titre Only).

    Le label Bel Air ayant disparu, Lény Escudero signe alors avec Polydor. Entre 1965 et 1967, il enregistre pas moins de six super 45 tours et 3 33 tours. Peu de succès mais des chansons plus ambitieuses, engagées (Tant pis pour Verdun, Je t'attends à Charonne). Entre temps, il décide de quitter la France et de faire le tour du monde (Afrique, Amérique latine, Israël). Vingt ans avant Balavoine et Berger, il vient en aide aux populations africaines : au cours d'un séjour au Dahomey, il construit une école en pleine brousse. À son retour, il est engagé par Lucien Morisse. Pour AZ, la nouvelle maison de disques que l'animateur d'Europe 1 vient de créer, il enregistre trois super 45 tours, douze chansons où l'on remarque L'an 3000, chanson écologique avant l'heure qu'il réenregistrera par la suite. À la fin des années 60, il est interprété par Juliette Gréco (Je t'attends à Charonne), Pia Colombo (Garde l'espoir).

    À partir de 1970, il enregistre sur le label Riviera (groupe Barclay) plusieurs 45 tours et un album, « Escudero 71 », qui sera récompensé par l'Académie-Charles-Cros. Six ans après, il remonte sur scène (Théâtre de la Gaité-Montparnasse, Théâtre de la Ville, en 1971, Bobino en 1972). Son nouveau répertoire aborde des thèmes plus profonds, ses chansons sont devenues plus théâtrales, plus longues aussi (Van Gogh, Le vieux Jonathan). En 1973, il crée sa propre maison de production, les disques À Malypense, qui seront longtemps distribués par Barclay. Il sort Vivre pour des idées, chanson sur la guerre d'Espagne, reprend L'an 3000. L'année suivante, il chante en duo avec Martine Clémenceau (Le voyage), réorchestre deux de ses anciens succès et crée Le cancre, monologue qui lui vaut un triomphe sur scène, comme, en 1977, Fils d'assassin, charge contre la justice de classe. « La grande farce », l'album qui paraît en 1978 témoigne de son engagement, Lettre au Père Noël, Le suspect, et, surtout, La grande farce, chanson de près de huit minutes dans laquelle, avec une rare violence, Jésus s'en prend à Dieu, à qui il reproche de l'avoir abandonné... Ces dernières années, il chante souvent à Paris (Théâtre de Boulogne-Billancourt en 1975 et 1978, Olympia en 1978, Théâtre d'Orsay en 1979).

    En 1979, Lény Escudero fait paraître son premier disque enregistré en public, accompagné par son fils Julian à la guitare et par Michel Godot à l'accordéon, compilation de ses plus fortes chansons de scène. En 1980, il chante au Théâtre de la Gaité-Montparnasse, l'année suivante à l'Olympia. Trois autres albums suivent. En 1984, il décide d'arrêter la scène mais revient sur sa décision. Au printemps 1985, il passe trois semaines au Théâtre de Paris. Il y triomphe et doit prolonger son récital de trois semaines. En 1986, Escudero réenregistre vingt de ses chansons des années 60, sur des arrangements de Roland Romanelli. (« Lény Escudero 1986 »).

    Au début des années 90, Lény Escudero se fait plus rare. Au mois de mars 1991, il se produit sur la scène du TLP-Déjazet à Paris pour quatre semaines. En 1994, il fait paraître un album avec des nouvelles chansons, « Comme un voyageur secret ».


R. B.


Note : biographie non actualisée (1994).