Jean-Yves Billet présente le coffret Brassens de 2001.

 

"Une intégrale, qu'y-a-t-il à l'intérieur d'une intégrale ? »



Jean-Yves Billet est responsable du « back catalogue » Philips et Mercury chez Universal. On lui doit la réalisation de nombreuses intégrales haut de gamme (Barbara, Johnny Hallyday, Serge Gainsbourg...).


JEAN-YVES BILLET.— La difficulté, pour fêter ce vingtième anniversaire, c’était  d’éviter de refaire le même projet que le précédent coffret de 1991. Cette intégrale s’est vendue à près de 300 000 exemplaires. En ce qui concerne ce nouveau coffret, je tiens à préciser que ce n’est pas une intégrale mais la réédition des douze albums de Brassens. L’idée était de présenter quelque chose de différent. Il s’agissait de rééditer la série célèbre des albums «fabrication d’une guitare » — selon moi, la série la plus légendaire dans l’histoire du disque en France — et de la compléter avec ce qui était resté un peu dans l’ombre... En bonus, sur chacun des albums, et sur un treizième CD.

    J’ai voulu présenter quelque chose qui soit très agréable et ce coffret en toile beige est un clin d’œil au coffret toilé « 10 ans de Brassens ». C’est avant tout un coffret anniversaire. Mais j’espère qu’il est autre chose qu’un objet et qu’il est satisfaisant pour son contenu. À travers la recherche de chansons inédites, j’ai voulu à tout prix que chaque passionné retrouve bien le Georges Brassens qu’il aime : avec des chansons terminées ou des chansons en évolution, en maquettes... Qu’il y ait toujours beaucoup de plaisir à l’écoute de ces chansons moins connues, ou dans leurs prises moins connues.

    Sur ce coffret, il y a une quarantaine de titres qui n’existaient pas en CD... J’avais constaté, en lisant la «sessionographie de Brassens » de Jacques Lubin et le livre d’André Sallée, qu’il y avait parfois des versions multiples de certaines chansons, parues sur 78 tours, 25 cm ou 45 tours... Et cette fois, sur ce nouveau coffret, on les a toutes mises.

    Et je ne parle même pas du volume qui s’appelle simplement « Les inédits » où on retrouve des titres qui appartenaient à l’INA, Georges Brassens à la Villa d’Este... Une maquette d’un texte de Victor Hugo qui s’appelle Altesse, et ces deux versions assez émouvantes des Passantes, enregistrées rue Santos-Dumont, au cours d'une répétition. Et  aussi Jean rentre au village, un titre enregistré en 1970, qui se trouvait sur une bande que nous a confiée son ami de toujours Pierre Onteniente. Une chanson très courte mais mythique.

    Moi, je m’arrête à la discographie officielle, de 1952 à 1976, de ses albums enregistrés pour Philips. Le reste, les chansons de sa jeunesse, je n’ai pas pu sortir les bandes d’Europe 1, nous n’avions pas les droits de cet album vinyle paru en 1976 (« 20 ans de chanson »). On n’a pas ressorti le double album «Les chansons de sa jeunesse », qui se trouve sur le précédent coffret. En revanche, j’ai inclus les quatre titres complémentaires restés inédits.

    Le concept d’intégrale est complexe : pour beaucoup, l’intégrale de Brassens devrait rassembler les enregistrements d’Europe 1, de RTL, de l’INA... On n’en finirait plus, même si on se fixe une limite. On en est conscient, et ce coffret du 20ème anniversaire est beaucoup plus humble. Avant 2001, beaucoup de choses sont été réédités sur Georges Brassens : la série en chiffres romains, la longbox, le TNP 1966.

    Je voudrais insister aussi sur le travail de remastérisation. On a repris chaque master d’origine et, visiblement, cette présence, cette qualité du son, tous les nouveaux acheteurs semblent l'apprécier.


Propos recueillis par Raoul Bellaïche



• Cette interview, inédite, devait figurer dans un ensemble consacré à Georges Brassens.