Biographies : Gilles Servat

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Né le 1er février 1945 à Tarbes, « dans une famille de cadres moyens », Gilles fait ses études à Cholet puis s'installe à Angers où il s'inscrit aux Beaux-Arts pendant quatre ans.

Il écrit ses premières chansons en 1967 mais c'est deux ans plus tard que sa carrière de chanteur prend forme. L'été 69, il chante chez Pouzoulic, un restaurant de Groix. Glenmor l'entend : « Quand on chante comme ça, on ne perd pas son temps dans les bistrots ! » « L'amitié de Glenmor m'a donné du cœur au ventre », dira Servat, qui décide de « monter » à Paris. Son premier public parisien, Servat le trouve à Montparnasse, à La Ville de Guingamp puis chez Ti-Jos.

Longtemps, Servat produira ses disques (labels Kelenn puis Kalondour), leur distribution étant assurée par Phonogram. Son premier 45 tours, sorti en 1970, contient dejà des titres forts de son répertoire : L'Île de Groix (dont le texte est de sa femme, Michelle Le Poder), Les colonies et La blanche hermine, sa chanson carte de visite, devenue un succès « identitaire » dans les années 70. « Elle n'est pas passée en radio ni en télé. Malgré ce handicap, j'ai fait un disque d'or. Le public l'a aimée et chantée sans qu'on le force, sans fric et sans magouille. » Ironie de l'histoire, vingt ans plus tard, le... Front National récupère cette chanson dans ses meetings, obligeant Servat à répliquer par un nouveau titre : Touche pas à la blanche hermine (1998) !

Son premier 30 cm paraît en octobre 1972, le suivant en juin 1973. Au cours des années 70, Servat publie un album par an, mêlant titres en breton et en français, qui donnent une idée de son répertoire : La blanche hermine, Les bretons typiques, Les prolétaires, Montparnasse blues, Toi Paris, tu m'as pris dans les bras et j'ai eu du pot à m'en sortir, Peuples locataires, Défloraison publicitaire, La tour Eiffel, Crachat, Le pays basque, Litanies pour l'an 2000, Désertion, Chili T.T., C'est la faute au pétrole, La ballade des parasites...

La plupart du temps auteur-compositeur-interprète, Servat consacre, en 1981, tout un album au poète René-Guy Cadou et publie son premier disque en public. Son dernier 30 cm distribué par Phonogram (1983) contient un très long titre de seize minutes, Je ne hurlerai pas avec les loups, texte écrit à chaud après la prise de pouvoir de Jaruzelski en Pologne...

Comme beaucoup d'autres artistes, Gilles Servat connaîtra une traversée du désert dans les années 80. Il reprend, avec profit, le chemin des petites salles et continue néanmoins à sortir des disques sur des petits labels, réenregistre ses chansons... La « vague celtique » du milieu des années 90 le remet au premier plan de l'actualité (« L'Héritage des Celtes », avec Dan Ar Braz).

Evoquant ses débuts, Gilles dira plus tard : « Nous étions à la fois mus par une vague déferlante et moteurs de cette vague. À vrai dire, à moins d'avoir des œillères et d'être plus sourd que Ludwig, je ne vois pas comment j'aurais pu faire autre chose que chanter ce que j'ai chanté. »


Raoul Bellaïche